Les fromagers auraient réalisé la quadrature du cercle

Le gouvernement fédéral a promis de compenser les fromagers canadiens qui seraient lésés par l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne.
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir Le gouvernement fédéral a promis de compenser les fromagers canadiens qui seraient lésés par l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne.

Les producteurs de fromage québécois proposent à Ottawa un mécanisme de compensation pour les dommages infligés par l’éventuel accord de libre-échange entre la Canada et l’Europe qui, disent-ils, ne lui coûterait presque rien.

 

Le Conseil des industriels laitiers du Québec (CILQ) a dévoilé, jeudi, ses recommandations au gouvernement fédéral sur la meilleure façon d’honorer sa promesse de dédommager les fromagers canadiens qui seraient lésés par l’augmentation des quotas d’importation de fromage accordée aux producteurs européens dans l’entente de principe intervenue cet automne dans le cadre du projet d’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG). « Nos trois principales recommandations ne coûteraient absolument rien à Ottawa », a affirmé dans un entretien téléphonique au Devoir le p.-d.g. du CILQ, Pierre Nadeau.

 

La première de ces recommandations est de réserver aux producteurs canadiens eux-mêmes les 17 700 tonnes de nouveaux quotas d’importation de fromages européens. Cette mesure aurait entre autres avantages d’apporter un revenu additionnel aux fromageries canadiennes pour s’adapter à cette nouvelle concurrence, de leur permettre d’acquérir de l’expérience et la connaissance du produit, d’avoir la possibilité de bonifier leur offre aux détaillants ainsi que d’empêcher les grandes chaînes de distribution alimentaire de se servir de ces nouvelles importations comme moyen d’affaiblir le pouvoir de négociation des producteurs canadiens.

 

Plus le nombre de détenteurs de ces nouveaux quotas sera grand, plus les stratégies de vente seront diversifiées et moins les risques d’impact sur un type de fromage en particulier seront grands, plaide-t-on.

 

Pierre Nadeau admet que l’idée peut avoir l’air de placer les fromagers canadiens en conflit d’intérêts, mais il ne croit pas que cela soit vraiment le cas. En fin de compte, les Européens pourront vendre tout le fromage qu’on leur a promis. Puis, note-t-il, « aucune loi ne nous interdit de faire cela et vous pouvez être sûr que les Européens ne nous feront pas de cadeau non plus sur l’augmentation de nos exportations de boeuf et de porc qu’ils nous ont promise en échange ».

 

Le CILQ recommande aussi que les normes sanitaires européennes et canadiennes soient appariées. Cela voudrait vraisemblablement dire, pense Pierre Nadeau, que les normes canadiennes — généralement plus (trop) strictes — devraient s’ajuster à celles — un peu moins sévères — de l’Europe, plutôt que l’inverse.

 

Le CILQ propose aussi que l’introduction des nouveaux quotas s’étale sur sept années, comme cela doit être le cas pour les nouvelles exportations de porc et de boeuf en Europe, afin de se donner le temps de s’adapter. Les seules dépenses réclamées à Ottawa seraient notamment pour des programmes d’aide à la consolidation du secteur, de certification et de promotion.

 

Le gouvernement fédéral a promis de compenser les fromagers canadiens qui seraient lésés par l’AECG. Il répète depuis le début cependant que ces hypothétiques dommages seront, au pire, « minimes » et « temporaires » et qu’ils ne justifiaient pas, par exemple, de mettre de côté des montants d’argent dans son dernier budget comme il l’a fait pour d’autres industries, comme celles de l’automobile ou des pêches. On rapporte cependant que les fonctionnaires fédéraux s’activent pour mettre au point un système.

 

Pour le CILQ, il ne fait pas de doute que la multiplication par deux (de 20 400 tonnes à 36 400 tonnes) des importations de fromages fins au Canada aura un impact, particulièrement au Québec qui compte pour près de la moitié (44 %) de cette production de niche.

 

La première ministre, Pauline Marois, a pressé Ottawa, jeudi, de préciser ses intentions en la matière. « J’espère qu’ils vont se bouger pour que nous nous entendions le plus rapidement possible. »

 

« Nous avons pris des engagements et nous entendons les respecter », a répondu le ministre fédéral du Commerce international, Ed Fast.

 

Qualifié de plus ambitieux projet de traité commercial du Canada en 20 ans, l’AECG doit encore faire l’objet d’un travail de traduction juridique et linguistique qui pourrait durer un an et demi.

 


Avec Hélène Buzzetti

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