Les engagements de Péladeau ne sont pas suffisants

Les télécommunications comptent pour 86 % des flux monétaires de Québecor, alors que la composante média apporte 32 % des revenus et seulement 12 % des profits.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les télécommunications comptent pour 86 % des flux monétaires de Québecor, alors que la composante média apporte 32 % des revenus et seulement 12 % des profits.

Les engagements actuels pris par Pierre Karl Péladeau visant à mettre son bloc de contrôle dans Québecor à l’abri des conflits d’intérêts sont insuffisants, concluent les dirigeants de l’Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées (IGOPP). Yvan Allaire et Michel Nadeau reconnaissent que le simple recours à une fiducie ne peut convenir lorsque cela implique un important groupe de média. Ils recommandent une nouvelle structure de propriété afin de mettre les médias du groupe hors de portée de l’influence du propriétaire de Québecor.

 

Dans une lettre publiée en page Idées du Devoir, Yvan Allaire et Michel Nadeau retiennent que la décision de Pierre Karl Péladeau de faire le saut en politique soulève de « légitimes inquiétudes » en raison de son statut d’actionnaire de contrôle de Québecor, un important groupe de média. Ainsi, le simple fait de s’engager à placer son bloc de contrôle dans une fiducie sans droit de regard n’est pas suffisant, disent-ils. Cette mesure peut convenir dans le cas d’une entreprise commerciale, mais non pour un groupe de média de cette importance. « Une presse libre joue un rôle trop essentiel en démocratie pour que l’on tolère quelque menace ou anicroche à cette liberté, même si lointaines et ténues. »

 

En revanche, exiger de Pierre Karl Péladeau qu’il vende ses actions est aussi irréaliste que difficilement réalisable.

 

Une telle obligation se heurterait « à des obstacles bien réels ».

 

Les signataires de la lettre proposent donc à Pierre Karl Péladeau de diluer l’intérêt de Québecor dans le secteur média, voire de se confiner à un rôle d’actionnaire minoritaire, laissant l’entreprise média aux mains d’un conseil d’administration composé d’administrateurs majoritairement indépendants. « La solution passe, selon nous, par un réarrangement de la structure de capital et de propriété de Québecor Media et de ses filiales. »

 

Dilution

 

La structure proposée consiste à regrouper au sein de Groupe TVA, une entreprise déjà inscrite en Bourse, tous les médias de l’entreprise. Groupe TVA émettrait ensuite de nouvelles actions ou effectuerait un placement privé afin de ramener la participation actuelle de Québecor sous la barre des 50 %, contre 51,4 % présentement. Cette participation confère toutefois à Québecor près de 100 % des droits de vote. Il faudrait aussi prévoir que cette influence soit ramenée « au niveau de l’intérêt économique de Québecor », ajoutent les signataires. Les dirigeants de l’IGOPP reconnaissent que ces opérations suggérées peuvent être complexes à exécuter, « mais ces difficultés sont un vil prix à payer pour protéger notre vie démocratique », ajoutent-ils.

 

Cette dilution serait d’autant plus réaliste que Québecor est aujourd’hui davantage une entreprise de télécommunication, sous la présence de Vidéotron.

 

Ainsi, les télécommunications comptent pour 86 % des flux monétaires de Québecor, alors que la composante média apporte 32 % des revenus et seulement 12 % des profits. « En résultat de ces opérations, les journaux et stations de télévision seraient, en droit et en fait, hors de portée de l’influence de M. Péladeau. Celui-ci, par contre, pourrait conserver son statut d’actionnaire de contrôle d’un groupe industriel dans les secteurs des télécommunications, du loisir et du divertissement. Pour ce type d’entreprises, les règles en place suffisent à protéger l’intérêt public. »

35 commentaires
  • Carole Jean - Inscrite 12 mars 2014 03 h 46

    Cessons de vouloir se tirer dans le pied !


    Ce n’est pas parce qu’une personnalité s’implique en politique qu’il faut chambarder en catastrophe tout le secteur des communications au Québec.

    Il ne faut pas non plus avoir des règles d’éthique politique qui ne soient point uniformes pour tous. Rejetons cette tendance à avoir « deux poids, deux mesures ».

    Quand l’homme d’affaires Paul Martin a pris la direction du Parti libéral fédéral, en novembre 2003, il était propriétaire de nombreuses entreprises de transport, tant terrestres que maritimes, et il était président et chef de la direction de la Canada Steamship Lines. Ses avoirs ont alors été mis dans une fiducie sans droit de regard.

    Pour les libéraux, cela était tout à fait dans l’ordre et suffisait, à leur avis, pour garantir l’absence de conflits d’intérêts de ce chef de parti.

    Maintenant, certains voudraient nous faire croire que la formule de la fiducie sans droit de regard n’est pas assez bonne pour M. Pierre Karl Péladeau ! Pourquoi un tel changement d’attitude ?

    Voudrait-on que M. Péladeau brade ses actions dans Quebecor pour que le contrôle de cette importante institution québécoise passe dans des mains étrangères ? Cessons de vouloir se tirer dans le pied et privilégions la cohérence et l’intérêt national !

    • Loraine King - Abonnée 12 mars 2014 10 h 44

      Quand Paul Martin est devenu ministre il a mit ses avoirs dans une fiducie sans droit de regard.

      Quand Paul Martin a prit la direction du PLC il a vendu CSL à ses fils.

    • Michel Blondin - Abonné 12 mars 2014 10 h 50

      Pire, deux poids dans la démesure madame Jean. L’argent fait taire bien des langues.
      Les fiducies de M Martin étaient plutôt bidon. Il a fraudé le fisc légalement comme tout ce monde-là, grâce aux ententes signées entre le Canada et les zones de paradis fiscaux comme les Bahamas, par hasard. Payer son monde un piastre par jour pour ceux qui trouvent PKP anti syndicaliste, faut se rhabiller! Et ça continue avec une récente loi si je reprends bien les propos de Monsieur Nadeau sur les évasions fiscales du Canada. Pour connaître un peu le domaine, il y a plus de 20 ans, le processus était largement répandu dans certains milieux. Pourtant, personne n'a vu se poindre une enquête quelconque alors que le sujet, depuis des lunes, couvent connus de professionnels qui défendent ce beau pays.

      Et que dire de Gesca qui contrôle la presse et se dit clairement fédéraliste et même opposé aux souverainistes. On laisse faire ce genre de salade, mais on grignote sur un PKP en boîte. Il n’a pourtant pas ces lignes directrices comme La Presse. Et nous ne parlons pas des médias anglophones qui ne cessent de pencher jusqu’à s’embourber et achètent un peu de balans.
      Il est temps de régler la question non sur un cas, mais sur la situation de tous les médias au Québec et l’influence des propriétaires. Influencer par en avant ou par derrière ou en cachette ou vu de tous, l’éthique doit primer dans la mesure.
      Parlons en de liberté de parole. Ceux qui se sentent floué dans ce Canada prétentieux de confédération ont le droit de parole, ont le droit de vote et ont le droit de choisir le flag. A fortiori, les journalistes. C’est un droit international et aussi ceux de Radio-Canada, un média de portée internationale qui oblige à promouvoir l’unité canadienne! C’est un manque flagrant d’éthique et de liberté de parole qui est passé sous silence. Radio-Canada dira quoi au moment de la séparation! Vive le Québec ou vive le Canada!

    • Loraine King - Abonnée 12 mars 2014 12 h 35

      M. Blondin, vous exprimez bien le conflit éthique. Frauder le fisc légalement est un oxymoron dont l'usage est courant quant on discutte de Paul Martin. Nul doute que M. Péladeau et le PQ ne pourront pas plus éviter les mauvaises langues que Paul Martin.

    • Marc Bergeron - Inscrit 12 mars 2014 14 h 34

      Paul Martin n'avait pas 40% du monopole des médias. Très différent!

    • Carole Jean - Inscrite 12 mars 2014 16 h 14


      @ Mme King.

      Autrement dit, tous les avoirs de M. Martin restaient dans la famille et sous contrôle de la famille. C’est du pareil au même.

  • François Ricard - Inscrit 12 mars 2014 05 h 34

    Michael Bloomberg

    Michael Bloomberg, un magnat de la presse américaine, a été maire de New York, 9 millions d'habitants, de 2002 à 2014.
    Durant tout ce temps, jamais ne lui a-t-on reproché d'avoir influencé indûment les médias dont il était propriétaire. Quelles mesures avait-on prises pour, justement, éviter les conflits d'intérêt dans son cas? Possiblement pourrions-nous nous inspirer de ces mesures. M. Bloomberg a quand été maire pendant 12 années sans que sa situation cause problème.

    • Loraine King - Abonnée 12 mars 2014 10 h 45

      La vocation de Bloomberg est différente de celle de Québécor. Bloomberg n'est pas propriétaires de journaux New-Yorkais couvrait la politique locale, à ma connaissance. Ses actifs sont surtout dans les médias d'information spécialisée, information économique, légale, etc., comme c'est le cas pour Thomson-Reuters.

  • Jacques Beaudry - Inscrit 12 mars 2014 09 h 08

    bien sûr....

    Il n'y a que les fédéralistes qui possèdent des médias qui peuvent garder la propriété de leurs entreprises. Ex. les Desmarais qui couchent avec tout ce qui est cacanada.

    • Paul Gagnon - Inscrit 12 mars 2014 10 h 21

      Des mauvaises langues disent que le PLQ et le PLC appartiennent à Power Corporation (et probablement un peu aux Thomson, la famille la plus riche au Canada, pour le PLC :-)).

      Alors que PKP qui est maintenant sous des milliers de microscopes, possède des journaux, et a peu de chances de jamais posséder un parti comme le PQ.

    • Loraine King - Abonnée 12 mars 2014 10 h 47

      Quel Desmarais s'est déjà présenté candidat à une élection québécoise ?

      Il y a une différence quand même entre l'influence et le pouvoir politique.

      Je n'ai rien contre la candidature de M. Péladeau mais il faut quand même admettre que celà sort du commun.

    • Loraine King - Abonnée 12 mars 2014 11 h 48

      N'oubliez pas, M. Gagnon, que feu Paul Desmarais eut comme principal conseiller pendant des décennies Gilles Loiselle, un ancien ministre prossessiste-conservateur. Il est indéniable que M. Desmarais fut un fédéraliste convaincu, et l'on tient ce fait non pas des mauvaises langues mais de son propre aveu.

      Roy Thomson, le fondateur de l'empire financier de la famille Thomson, fut candidat conservateur à une élection provinciale ontarienne, dans les années 50. Ceux qui ont connu intimement la famille Thomson, et c'est mon cas, savent que leur seul intérêt est la prospérité financière de l'entreprise familiale. Il n'est pas dans l'intérêt de ces entreprises de privilégier un des deux partis politiques qui ont traditionnellement formé des gouvernements au Canada par rapport à l'autre. Ils seraient peut-être plus inquiets et actifs s'il y avait un vent de communisme et de saisie par l'état des avoirs privés.

      Le fait est que les mauvaises langues disent surtout des faussetés.

    • Fernand Lachaine - Inscrit 12 mars 2014 14 h 05

      Un frère de Desmarais a été député du PLC.

    • Loraine King - Abonnée 12 mars 2014 14 h 34

      Vous avez raison M. Lachaine - et Louis Desmarais, qui poursuit la famille Desmarais, avait vendu ses parts de Power Corp à son frère quelques années avant de se porter candidat dans Dollard.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 12 mars 2014 15 h 41

      Un beau-père d'un Desmarais a été Premier Ministre

  • Andrée Morin - Abonnée 12 mars 2014 09 h 18

    S'il faut la ceinture et les bretelles...

    Ajouter une clause au contrat de fiducie prévoyant une durée minimale du contrat, 2 ans par exemple,après le départ de PKP de la politique. De cette façon, un journaliste en conflit d'idées avec le propriétaire du journal aura le temps de se replacer ailleurs.

    • Loraine King - Abonnée 12 mars 2014 10 h 51

      Donc, un journaliste qui 'irait à la pêche', comme ce fut le cas pour Whissell et Arcand, signerait son arrêt de mort, lente mais mort quand même, quant à son emploi chez Québécor s'il 'irait à la pêche' en sortant des nouvelles non-fondées sur Monsieur Péladeau? Pourquoi le faire?

      Vous décrivez bien le problème d'éthique.

  • Michel Bernier - Inscrit 12 mars 2014 09 h 45

    Faut-il s'autoflageller ainsi?

    Lorsque je lis La Presse ou Le Soleil je suis souvent révolté par l'évidence du parti pris de ces journaux plus rouge que rouge. Lorsque je lis Le Journal de Montréal ou de Québec je suis frustré que ces journaux ne fassent pas plus contrebalance a ceux de Gesca. Alors, arrêtons d'êtres plus catholiques que le pape. Les règles d'éthiques seront beaucoup plus contraignantes et surveillées pour les journaux de Québecor que ceux de Gesca qui ont le champ libre.