Acheté au prix fort avec l’appui de Québec, l’abattoir Levinoff-Colbex ne pouvait être rentable

Québec a rendu public mardi le rapport juricomptable, daté d’octobre 2013, concernant l’achat controversé de l’abattoir Levinoff-Colbex impliquant le gouvernement précédent. Endettement massif, frais fixes élevés et petits « extras » ont causé les problèmes de rentabilité et de manque de liquidités ayant conduit à la fermeture des installations, achetées à fort prix avec l’appui de Québec.

 

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) avait commandé cet exercice de juricomptabilité au cabinet KPMG l’an dernier. Le rapport, daté d’octobre 2013, a été rendu public mardi. Le ministre François Gendron retient que « ce rapport met en lumière un fait : l’aveuglement du gouvernement libéral aura coûté cher aux contribuables québécois et aux producteurs agricoles. Des millions de dollars ont été engloutis dans ce fiasco parce que le gouvernement précédent n’a pas agi avec diligence, préférant fermer les yeux, alors que nos producteurs se trouvaient dans une situation de vulnérabilité ».

 

Grandement caviardé, le rapport de 117 pages — d’une cinquantaine de pages sans les annexes — n’est toutefois pas aussi affirmatif concernant les modalités entourant l’achat de l’abattoir, en 2005, et les raisons de l’effondrement de l’opération. Le prix d’acquisition de 62,5 millions respecte l’évaluation de la juste valeur marchande en date du 1er janvier 2006. Même si l’on tient compte d’un excédent de rémunération de 4,5 millions versé vraisemblablement aux propriétaires pour services rendus, le total de 67 millions correspond au haut de la fourchette établie pour la juste valeur marchande, souligne KPMG.

 

« Des “extras” se sont ajoutés au prix initial d’acquisition. Ces “extras” ont rendu difficile la rentabilité de l’abattoir. Ces suppléments concernaient notamment la rémunération non comprise dans l’entente, des bonis non conformes à la convention, le financement d’activités de promotion par l’entremise d’une société, de même que la rémunération versée à une société pour la classification et la fixation hebdomadaire du prix des bovins », a dénoncé le MAPAQ, reprenant des éléments du rapport.

 

Des doutes

 

Québec a commandé cette étude au début de 2013 après que des doutes eurent été soulevés quant au prix versé aux propriétaires, présentés comme étant de généreux contributeurs à la caisse du Parti libéral. Selon certaines allégations, le prix versé aux frères Cola multipliait par trois la juste valeur de l’entreprise. L’abattoir a été acheté par la Fédération des producteurs bovins du Québec qui, pour ce faire, a reçu de Québec un prêt de 19 millions. L’abattoir ayant été fermé en mai 2012, les frères Cola auraient tenté de racheter le tout pour 700 000 $, selon l’information ayant circulé au début de 2013.

 

Le cabinet d’experts-comptables rappelle cependant que, lors de l’acquisition, le contexte économique et financier « en était un de crise dans l’industrie du bovin de réforme ». Même si la transaction s’avérait risquée pour le gouvernement, « elle aurait probablement été autorisée en raison dudit contexte économique et financier ».

 

Le rapport de KPMG énumère une série d’entraves ayant empêché cet abattoir de connaître la rentabilité et ayant généré un problème de liquidités. L’entreprise ainsi acquise était devenue trop endettée, le montage impliquant un « endettement massif ». On retient aussi le faible volume de bovins disponibles en raison du non-respect du canal unique d’approvisionnement, KPMG soulevant « la problématique relative au respect de la grille de prix en vigueur au Québec, un réseau de mise en marché parallèle ainsi que la compétition provenant d’autres abattoirs d’importance hors Québec ».

 

S’ajoutent à la liste des frais fixes importants que l’entreprise devait absorber. Ces frais comprenaient la présence reconnue de ces « extras » et ont été amplifiés par un taux de change défavorable et des coûts de main-d’oeuvre élevés.