Les détaillants québécois tardent à s’ouvrir aux technologies

Tous les détaillants québécois doivent impérativement prendre le virage technologique, sans quoi leur survie est menacée, tranche le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). Pour venir en aide à ses membres, il a donc l’intention de mettre sur pied dès cet automne l’Institut des technologies dans le commerce de détail.

 

Le nouveau p.-d.g. du CQCD, Léopold Turgeon, a annoncé ses couleurs mercredi lors de la deuxième et dernière journée du congrès annuel de son organisation. En entrevue au Devoir, il a détaillé l’ampleur de ses ambitions : le nouvel institut regrouperait autour d’une même table des géants du commerce électronique comme Apple ou IBM, des universités et des cégeps, des développeurs informatiques et des représentants gouvernementaux.

 

« L’objectif ultime de ce projet-là, c’est de fournir des outils et de l’accompagnement à nos détaillants, dans toute leur chaîne d’approvisionnement. […] On voudrait faire de la recherche, des analyses et pousser beaucoup plus loin les solutions, pour que l’appropriation des technologies soit beaucoup plus rapide », affirme M. Turgeon, en poste depuis le début de l’année.

 

Selon ses dires, les discussions vont bon train et plusieurs joueurs se sont déjà montrés intéressés. Des ententes pourraient être signées au cours de l’été, en vue d’une possible annonce l’automne prochain.

 

Il déplore au passage que le gouvernement provincial délaisse le commerce de détail au profit du secteur manufacturier, qui a fait l’objet d’un ambitieux plan d’action en octobre dernier : 1 milliard de dollars d’ici 2017. Qu’à cela ne tienne, le p.-d.g. « veut aller de l’avant » avec son idée et « foncer ».

 

Tendance lourde

 

L’initiative du CQCD répond à un urgent besoin des détaillants québécois, qui sont encore trop peu nombreux à prendre leur place sur la Toile.

 

« Les détaillants ont souvent peur de l’inconnu et s’imaginent que la technologie, c’est juste pour les grands joueurs, que ça va coûter très cher, alors qu’il existe aujourd’hui des solutions qui sont très abordables. »

 

Les conférences présentées depuis mardi lors du congrès de l’organisation ont offert un éventail de possibilités aux membres. Il y a bien sûr les médias sociaux, qu’il faut apprendre à utiliser pleinement, et la vente en ligne. Mais puisqu’un détaillant québécois sur deux n’a toujours pas de site Internet, le premier pas à faire consiste à « exister » virtuellement. « Le minimum, c’est d’être référencé quand le consommateur cherche des produits. Parce que si tu n’es pas sur le Web, dans la tête du consommateur, tu n’es même pas là », dit Léopold Turgeon.

 

Selon une étude du Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO), près de 50 % des adultes québécois ont réalisé des achats en ligne en 2012. La progression de cette tendance se confirme dans un sondage plus récent effectué par le Groupe Altus à la demande du CQCD. Les résultats dévoilés il y a quelques jours nous apprennent que le quart des répondants ont effectué un achat à partir de leur téléphone intelligent au cours de la dernière année et que plus du quart des personnes sondées ont affirmé avoir dépensé davantage sur Internet en 2013.

 

Le Québec est plus lent que le reste du Canada et les États-Unis à s’adapter, concède M. Turgeon, mais pour une raison bien simple. « On a un très grand nombre de détaillants indépendants, ce qu’on retrouve moins en Amérique du Nord […] La beauté des détaillants indépendants, c’est qu’ils sont impliqués dans leur milieu. Mais l’envers de la médaille, c’est qu’ils ont peu de moyens financiers et peu de ressources humaines pour s’approprier la technologie. »

 

Il faut malgré tout oser, insiste le p.-d.g., même si le contexte économique n’est pas des plus favorables. « Actuellement, on a beaucoup de gestionnaires, mais pas assez de visionnaires. […] Chaque fois qu’il y a des difficultés, il y a des occasions. Et c’est à ce moment-là que ça prend des visionnaires qui ont du flair, qui peuvent saisir ce qui s’en vient. »

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