Le prix de l’engagement politique

Pierre Karl Péladeau, la recrue de Pauline Marois, a démissionné de toutes les charges qu’il occupait chez Québecor et Vidéotron, mais il ne veut pas se départir de ses actions.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pierre Karl Péladeau, la recrue de Pauline Marois, a démissionné de toutes les charges qu’il occupait chez Québecor et Vidéotron, mais il ne veut pas se départir de ses actions.

Les dossiers de propriété du CRTC et documents de l’entreprise ne pourraient pas être plus explicites : Pierre Karl Péladeau est seul aux commandes d’un bloc majoritaire depuis 2009, à la suite d’une transaction avec son frère Érik dont le montant n’a pas été dévoilé.

 

La propriété de Québecor prend beaucoup de place depuis dimanche, lorsque le PQ a dévoilé pour la circonscription de Saint-Jérôme un candidat vedette qui contrôle plus de 73 % des droits de vote d’un conglomérat de presse.

 

En août 2009, le candidat et son frère Érik publiaient un bref communiqué intitulé« Annonce concernant le contrôle de Québecor inc. »,qui résume en 15 lignes le résultat d’une transaction fraternelle.

 

« En conformité avec les dispositions du testament de feu Pierre Péladeau, Pierre Karl Péladeau a acquis le 6 août 2009 pour un montant nominal l’intérêt détenu par Érik Péladeau dans la fiducie à travers laquelle étaient détenues les actions qui confèrent le contrôle de Les Placements Péladeau inc., la société de portefeuille qui contrôle Québecor inc. », pouvait-on lire. « Ces actions sont maintenant détenues par Pierre Karl Péladeau. »

 

Les deux hommes avaient alors signalé que l’opération visait à « donner effet aux volontés de MM. Érik Péladeau et Pierre Karl Péladeau et faciliter leur planification successorale ».

 

Selon le registre des entreprises, Les Placements Péladeau a été fondée par Pierre Péladeau en 1967. Au fil du temps, elle a servi à gérer les investissements de la famille, dans Québecor, mais aussi dans d’autres entreprises, comme Bell Canada ou la papetière Donohue.

 

Concrètement, M. Péladeau contrôle 73,53 % des droits de vote de Québecor inc., selon des documents que l’on trouve sur le site Web du CRTC. En réalité, il contrôle 28,6 % des actions, mais celles-ci comportent des droits de vote multiples, comme c’est souvent le cas pour des entreprises au sein desquelles les membres d’une même famille ont joué des rôles importants. (Pour consulter la propriété : crtc.gc.ca/ownership/fra/cht156.pdf)

 

En mai 2013, à l’approche de l’assemblée des actionnaires de Québecor, l’entreprise a indiqué dans l’avis de convocation que Pierre Karl Péladeau détenait — directement et indirectement — 17,47 millions d’actions de catégorie A et 207 260 actions de catégorie B. Valeurs respectives : 676,6 millions et 8 millions.

 

Pierre Karl Péladeau a affirmé hier matin qu’il n’est pas question de vendre ses actions de Québecor en déclarant plus tard qu’il collabore déjà avec le commissaire à l’éthique et à la déontologie pour s’assurer de respecter les règles. Il a affirmé que ses actions seraient confiées à une fiducie sans droit de regard.

 

« Une fois que la gestion est débutée par le fiduciaire ou le mandataire, c’est une gestion qui se fait indépendamment des instructions du propriétaire », a dit le commissaire, Me Jacques Saint-Laurent, lors d’un entretien au Devoir. Celui-ci a été nommé par l’Assemblée nationale en 2011.

 

Advenant la vente du bloc d’actions, la recherche d’un acheteur potentiel risque de présenter un défi colossal : le monde des médias n’est partagé que par une poignée de grands joueurs aux reins solides, dont Rogers, Bell et Astral. Ces deux derniers, d’ailleurs, ne font plus qu’un depuis leur union qui a nécessité, d’ailleurs, l’aval du CRTC.

 

L’opposition s’exprime

 

François Legault a réitéré tout au long de la journée de lundi ses demandes formulées la veille : selon le chef de la Coalition avenir Québec, M. Péladeau doit absolument vendre ses actions dans Québecor s’il souhaite entrer en politique. Un simple placement en fiducie sans droit de regard n’est pas suffisant vu l’ampleur des avoirs de M. Péladeau, croit-il.

 

Le chef de la CAQ affirme que Pierre Karl Péladeau doit procéder tout de suite à cette vente, sans attendre le résultat des élections du 7 avril. « Il pourrait faire une entente avec la Caisse de dépôt pour une transition jusqu’à trouver un actionnaire de contrôle », a-t-il dit.

 

Le chef libéral, Philippe Couillard, après avoir tergiversé, a affirmé lui aussi que M. Péladeau devait vendre ses avoirs.

 

À la Bourse de Toronto, l’action de catégorie B, celle qui circule dans le grand public, a terminé la séance en hausse de 20 ¢ à 25,50 $. L’action de catégorie B a grimpé de 38 ¢ à 25,39 $.


Avec Marco Bélair-Cirino, Guillaume Bourgault-Côté et Robert Dutrisac

14 commentaires
  • Jacquelin Bergeron - Inscrit 11 mars 2014 03 h 05

    Transparence et sens commun

    Il doit bien n'y avoir que Mme Marois et PKP pour ne pas reconnaître l'absurdité de la situation. Le candidat dans Trois-Rivières M. Deschênes avaient exprimé son dégoût des instructions de la direction, alors qu'il travalllait pour Québécor. Demandez à Mme Marcotte qui vient de se faire congédié du Journal de Montréal pour un article défavorable au PQ ce qu'elle pense de la non-ingérence partisane...et cela ne fait que commencer.

    • simon villeneuve - Inscrit 11 mars 2014 11 h 27

      Avez-vous deja oublier une situation encore pire ?

      Celle de Paul Martin, Premier Ministre du Canada ...

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 11 mars 2014 13 h 06

      Et que faites-vous des charges anti-PQ de La Presse et consorts ?

    • Loraine King - Abonnée 11 mars 2014 15 h 38

      Je ne vois pas en quoi la situation de Paul Martin était pire. Chose certaine CSL ne publiait pas des articles journaux ou des sites web concernant les enjeux politiques.

  • Marc Bergeron - Inscrit 11 mars 2014 05 h 12

    Premier répondant ce sont les journalistes

    Ceux qui informent les citoyens, Comment on peut analyser ce phénomène quand c'est ton patron? De plus avant sa candidature l'opinion journalistique était qu'il avait trop de concentration de la Presse et avec raison maintenant comment défendre des avis contraire? Pour compliquer le portrait et c'est là le clou, la souveraineté du Québec. Sous ce prétexte allons-nous laisser sans bannière de sécurité les principes démocratique ou éthique? Ça me rappelle certains pays qui pour une cause ont outrepassés les règles éthique pour ensuite se retrouver devant des gens qui avait un pouvoir, sans contrôle se retourner contre eux. La ligne est mince mais elle doit être défini. Le mentalité du Dieu sauveur dans le cas de la souveraineté est le signe que le peuple n’est pas prêt à se prendre en main pour décider de son avenir. C'est ensemble par un processus démocratique que nous pouvons acquérir la souveraineté. Le peuple a l'obligation de savoir? Est-ce un vote pour la souveraineté ou pour le future gouvernement? Dimanche à la télé. Madame Marois a dit non pour un référendum dans le prochain mandat? Étant insatisfait du gouvernement, désirant ne plus voir de gouvernement majoritaire, pas d’accord avec toutes les augmentations qui sont prévus, ne connaissant pas la vérité de la commission je ne peux voter pour les deux partis d’alternance?

  • Pierre Labelle - Inscrit 11 mars 2014 06 h 41

    La peur et la panique!

    François Legault est en mode panique, ce qui lui fait dire n'importe quoi comme: "il doit vendre toutes ses actions sans attendre le résultat des élections du 7 avril". Rien de moins, non mais ça va pas la tête M. Legault...., et dire que vous avez la prétention de vouloir diriger le Québec. Ce genre de déclaration alarmiste, basé uniquement sur des scénarios qui vous sont dictés par la peur d'une défaite électorale, ne sont certainement pas celles que l'on attend d'un chef de parti. La loi est on ne peut plus claire: une fiducie sans droit de regard, point à la ligne. Au cours des deux dernières années, vous avez tenté de nous démontrer vos nombreuses compétences dans de nombreux domaines, cependant vous semblez avoir oublié le vieil adage, ou si vous préférez, le principe de Peter qui dit: "à trop vouloir démontré ses compétences, on en arrive à une parfaite démonstration de son incompétence". Avant d'en arriver à ce stade, peut-être vaudrait-il mieux laissé le commissaire à l'éthique faire son travail, après tout il est payé pour cela et si on l'a choisi, il a certainement dû démontrer les compétences nécessaires pour occuper ce poste....

    • Gérard Pitre - Inscrit 11 mars 2014 11 h 03

      À Pierre Labelle. Vous avez à cent pour cent raison. Legault ainsi que Couillard et Qs sont en état de panique. Si Legault comme il l'a admis avait réussi à attirer PKP dans son parti, son discours serait tout autre. Non les paniqueux sont à la dérive et font tout en leur pouvoir pour se sortir du pétrin en inventant toute sorte de scénarios qui dans les faits ne se réaliseront pas. La CAQ son ADQ revampée est du bois mort et du bois mort ça ne chauffe pas du tout dans une fournaise, il faut le retirer. Et c'est ce que l'électorat fera le 7 avril. Nous assisterons alors à un enterrements en bonne et due forme de tous ces épouvaintails à moineaux. Merci Gérard Pitre

    • Jean-Guy Henley - Inscrit 11 mars 2014 23 h 05

      Étant donné que PKP est allé au PQ, Philippe Couillard et François Legault déchirent leur chemise et font une crise d'urticaire. Pourtant, on sait très bien que s'il était allé à la CAQ, Legault n'aurait aucun problème à ce que les actions de PKP aillent dans une fiducie sans droit de regard et il n'exigerait certainement pas qu'il les vende. Ça serait alors Pauline Marois et Philippe Couillard qui critiqueraient. Et s'il était allé au PLQ, on aurait le même scénario avec Couillard à la défense de PKP pendant que Legault et Marois "dénonceraient" le manque d'éthique.

      C'est une des facettes de la politique. On critique ce que font les autres même si on a fait pareil (ou pire). Quand c'est pour soi, tout est justifiable mais quand c'est pour les autres, ça devient soudainement inacceptable.

  • Carole Jean - Inscrite 11 mars 2014 07 h 32

    Félicitations à quelqu’un qui construit le Québec


    Il faut féliciter M. Pierre-Karl Péladeau d’offrir son temps, son énergie et son expérience pour servir la population du Québec.
    Il aurait pu comme d’autres se contenter de profiter de sa grande richesse et laisser les grandes questions politiques et économiques à d’autres, moins qualifiés pour le faire.
    Les attaques mesquines et démagogiques dont il fait l’objet sont vraiment navrantes.

    Faut-il n’avoir pour gérer l’État que des amateurs et des aventuriers ? Arrêtons ce dérapage au plus vite et que les éditorialistes des grands journaux remettent les pendules à l’heure. S. V. P.

    • Pierre Labelle - Inscrit 11 mars 2014 08 h 29

      Très bien exprimé Mme Jean! Si on écoutait messieurs Couillard et Legault, il faudrait ajouter à la loi sur l'éthique; une "clause Péladeau". Moi j'aimerais bien que M. Couillard nous parle un peu de son passé, alors qu'il était encore ministre de la santé, comment il a fait pour se négocier une job dans le privé à partir de son siège de ministre? Avait-il oublié la définition du même mot éthique qu'il brandit aujourd'hui?

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 11 mars 2014 10 h 41

      Et quant au passé de M Charest, qu'en est-il du présumé "pont d'or" dont il aurait bénéficié lors de son passage du PLC au PLQ? Y avait-t-il un empire financier derrière?

      M Péladeau est transparent. C'est apprécié.

  • Colette Pagé - Inscrite 11 mars 2014 10 h 38

    Réjouissons-nous de l'arrivée en piste de PKP

    De façon surprenante, voila que le Parti libéral fait du sujet de l'éhique "une vraie affaire" alors que durant 9 ans cette question secondaire était banalisée voire glissée sous le tapis. Laissions le commissaire à l'éthique établir les balises et passons à un autre sujet. Ces dénonciations répétées du Parti libéral et de la CAQ rèvèlent à l'évidence la panique et le désespoir face à une débandade possible de leur formation. Ce n'est certainement un vire-capot dans la Pinière ni un économiste qui a vanté le dernier budget péquiste qui permettront au Parti libéral de faire des gains dans l'électorat. Quant à la CAQ, à plus d'un titre les idées économiques défendues peu réalistes demeurent discutables.

    Je m'en voudrais de ne pas signaler la sortie virulente de la chef associée de QS qui sans égard à la crise dans les médias condamne ex-cathedra l'attitude anti-syndicaliste de PKP allant jusqu'à affirmer qu'aucun membre de la CAQ ne pourrait s'asseoir à sa table. Cet aveuglement volontaire et ce radicalisme démontrent une vision étriquée de la réalité économique. Ce qui rend les propositions de QS si peu crédibles.