L’UPA réitère les inquiétudes qu’elle nourrit au sujet du libre-échange avec l’Europe

Charles-Félix Ross, économiste en chef de l’UPA
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Charles-Félix Ross, économiste en chef de l’UPA

L’accord de libre-échange conclu cet automne entre le Canada et l’Union européenne (UE) pourrait être à sens unique, craint l’Union des producteurs agricoles (UPA). Face aux Européens « directement » subventionnés, elle croit que les producteurs québécois auront de la difficulté à tirer leur épingle du jeu.

 

« C’est une mauvaise entente que le Canada a conclue avec l’Union européenne parce qu’il n’a pas été question des soutiens internes versés à l’agriculture. On nous promet des marchés qu’on n’aura pas », soutient en entrevue au Devoir l’économiste en chef de l’UPA, Charles-Félix Ross.

 

Puisque l’encadrement des producteurs est différent, leurs chances de se démarquer sont inégales, explique-t-il. « C’est vraiment un vice important de la négociation : on parle de baisse de tarifs douaniers, d’accès aux marchés, mais il n’a pas du tout été question des soutiens qui sont versés aux agriculteurs de l’Europe. »

 

À commencer par la production laitière. « Les Européens ont choisi de subventionner directement les producteurs agricoles, ce qui fait que le prix du lait à la transformation se négocie à un prix qui est moins élevé. Tandis qu’ici, le transformateur québécois paie son lait à un prix qui est plus élevé. »

 

Au Canada, la production de lait, de volaille et d’oeufs est en effet gérée par un système de gestion de l’offre, qui contrôle la production nationale grâce à l’établissement de quotas. Ce système permet de stabiliser le marché et les revenus provenant des ventes, mais peut conséquemment se refléter dans le prix payé par le consommateur.

 

Selon M. Ross, l’arrivée de 17 000 tonnes supplémentaires de fromage européen dans les épiceries québécoises ne pourra être compensée par l’augmentation de la demande au pays.

 

« Dans le cas du porc et du boeuf, ça prend un producteur européen qui veut importer des produits québécois. Mais eux aussi sont subventionnés directement. Donc ça va être quoi notre avantage comparatif pour entrer sur le marché européen ? Même si on nous a donné des quotas d’importation sans tarif, ce n’est pas évident qu’on va pouvoir entrer sur ces marchés-là. »

 

Compensation «au besoin»

 

L’accord économique et commercial global (AECG) prévoit que les importations de fromages européens au Canada augmenteront considérablement, mais que les producteurs canadiens de porc et de boeuf verront en retour leurs quotas passer de 15 000 à 65 000 tonnes par année.

 

« C’est sûr et certain que le fromage européen va entrer sur nos marchés, mais on est loin d’être assurés que l’inverse va se faire », souligne l’économiste de l’UPA.

 

Au terme de quatre ans de négociations, le premier ministre Stephen Harper et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ont annoncé le 18 octobre dernier la conclusion d’une entente de principe sur un accord de libre-échange entre le Canada et l’UE. Les grandes lignes de cet accord ont été dévoilées depuis, mais le traité commercial doit toujours être adopté par le Parlement européen, les 28 membres de l’UE et les provinces canadiennes avant d’entrer en vigueur. Ce processus pourrait s’échelonner sur environ deux ans.

 

Selon un des documents détaillant l’accord de principe, le gouvernement fédéral « fera le suivi des [ses] incidences » sur les producteurs québécois et fournira « au besoin » une compensation en cas de répercussion négative.

 

Pas de révision

 

Bien qu’il critique l’entente intervenue entre le Canada et l’Union européenne, Charles-Félix Ross refuse de montrer du doigt le système de gestion de l’offre, qui permet à son avis de protéger les producteurs québécois contre les géants internationaux.

 

Il refuse ainsi d’adhérer aux arguments avancés la semaine dernière par le Conference Board du Canada, qui propose de réformer ce système en mettant un terme à la fixation des prix, en ouvrant les marchés d’exportation et en indemnisant les producteurs qui seraient dorénavant privés de quotas.

 

Un rapport de l’organisation avance que cette refonte « engendrerait des économies d’environ 2,4 milliards par année pour les consommateurs ». En ce qui concerne les producteurs, on écrit qu’ils pourraient engranger des gains de près de 2,5 milliards grâce à l’exportation.

 

« Si demain, il n’y avait pas de système de gestion de l’offre au Canada, plusieurs producteurs ne pourraient pas tenir le coup », lance M. Ross. En cette campagne électorale, il privilégie plutôt la poursuite des investissements gouvernementaux en agriculture.

1 commentaire
  • Normand Murray - Inscrit 11 mars 2014 14 h 55

    Commerce équitable?

    L'UPA a entièrement raison au sujet de cet accord de libre échange avec l'Europe ceci est une autre tentative de déstabilisation du marché intérieur du Québec, comme bien d'autres industries de par le passé comme le textile ici on parle de destruction à titre d'exemple, ou plus récemment l'avionnerie ou l'aéronautique. Les multiples voyages européens de Charest et Harper n'étaient pas seulement pour notre bien à tous.