Vive le travail, dans le plaisir

Une manufacture de chocolat au Québec: le bonheur avant tout.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Une manufacture de chocolat au Québec: le bonheur avant tout.

Par-delà les frontières, la motivation au travail est davantage une affaire de plaisir que d’argent. Une nouvelle étude menée parallèlement aux quatre coins de la planète nous apprend que cette affirmation est vraie partout, peu importe le sexe, l’âge ou le secteur d’activité des travailleurs interrogés.

 

Pendant sept ans, une équipe de 20 chercheurs a demandé à plus de 3400 travailleurs de nommer ce qui les motive au travail.

 

Les répondants provenaient de neuf pays, répartis sur quatre continents : l’Amérique (Canada), l’Afrique (Sénégal), l’Europe (Belgique, France, Royaume-Uni, Norvège, Suisse) et l’Asie (Indonésie, Chine).

 

Les résultats de cette enquête, publiés récemment dans l’European Journal of Work and Organizational Psychology, démontrent qu’au sein d’une entreprise, le bonheur d’un employé est un meilleur gage de performance que son salaire.

 

« La performance et le bien-être ne sont pas incompatibles », résume Jacques Forest, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. Il est l’un des trois chercheurs québécois qui ont contribué à l’étude.

 

Échelle

 

Sur une échelle de 1 à 7, les employés sondés dans le cadre de la recherche ont dû évaluer à quel point différents types de motivation les incitent à s’investir dans leur travail, soit le « plaisir », la « vocation », la « réputation » et les « récompenses » (pécuniaires et sociales). De ces quatre grandes catégories, les travailleurs, de tous les âges, ont priorisé les deux premières.

 

« Ces deux motivations-là, le plaisir et la vocation, peu importe l’origine culturelle, ethnique, linguistique ou le pays, sont celles qui prédisent le plus la performance et le bien-être, indique M. Forest. Ça ne veut pas dire que les motivations liées à la réputation et aux récompenses ne mènent pas à plus de performance, mais c’est drôlement moins efficace. »

 

Peut-on en déduire que les patrons peuvent aller jusqu’à réduire les incitatifs financiers et, ainsi, économiser de l’argent ? « On pourrait quasiment dire ça. Parce que dans d’autres enquêtes, lorsqu’on compare le pouvoir motivationnel de l’argent et la satisfaction des besoins, les besoins sont plus puissants, répond-il. Mais ça ne veut pas dire qu’il faut exploiter les gens. Un salaire juste et équitable, c’est important. »

 

Portée universelle

 

Ce n’est pas la première fois que des chercheurs concluent que, de manière générale, des employés heureux sont plus performants. Cette plus récente étude confirme ainsi la théorie de l’autodétermination, prévoyant que les besoins d’autonomie, de reconnaissance des compétences et d’appartenance sociale sont à la base de la motivation humaine.

 

Mais par-dessus tout, elle valide l’universalité de cette conclusion.

 

Le fait qu’un travailleur chinois, sénégalais ou canadien soit motivé d’une manière semblable dans l’exercice de son travail, et ce, qu’il provienne de la sphère des hautes technologies, de l’enseignement ou du secteur manufacturier, a de quoi faire sourciller bien des gens. Mais pas le professeur Forest.

 

« Ça ne nous surprend pas, parce que l’être humain n’est pas différent d’un endroit à l’autre, explique-t-il. Il faut recentrer le tir sur les vitamines dont le cerveau a besoin, et c’est ce qu’on identifie par les besoins psychologiques innés et universels. »

 

Évidemment, l’environnement et la philosophie de travail ne sont pas les mêmes partout, mais la logique qui structure la motivation l’est, avancent les auteurs de l’étude. « À l’heure de la mondialisation des affaires et des organisations de toutes sortes, les chercheurs doivent trouver des façons d’aider les dirigeants à engager des employés d’origines diverses », concluent-ils, ajoutant que leur recherche rend désormais la chose possible.

 

Si les besoins des employés de secteurs et de régions du monde différents se ressemblent, la manière d’y répondre ne doit pas être uniforme, prévient toutefois Jacques Forest. Un père de famille trouvera par exemple son bonheur dans un horaire flexible, tandis qu’une employée à l’aube de la retraite se réjouira d’une semaine de travail allégée. Il existe autant de façons de satisfaire les besoins psychologiques qu’il y a de travailleurs au sein d’une organisation, soutient-il.

 

Parmi les nombreuses études et publications consacrées à la relation entre bonheur et performance au travail, l’indice relatif du bonheur (IRB) en est arrivé à des conclusions qui appuient celles de M. Forest et de ses collègues. Cet « observatoire social indépendant » qui évalue l’état d’esprit des populations a déterminé que les relations de travail, la réalisation de soi, la reconnaissance et la responsabilisation sont des facteurs jugés plus importants que la rémunération. Cependant, écrit l’IRB, moins les quatre premiers facteurs sont présents, plus le salaire est jugé prioritaire.

1 commentaire
  • Denise Ouellet - Abonnée 12 mars 2014 12 h 55

    Quand on pense à ce qui se passe...

    Comme cette étude devrait être lue par les gestionnaires actuels du réseau de la santé et des services sociaux qui ne misent que sur une gestion par statistiques lissant complétement de côté l'aspect humain du travail!