Un début de semaine plutôt difficile

La Bourse de New York a commencé la semaine comme elle avait terminé la précédente: en baisse.
Photo: Agence France-Presse (photo) Spencer Platt La Bourse de New York a commencé la semaine comme elle avait terminé la précédente: en baisse.

New York — Wall Street a poursuivi son brutal mouvement de correction amorcé la semaine dernière, les indices continuant de plonger. Les monnaies de certains grands pays émergents étaient aussi en chute libre lundi, plombées par des situations économiques locales difficiles mais surtout impuissantes face à la Réserve fédérale américaine (Fed) dont une décision de politique monétaire est attendue mercredi.

 

En Bourse le Dow Jones a cédé 0,3 % et le Nasdaq 1,1 %. L’indice élargi S P 500 s’est replié de 0,5 % à 1781,56 points, terminant encore une fois sous le seuil psychologique de 1800 points sous lequel il avait chuté vendredi pour la première fois depuis le 17 décembre. Après son brutal décrochage vendredi, la place new-yorkaise a tenté sans grand succès de panser ses plaies lundi en regardant vers les entreprises. « Les investisseurs tentent de voir s’il s’agit d’un petit contretemps dont le marché parviendra à se remettre facilement ou si [la chute actuelle] est en réalité un avertissement sur le fait que nos prévisions de croissance sur l’économie américaine et la santé des entreprises sont surévaluées », a expliqué Sam Stovall, de Standard and Poor’s Capital IQ.

 

Dans le sillage des bourses mondiales, submergées par des craintes sur les pays émergents et l’économie chinoise, le Dow Jones, indice vedette de Wall Street, avait signé vendredi sa pire semaine, en pourcentage, depuis novembre 2011. Et alors que les marchés financiers émergents subissaient de plein fouet les craintes d’une fuite de capitaux vers les pays occidentaux en cas d’un nouveau resserrement de la politique monétaire américaine, les investisseurs étaient gagnés par la nervosité avant l’ouverture mardi d’une réunion de deux jours du Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed).

 

Toutefois, l’impact de cette réunion sur les marchés financiers devrait être plus limité qu’habituellement ce mois-ci, selon Michel Gayed, de Pension Partners : « C’est la dernière réunion présidée par Ben Bernanke [le président actuel de la Fed] et, dans une certaine mesure, les opérateurs prévoient que quelle que soit sa politique, ce ne sera pas forcément celle de Janet Yellen », qui doit lui succéder, a-t-il noté.

 

La Bourse de Toronto a également continué à cumuler les pertes lundi, après avoir glissé de plus de 1 % la semaine dernière. Le dollar canadien a quant à lui cédé 32 centièmes pour clôturer à 89,99 ¢ US. C’est la première fois qu’il termine sous la barre des 90 ¢ US depuis la mi-juillet 2009.

 

Plombées par la Fed

 

Les monnaies de certains grands pays émergents poursuivaient leur chute libre lundi, plombées par des situations économiques locales difficiles mais surtout impuissantes face à la Réserve fédérale américaine (Fed) dont une décision de politique monétaire est attendue mercredi. Une chute de plus 13,9 % en deux jours la semaine dernière pour le peso argentin face au dollar, la livre turque qui enfonce quotidiennement ses plus bas historiques, dégringolade pour le rouble russe et le rand sud-africain, les devises sur les marchés émergents vivent une période sombre.

 

Parmi les raisons de la récente faiblesse de ces devises, « l’instabilité des marchés financiers dans des pays comme l’Argentine, l’Ukraine et la Turquie [qui] s’est propagée aux autres marchés émergents », a noté Michael Hewson, analyste chez CMC Markets. Un cocktail de problèmes politiques et financiers dans ces pays alimente ainsi un regain d’aversion des investisseurs pour les actifs qu’ils jugent les plus risqués, comme les monnaies des pays émergents.

 

En effet, la croissance économique de ces pays et la vigueur de leurs devises dépendent en grande partie de la reprise économique mondiale, dont le moteur, la Chine, a montré ces derniers temps des signes de ralentissement, comme l’a illustré la semaine dernière la faiblesse de la production manufacturière chinoise. La Russie par exemple, pays « qui avait pris l’habitude de faire les choses à sa façon, se rapproche d’un point où sa dépendance au reste du monde [et surtout à la consommation mondiale d’énergie], et à la croissance mondiale, est de plus en plus importante », a souligné Steen Jakobsen, économiste chez Saxobank.

 

Mais la principale raison pour laquelle « les marchés émergents sont en première ligne » actuellement est que « la diminution [des rachats d’actifs] de la Fed provoque une fuite des capitaux [vers le billet vert] et applique une pression baissière sur de nombreuses monnaies de pays émergents », a observé Alistair Cotton, courtier chez Currencies Direct. Après des mois de spéculations, la Banque centrale américaine a lancé la première réduction de son programme mensuel de rachats d’actifs massifs, baissant de 85 à 75 milliards de dollars le montant de ses injections de liquidités dans le système financier américain en janvier. Ces injections de liquidités ont pour but de stimuler l’activité économique américaine mais aussi pour effet collatéral de renforcer la valeur du billet vert, la rendant plus attrayante car à la fois sûre et plus rentable pour les investisseurs spéculatifs.

 

De plus, le processus de fin, progressif mais entamé, de ces mesures de soutien à la reprise aux États-Unis, et potentiellement prochainement aussi au Royaume-Uni, « renforce les inquiétudes des investisseurs sur la façon dont vont pouvoir se financer en externe des pays fortement déficitaires comme la Turquie et l’Afrique du sud », a relevé Lee Hardman, analyste chez Bank of Tokyo-Mitsubishi.

 

La chute des devises émergentes est d’ailleurs d’autant plus difficile à contrer que leurs banques centrales ne disposent pas de réserves de change suffisantes pour agir sur les cours de façon unilatérale, comme peuvent le faire les États-Unis mais aussi la Suisse ou le Japon.

 

Mais pour Frances Cheung, analyste chez Crédit Agricole CIB, les mouvements de ventes des monnaies émergentes « pourraient être exacerbés par le fait que les investisseurs cherchent à réduire leurs positions avant la réunion du FOMC (Comité de politique monétaire de la Fed) ainsi qu’avant les festivités du Nouvel an chinois [jeudi et vendredi] ».

 

« Même si certaines monnaies ont fortement baissé en janvier, il ne semble pas justifié de parler d’une nouvelle crise financière balayant les marchés émergents », a également tempéré Julian Jessop, économiste chez Capital Economics, qui y voit plus en grande partie une poursuite de tendances déjà en place de rééquilibrage de ces monnaies et met en avant les divergences de situations.

 

Contagion?

 

Plusieurs hauts responsables politiques ou économiques de la zone euro ont écarté lundi l’hypothèse d’une contagion à l’union monétaire des problèmes rencontrés par plusieurs pays émergents. « Je ne pense pas qu’il y aura une quelconque contagion des risques pesant sur les économies émergentes vers la zone euro », a déclaré à la presse à Bruxelles le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem, en arrivant à une réunion des ministres des Finances des 18.

 

À la sortie de la réunion, le Commissaire européen aux affaires économiques Olli Rehn a toutefois averti que ces remous avaient valeur de piqûre de rappel. « Les turbulences récentes sur les devises, particulièrement pour les pays émergents, devraient nous rappeler que les risques existent toujours et que nous ne pouvons pas nous permettre la moindre complaisance » dans le redressement économique de la zone euro qui passe, selon lui, par des réformes, a-t-il dit devant la presse.

 

Interrogé à Paris à l’occasion d’une rencontre entre responsables français et allemands, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a estimé qu’il n’y avait « pas de raison que l’Europe soit particulièrement impactée par des problèmes rencontrés par un petit nombre de pays émergents ». Le président de la banque centrale allemande, Jens Weidmann, a quant à lui estimé que ces « turbulences montraient que les marchés faisaient très bien la différence entre les pays. C’est un appel à faire des réformes ».

1 commentaire
  • Guy Vanier - Inscrit 28 janvier 2014 05 h 49

    Tiens tiens!

    La croissance future annoncée depuis la crise de 2008 n'aura pas lieu......pour l'instant?
    D'autres coupures en vues pour tout le monde et gros profits pour les financiers.