À monnaie virtuelle, crise bien réelle

L’univers du bitcoin, monnaie virtuelle qui échappe à l’encadrement des autorités, traverse une nouvelle crise.
Photo: Agence France-Presse (photo) George Frey L’univers du bitcoin, monnaie virtuelle qui échappe à l’encadrement des autorités, traverse une nouvelle crise.

Une influente plateforme d’échange nommée Mt. Gox qui suspend des opérations sur le bitcoin en prétextant que la devise virtuelle souffre d’un problème de conception. Un cours qui passe de 940 $ à 650 $ en quatre jours. Et une armée de passionnés qui accusent le patron de la compagnie de se rabattre sur une excuse factice pour cacher ses problèmes.

 

L’univers du bitcoin, monnaie virtuelle qui échappe à l’encadrement des autorités, traverse une nouvelle crise. Après avoir décrété vendredi une « pause temporaire » des retraits pour analyser un problème technique, Mt. Gox a affirmé hier qu’il y avait eu de l’« activité inhabituelle » dans certains portefeuilles et que le problème devrait être résolu avant que les retraits puissent reprendre.

 

Mt. Gox a indiqué que le défaut de conception permet à quelqu’un « d’utiliser le réseau bitcoin et de modifier les détails d’une transaction afin de donner l’impression qu’un envoi de bitcoins vers un compte n’a pas eu lieu alors que, dans les faits, il a eu lieu ». (Plusieurs autres plateformes existent, dont Bitstamp et btc-e.)

 

« Pour remettre les choses en perspective, il faut se rappeler que le bitcoin est nouveau et se trouve à un stade très embryonnaire », a ajouté la direction de Mt. Gox. « Ce que Mt. Gox et la communauté bitcoin ont vécu depuis un an est un défi passionnant et il y a encore beaucoup à faire. » (Les transactions vers les comptes Mt. Gox, pour leur part, ne sont pas interrompues.)

 

Réactions négatives

 

La technologie qui soutient le bitcoin est le code ouvert, et il existe une« Fondation Bitcoin » dont les membres du conseil sont actifs dans certaines plateformes… dont Mt. Gox, dirigé par Mark Karpeles.

 

Le principal responsable du conseil, Gavin Andersen, a diffusé son propre communiqué pour renvoyer la balle à Mt. Gox. « Les problèmes s’expliquent par leur logiciel interne de portefeuille, leur soutien à la clientèle et leur manque de préparation » à l’égard d’un élément technique qui permet de changer l’identifiant des transactions, a écrit la Fondation. Ce problème est connu depuis 2011, a-t-elle ajouté, et l’équipe tente depuis de trouver une solution.

 

Dans les forums de discussion, on a accusé hier M. Karpeles de faire référence à un problème qui existait bien avant aujourd’hui.

 


« Que fait la Fondation exactement ? Expulsez Mark Karpeles », pouvait-on lire sur reddit.com dans la sous-section consacrée au bitcoin à laquelle sont abonnés 103 000 usagers. L’un d’eux a affirmé que le conseil devrait se saborder et laisser M. Andersen faire de la programmation « avant que le linge sale des autres » soit exposé à la vue de tout le monde. « Ils sont en train d’accrocher les décorations de Noël pour impressionner les voisins alors que la cuisine est en feu. »

 

Création du bitcoin

 

Inventé dans l’anonymat par un informaticien ayant le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, le bitcoin est une cryptomonnaie, un monde méconnu du grand public où l’on trouve également d’autres devises virtuelles comme le litecoin et le peercoin. Lorsque le cours du bitcoin tournait autour de 1000 $, M. Nakamoto en détenait pour environ 1,1 milliard.

 

Des bitcoins sont créés — ou « extraits » — lorsque des gens résolvent des équations mathématiques avec l’aide de leur ordinateur. Ils peuvent aussi être achetés en ligne ou dans un guichet automatique comme celui dévoilé la semaine dernière dans un édifice du boulevard Saint-Laurent. La mécanique du bitcoin prévoit que le nombre plafonnera à 21 millions d’unités. Il y en a environ 12,4 millions en circulation.

 

Dans le grand Montréal, plus d’une vingtaine d’entreprises acceptent les paiements en bitcoin, selon coinmap.org. Le paiement s’effectue avec un téléphone.

 

La Russie passe à l’acte

 

Les déboires du bitcoin surviennent alors que le gouvernement russe vient d’en interdire l’usage sur son territoire. L’agence Reuters a écrit ce week-end que le bureau du procureur général avait proscrit les cybermonnaies, car elles se substituent au rouble, « seule devise officielle ». De son côté, la banque centrale russe a lancé une mise en garde au sujet de la volatilité du bitcoin.

 

Le geste russe survient deux mois après que la Chine eut interdit à ses établissements bancaires d’accepter la devise.

 

Par ailleurs, le dévoilement d’un guichet automatique à Montréal la semaine dernière a été accompagné d’un avertissement semblable de la part de l’Autorité des marchés financiers, qui a rappelé le caractère non réglementé du bitcoin.