La Russie fait vaciller les marchés

Un courtier de la Bourse de New York observe les données qui défilent sur les écrans.
Photo: Agence France-Presse (photo) Andrew Burton Un courtier de la Bourse de New York observe les données qui défilent sur les écrans.

La Russie a ébranlé les marchés, en débutant par la Bourse russe et le rouble. Le dollar américain, les titres de dette allemands et l’or ont joué pleinement leur rôle de valeurs refuges lundi.

 

Le ton belliqueux entre la Russie et l’Ukraine a trouvé écho sur les marchés. En débutant par la Bourse et la devise russes. Dès l’ouverture lundi, l’indice Micex et le RTS de la place moscovite s’effondraient de plus de 7 % et 9 %, tandis que le rouble plongeait à des niveaux jamais vus, indiquait le quotidien Le Monde. En fin de séance, la chute des cours boursiers russes atteignait les 10 %. Pour endiguer cette débandade, la Banque centrale de Russie a annoncé lundi, après une réunion inopinée, une hausse « temporaire » de son taux directeur à 7 %, contre 5,5 % auparavant. Pour sa part, le taux d’emprunt à 10 ans de la Russie montait lundi matin à 4,79 % contre 4,58 % vendredi.

 

Toujours selon le quotidien français, les marchés s’inquiètent en particulier d’une faillite de l’Ukraine, qui exposerait les banques publiques de Russie à de lourdes pertes. Il s’agit aussi de contrer la fuite des capitaux. Mais la réaction, dite précipitée, de la Banque centrale pourrait, au contraire, fragiliser davantage une économie tournant déjà au ralenti. Selon les dernières prévisions officielles, le PIB russe doit croître de 2 % en 2014, après un faible 1,3 % l’an dernier. La crise en Crimée ne fera qu’envenimer les choses. Selon Ludovic Subran, économiste chez Euler-Hermes, « elle pourrait coûter à la Russie 0,5 point de PIB » tout en faisant redouter des « attaques spéculatives », a relevé Le Monde.

 

Vaciller sans tomber

 

Ailleurs, les marchés ont vacillé, mais sans tomber. À New York, l’indice représentatif S P 500 a abandonné 1,1 % au terme de la séance, à 1845,73. Au creux de la journée, il touchait 1834,47, en repli de 1,3 % par rapport à son sommet historique de vendredi. « Avec tout ce qui se passe » entre la Russie et l’Ukraine, « il n’y a qu’un mot d’ordre : fuir le risque. On vend et on pose des questions après », a expliqué Michael James, de Wedbush Securities. D’autant que les marchés boursiers mondiaux ont connu une année 2013 particulièrement musclée en matière de rendement.

 

Témoignant du regain de nervosité, l’indice VIX, mesurant la volatilité du S P 500, a bondi de 14 %, à 16 points, lundi, montant à un niveau n’indiquant cependant aucune panique. Cet indice dit de la peur évolue généralement entre 10 et 30 points. Au-dessus de 30, nous entrons en territoire émotif. L’émotivité prend alors le dessus sur le rationnel. À 45 et plus, c’est la crise, la grosse crise. La peur. Plus haut encore, c’est la terreur.

 

D’ailleurs, les indices nord-américains ont pu récupérer une partie de leurs pertes en cours de séance « car il y a toujours de l’espoir qu’une solution diplomatique finisse par prévaloir », a commenté Mace Blicksilver, de Marblehead Asset Management.

 

En Europe, la Bourse de Francfort a été la plus touchée, son indice de référence tombant de 3,4 %. La chute a été de 2,7 % à Paris, de 1,5 % à Londres. Plus tôt dans la journée, Tokyo a fermé en baisse de 1,3 %, après avoir abandonné près de 3 % au creux de la séance. « Ce n’est pas encore la panique, mais le mouvement est quand même très marqué », a commenté un analyste de IG, Alexandre Baradez.

 

Toronto tient le coup

 

À Toronto, le S P/TSX a fait cavalier seul en clôturant en hausse. L’indice a toutefois été soutenu par ses composantes aurifères et pétrolières, qui ont été propulsées par la crainte des investisseurs. Le cours du pétrole de référence aux États-Unis a bondi de 2,3 % lundi, à 104,92 $US et celui du métal jaune, valeur refuge en période de tension, a progressé de 2,2 %, à 1350,30 $US l’once. La semaine dernière, l’or avait déjà atteint à plusieurs reprises des plus hauts en quatre mois, suscitant l’intérêt des investisseurs financiers au rythme de l’escalade du conflit entre la Russie et l’Ukraine. Depuis le début de l’année, l’or est en hausse de plus de 11 %, après avoir chuté de 28 % en 2013, dans un contexte d’apaisement de la crise économique ayant cédé le pas à une crainte déflationniste.

 

Pour sa part, le Brent de la mer du Nord a bondi à 111,58 $US le baril. « Étant donné que l’Ukraine se situe dans la chaîne d’approvisionnement du Brent, la prime de risque a augmenté, poussant vers le haut les prix du brut », a déclaré Desmond Chua, analyste chez CMC à Singapour.

 

« La plus grosse partie des cinq millions de barils par jour de pétrole que la Russie exporte va en Europe, donc il n’est pas surprenant que le Brent ait augmenté à cause du conflit, même si le risque de réelles interruptions de livraison est limité », estimaient les économistes de Commerzbank. « La Russie est au moins aussi importante quand il s’agit d’approvisionner l’Europe avec du gaz naturel, surtout que la plupart des gazoducs traversent le territoire ukrainien. » L’Allemagne, un gros consommateur de gaz russe, s’est voulue rassurante en affirmant être « bien préparée » à d’éventuelles baisses de livraisons.

 

Autre valeur refuge, la dette allemande était en forte demande lundi. Le taux sur l’obligation allemande à échéance de dix ans est tombé à 1,57 % au cours de la séance, contre 1,62 % vendredi.


Avec l'Agence France-Presse

1 commentaire
  • Catherine Paquet - Abonnée 4 mars 2014 06 h 46

    Oui mais...

    ...la Bourse de Moscou a également subi un choc. De même que les Bourses européennes où les millionnaires Russes tirent de joliss profits ont également chuté. Je ne serais pas surpris que les amis du régime invitent le Président Poutine à modérer ses ardeurs. L'argent est peut-être encore le nerf de la guerre, mais il peut aussi devenir le nerf de la paix ou, au moins, de la modération. La diplomatie représente beaucoup moins de risques...