Un meilleur partage de la richesse ne tuera pas la croissance

Les chercheurs du FMI ont découvert que les gouvernements n’ont pas à craindre de diminuer le fossé qui sépare les riches et les pauvres, bien au contraire.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les chercheurs du FMI ont découvert que les gouvernements n’ont pas à craindre de diminuer le fossé qui sépare les riches et les pauvres, bien au contraire.

Contrairement à certaines idées reçues, la redistribution de la richesse n’entre pas en contradiction avec la croissance économique d’un pays, conclut le Fonds monétaire international dans une étude publiée mercredi. Elle a même toutes les chances d’y contribuer.

 

« Nous ne devons pas sauter à la conclusion que le remède à l’inégalité est plus nocif pour la croissance que la maladie elle-même », écrivent les auteurs de la recherche.

 

Leurs travaux s’attaquent à une présomption tenace voulant que la redistribution de la richesse par l’entremise de taxes plus élevées et de subventions gouvernementales décourage l’investissement et l’avancement professionnel. Les chercheurs ont plutôt découvert que les gouvernements n’ont pas à craindre de diminuer le fossé qui sépare les riches et les pauvres, bien au contraire.

 

Le trio d’auteurs a évalué la croissance économique à moyen terme et la durée de cette croissance grâce à des données comparant une multitude de pays entre eux. Pour la première fois, une étude a pu évaluer l’ampleur des inégalités constatées avant et après la mise en oeuvre de politiques de redistribution par les gouvernements.

 

« Ce serait une erreur de se concentrer sur la croissance et de laisser les inégalités se régler d’elles-mêmes, non seulement parce que les inégalités sont éthiquement indésirables, mais aussi parce que la croissance qui en résulte peut être faible et non durable », peut-on lire dans le document d’une vingtaine de pages.

 

Les auteurs rappellent qu’il ne faut pas perdre de vue les impacts d’une économie inégalitaire, comme l’accès limité des plus pauvres aux systèmes de santé et d’éducation ou encore l’instabilité économique et politique défavorable à l’investissement.

 

Plus important encore, ils en viennent à la conclusion que la redistribution de la richesse a un impact neutre ou positif sur la croissance économique. « Pour des redistributions non excessives, il n’existe pas de preuve d’un impact négatif. Des mesures de redistribution modérées, liées à la réduction des inégalités, sont associées à une croissance plus élevée et plus durable. »

 

Bien qu’en théorie l’inégalité encourage l’innovation et l’entrepreneuriat, la redistribution de la richesse donne un coup de pouce à l’économie de manière directe et indirecte, indiquent les auteurs. L’inquiétude des chefs de gouvernement qui se croient dans l’obligation de choisir entre la croissance économique de leur pays et une redistribution plus équitable de la richesse n’est donc pas fondée, explique-t-on en substance.

 

Question importante

 

Les auteurs font preuve de prudence et soulignent qu’ils se sont attardés à la forêt, pas aux arbres. « Nous savons que différents types de politique peuvent avoir des effets différents selon l’endroit et le moment de leur implantation. »

 

Ils ajoutent que leurs conclusions sont générales, mais qu’elles peuvent potentiellement s’appliquer à toutes les économies analysées dans le cadre de leurs travaux, des plus modestes aux plus avancées. S’ils demeurent silencieux au sujet de la nature des politiques de redistribution à préconiser, ils espèrent que d’éventuelles recherches permettront de répondre à cette « importante question ».

 

L’étude ne reflète pas la position officielle du FMI, prévient l’un des auteurs, Jonathan D. Ostry. Elle alimente plutôt une réflexion entamée depuis quelque temps au sein des instances économiques en général et du Fonds en particulier. Sa directrice générale, Christine Lagarde, en a fait écho mardi lors d’un discours prononcé à l’Université Stanford. La reprise économique à l’échelle mondiale déraillera si on ne crée pas davantage d’emplois et qu’on ne réussit pas à réduire l’écart qui sépare les riches et les pauvres, a-t-elle prévenu.

 

Il y a un peu plus d’un an, l’économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, avait par ailleurs semé l’émoi en déclarant que les prévisionnistes d’importantes institutions économiques internationales — dont la sienne — avaient sous-estimé l’impact négatif des politiques d’austérité sur la croissance économique.

 

Les conclusions de l’étude rendue publique mercredi apportent un éclairage intéressant sur des réalités déjà bien documentées. L’Organisation de coopération et de développement économiques a confirmé en 2011 que les inégalités économiques avaient augmenté au sein de ses pays membres au cours des dernières décennies, sans que la redistribution de la richesse suive le rythme.

 

Le directeur d’Oxfam Washington, Nicolas Mombrial, s’est quant à lui réjoui des conclusions du nouveau rapport. « Le FMI a déconstruit le vieux mythe selon lequel la redistribution serait néfaste pour la croissance et a démoli les arguments en faveur de l’austérité, a-t-il déclaré. Par le passé, le FMI a demandé aux gouvernements de réduire les dépenses publiques et les taxes. Nous espérons que cette recherche et les récentes déclarations de Christine Lagarde représentent un changement d’orientation. »

5 commentaires
  • Marc Bergeron - Inscrit 26 février 2014 23 h 44

    Canada autour de 21/35 pays OCDE 2012

    Perte de terrain pour le partage de la richesse en 21 ième rang. On lest loin du beau Canada à l'abris lors de la crise boursière ce sont les riches qui sont plus riches.

  • Louis Desjardins - Abonné 27 février 2014 07 h 43

    Beaucoup de recherches et d'études pour en arriver à la conclusion à laquelle Henry Ford en était venu au tout début du 20e siècle: si vous augmentez les salaires les travailleurs vont dépenser plus et ainsi mieux faire tourner l'économie. L'inverse est aussi vrai. Maintenant que les coûts de main d'oeuvre augmente dans les pays émergents il est peut-être temps de revoir les salaires de famine payés à certain travailleurs. Il faut relever le salaire minimum, pas ncessaire de passer par des subventions ou des aides de prêts aux corporations. Il faut que l'argent aille à ceux qui font tourner l'économie. Que d'errements le FMI a commis avant d'arriver á cette conclusion. Faut croire que l'École de Chicago a perdu de son lustre maintenant qu'on constate que les politiques qu'elle a inspirées s'avèrent néfastes. Quelle surprise!

    Louis Desjardins

  • Claude Trudel - Abonné 27 février 2014 08 h 17

    Référence


    Lutter contre les inégalités à l’aide de la redistribution : le remède est-il pire que le mal ? (Jonathan D. Ostry et Andrew Berg)
    http://www.imf.org/external/french/np/blog/2014/02

  • Louise Gagnon - Inscrite 27 février 2014 08 h 23

    Les gros maringouins ont peur de manquer de sang

    "Il y a un peu plus d’un an, l’économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, avait par ailleurs semé l’émoi en déclarant que les prévisionnistes d’importantes institutions économiques internationales — dont la sienne — avaient sous-estimé l’impact négatif des politiques d’austérité sur la croissance économique."

    Cette réflexion du FMI n'a aucune considération pour la plèbe qui les nourrit. Il voit seulement qu'il ne pourra plus empocher si les chomeurs et travailleurs ne peuvent plus rien leur acheter et s'ils se mettent à crever de faim même en occident.

  • Bernard Plante - Abonné 27 février 2014 13 h 49

    Le FMI nouveau

    Le FMI qui détruit un mythe de la pensée économique néolibérale. Wow!

    Bien hâte de voir comment les "chambreux de commerce" et l'IEDM parviendront à contredire cette étude...