Desjardins tire son épingle du jeu en dépit d’un contexte difficile

Monique Leroux: <em>«Certaines banques canadiennes ont retrouvé un intérêt pour le Québec.»</em>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Monique Leroux: «Certaines banques canadiennes ont retrouvé un intérêt pour le Québec.»

Le Mouvement Desjardins a augmenté ses profits de 1,7 % en 2013 en dépit de la morosité économique, de la faiblesse des taux d’intérêt et d’un regain de la concurrence des autres banques.

 

Les excédents avant ristournes aux membres du premier groupe financier coopératif au Canada sont ainsi passés de 1,504 milliard en 2012 à 1,530 milliard l’année dernière, pour un actif total qui croissait au même moment de 7,7 %, soit de près de 197 milliards à 212 milliards, a-t-on appris mercredi avec le dévoilement de ses résultats pour le quatrième et dernier trimestre de son année financière se terminant le 31 décembre. Cette augmentation de l’actif et des profits de Desjardins n’a pas empêché un léger recul du rendement de ses capitaux propres de 10,2 %, en 2012, à 9,4 % l’an dernier.

 

Ces résultats témoignent « d’un beau progrès dans tous les secteurs » d’activité du Mouvement Desjardins en dépit d’un contexte général qui n’était pas le plus facile, a déclaré dans un entretien téléphonique au Devoir sa présidente et chef de la direction, Monique Leroux.

 

Les institutions financières canadiennes ont, entre autres, dû continuer de composer avec la faiblesse des taux d’intérêt qui comprime les marges nettes. On a aussi été aux prises avec un contexte économique moins favorable ces dernières années au Québec. « On sent, sans aucun doute, depuis la fin de 2012, une économie calme et morose. »

 

Recrudescence de la concurrence

 

Le Mouvement Desjardins a également dû faire face à une recrudescence de la concurrence, rapporte Monique Leroux. « Certaines banques canadiennes ont retrouvé un intérêt pour le Québec. Ces choses-là, parfois ça part, parfois ça vient. Nous, on est toujours là. Et quand on occupe la première place au Québec, comme le fait Desjardins, c’est sûr qu’on est les premiers visés. Mais nous n’avons pas l’intention de reculer et nous faisons ce que nous avons à faire. »

 

Desjardins souligne, à ce chapitre, qu’une somme de 171 millions a été provisionnée en vue du versement des ristournes et que 81 millions ont déjà été remis sous forme de dons et d’autres commandites en 2013, pour un « retour à la collectivité » total de 252 millions. On se félicite aussi, entre autres choses, du lancement d’une application pour les tablettes électroniques, du succès du programme d’assurance auto Ajusto et des améliorations apportées aux services d’assistance offerts aux membres lorsqu’ils sont en voyage ou victimes de vol d’identité.

 

Desjardins est ainsi parvenu à conserver sa part du marché québécois en 2013, avec plus de 43 % de l’épargne, 35 % des hypothèques, 23 % du crédit à la consommation, 42 % du crédit agricole et 23 % des prêts commerciaux et industriels.

 

Bien servi par le reste du Canada

 

La coopérative estime aussi avoir été bien servie par sa stratégie à plus long terme d’expansion dans le reste du Canada, parce qu’elle lui a permis de compenser en partie la situation plus difficile au Québec par un contexte plus favorable dans d’autres provinces.

 

Le dernier exercice financier s’est avéré, à ce chapitre, une « année charnière », dit Monique Leroux, avec « la concrétisation de nos initiatives stratégiques avec Coast Capital Savings, une credit union de la Colombie-Britannique, [ainsi qu’avec] Qtrade et son offre en matière de gestion de patrimoine ». Desjardins a aussi annoncé, le mois dernier, l’acquisition, pour 1,6 milliard, des activités canadiennes de la mutuelle d’assurance de dommages américaine State Farm. Desjardins avait indiqué, cette fois-là, que son objectif n’était plus, comme dans les années 2000, d’amasser seulement de 20 % à 25 % de ses revenus à l’extérieur du Québec, mais désormais de 30 % à 35 % à l’horizon 2016.

 

On compte, cette année, marquer une pause à ce chapitre, mais on ne restera pas longtemps ensuite les bras croisés, a expliqué Monique Leroux. « On va commencer par bien digérer ce qu’on a réalisé en 2013. […] Mais on continue de réfléchir et de bâtir des relations à long terme avec le monde coopératif québécois, canadien et international. »

 

Une caisse à un clic de chez vous

 

Le Mouvement Desjardins a aussi été critiqué par des membres, l’année dernière, pour ses fermetures de points de service, notamment en Mauricie, dans le Centre-du-Québec et en Gaspésie. Il comptait 1294 caisses et centres de service au Québec à la fin de 2012. Un an plus tard, ce nombre a été réduit à 1240 et il risque fort de baisser encore, à entendre Monique Leroux.

 

« Il faut qu’on soit capable de prendre des décisions qui ne sont pas seulement de court terme », a-t-elle fait valoir. Or l’utilisation des services aux comptoirs et des guichets automatiques ne cesse de baisser depuis les dernières années, alors qu’explose celle des services par Internet et des services sur les plateformes mobiles. « Nous devons savoir dégager les marges de manoeuvre nécessaires pour investir dans notre développement futur afin d’être encore là dans 10 ans et d’être capable de faire face à la concurrence, qui sait, de Google ou de Paypal. »

 

Et puis, assène Monique Leroux, « le Mouvement Desjardins compte toujours, au Québec, plus de guichets automatiques, de points de service, et de tout ce que vous voudrez, que toutes les banques canadiennes réunies ».

2 commentaires
  • Michel Rochette - Abonné 27 février 2014 09 h 14

    Encore des peanuts!

    Eh bien, une autre année apparamment faste pour Desjardins en tant qu'organisation. Un rendement sur capitaux propres d'environ 10%, ce qui est bien mais beaucoup moins qu'une banque. De la croissance en prenant de l'expansion, ce qui fera croître les profits à venir, au grand bonheur des bonis qui seront payés aux dirigeants. En tant que banque, Desjardins performe.

    Cependant, en tant que coopérative de crédit, Desjardins ne performe pas. Ces profits, vu sous l'angle de trop perçus, l'ont simplement été parce que les members reçoivent des 'peanuts' sur leur épargne, paient les mêmes taux sur leurs emprûnts et les frais de service sont les mêmes qu'à la banque. Et en plus, on nous vante qu'on retourna un petit 171 millions sur les 1.5 milliards d'excédents aux membres. C'est risible. On nous rétorque qu'on fait des dons pour la communauté. Les banques en font autant et même plus!

    En fait, le but d'une organisation comme Desjardins est avant tout de servir ses membres en leur offrant des produits et services financiers au plus bas coût possible. Depuis belle lurette, ce n'est plus le cas. Ainsi, étant donné que le paradigme a changé, il est maintenant préférable de faire affaires avec une banque - aussi bon service au même prix - et de devenir actionnaire, ce qui permet en tant que client et membre de la banque, de tirer avantage de l'excellente gestion de l'organisation tout en ayant accès à un bon dividende et à une augmentation du prix du capital fourni - par l'actionariat - alors que la part chez Desjardins est gélée à 5$. Elle devrait augmenter pour en faire profiter les membres au lieu de simplement les dirigeants et employés.

    Ainsi, il serait temps qu'une nouvelle coopérative d'épargne et de crédit voit le jour au Québec, réellement basée sur les principes du coopératisme, ce que Desjardins ne représente plus. En fait, certaines mutuelles d'assurance au Québec fonctionnent encore selon ce principe. Entre temps, je vais aller à la coop-banque!

  • Clermont Domingue - Abonné 27 février 2014 15 h 38

    Coopération ou exploitation

    Monsieur Rochette, à lire le dernier paragraphe de votre commentaire, je comprends que vous restez un coopérant. Je m'en réjouis..
    Comme vous,je regrette que Desjardins glisse lentement vers l'esprit des banques.Sa présidente vient du milieu banquaire et elle justifie ses millions de salaire annuel en disant que les présidents des banques reçoivent plus qu'elle. Moi je crois que les excès des uns ne justifient pas les excès des autres.Cette vision ultra capitaliste est contraire à l'esprit coopératif,(Alphonse se retourne surement dans sa tombe)
    Les hauts dirigeants se félicitent de la rémunération de leur Présidente,car cela tire leurs propres salaires vers le haut.A l'assemblée annuelle, les menbres acceptent cet état de chose car ils sont eux-mêmes des capitalistes de poche.Tout ce beau monde, la main sur le coeur, se donne bonne conscience en disant que nous sommes généreux pour les organismes de la communauté. Clermont Domingue.