Nourrir la planète, un investissement rentable

En Afrique du Sud, des agriculteurs récoltents des patates douces.
Photo: Agence France-Presse (photo) François Xavier Marit En Afrique du Sud, des agriculteurs récoltents des patates douces.

Davos — Lutter contre la faim dans le monde passe par la mise en place de schémas économiques classiques dans l’agriculture, et ne doit pas se limiter à une question humanitaire, ont estimé jeudi des participants au Forum économique mondial de Davos.

 

« Évidemment, résoudre la faim est une question morale, mais cela a également beaucoup de sens au niveau économique », a déclaré Shenggen Fan, directeur de l’Institut International de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), lors d’une table ronde consacrée à la sécurité alimentaire.

 

Porte-monnaie électroniques ou micro-assurance ont été cités comme exemples d’utilisation d’outils économiques pour le secteur agricole des pays en développement. « L’agriculture est payante. Il y a beaucoup d’argent à gagner pour les petits exploitants agricoles », a affirmé Akinwumi Ayodeji Adesina, le ministre nigérian de l’agriculture et du développement rural.

 

M. Adesina a cité des réformes engagées dans son pays, avec entre autres l’introduction de porte-monnaie électroniques permettant aux petits agriculteurs de recevoir directement sur leurs téléphones mobiles des bons d’achat pour des semences et des engrais. « Nous sommes en train de développer un modèle d’affaires ouvert qui permet aux agriculteurs de créer de la richesse, et pas simplement de gérer la pauvreté », a-t-il défendu.

 

Illustration selon lui de l’intérêt économique : le nombre de sociétés de semences opérant dans le pays a ainsi décollé, passant de 10 à 70 en l’espace de deux ans.

 

Michel Liès, directeur général de Swiss Re, est, lui, revenu sur le programme de micro-assurance que le groupe fournit à 1,4 million de petits exploitants en Afrique pour couvrir les risques sur les cultures jusqu’en 2017. Il a dit espérer que les bénéficiaires de ce type de micro-assurance se soient suffisamment enrichis au cours des trente prochaines années pour ne plus avoir besoin de ce type de mesure et accéder à des produits d’assurance classiques. « Nous voulons amorcer la pompe », a-t-il expliqué.

 

Selon Ellen Kullman, à la tête du groupe DuPont, un des plus gros semenciers au monde, la question de la sécurité alimentaire se pose dans des termes différents d’un pays à l’autre. « Les questions au Nigeria sont différentes de celles en Inde ou en Chine, ou dans d’autres endroits », a-t-elle souligné.

 

Selon les statistiques du Programme alimentaire mondial 842 millions de personnes dans le monde n’ont pas assez à manger et la malnutrition est la cause de 3,1 millions de décès chaque année chez les enfants de moins de cinq ans.

5 commentaires
  • Franck Perrault - Inscrit 24 janvier 2014 04 h 17

    Souveraineté Alimentaire!

    Monsanto, Dupont et consorts, nourrir la planète= OGM+glyphosate, dividendes pour actionnaires!
    Accords de libre-échange, OMC, agricultrice à vocation exportatrice, monocultures, spéculation sur les marchés financiers.
    Accaparement des terres par de grands propriétaires terriens, grands groupes (chinois mais pas que...), sojatisation de pays comme Argentine, Brésil, déforestation, expulsion des petits paysans.
    Brevet sur le vivant, brevet sur les semences, remplacer les semences paysannes sélectionnées de génération en génération depuis le début de l'agriculture par des semences "modernes" et à racheter chaque année.
    Disparition de la biodiversité cultivée, des paysages, chute libre du nombre de paysans, famine (Afrique, touchant principalement des petits paysans), paysans sans terre, conséquences sociales.
    Quelle politique agricole internationale, nationale au Québec, dans votre petit coin de région?
    Sortez l'agriculture des négociations commerciales, l'agriculture n'est pas à vendre et n'est pas une marchandise comme les autres.
    Favorisez la souveraineté alimentaires dans chaque pays (avant de subventionner des aliments bas coûts qui, exportées, détruisent l'agriculture vivrière de pays dits"en développement").
    Favorisez la petite et moyenne paysannerie, repeuplement de nos territoires ruraux, les paysans sont ceux qui "font" le pays, qui créent les paysages ruraux, replantez des haies, gérez la biodiversité dans son ensemble.
    Favorisez la biodiversité cultivée contre l'uniformisation d'aliments gorgés d'engrais et de pesticides.
    Réfléchissons aux causes réelles des conflits dans le monde!
    Le modèle ultra-libéral nous conduit dans le mur par sa cupidité versus un monde solidaire!
    Bon appétit!

    • Jean Tremblay - Inscrit 24 janvier 2014 08 h 37

      Que dire de plus que ce que Franck Perrault nous martèle? Rien! Vous avez raison sur tout. Merci.

    • Francis Renaud - Abonné 24 janvier 2014 21 h 35

      Wow !! Excellent résumé M. Perrault. Sa vaut la peine de le souligner.

  • Maurice Bernard - Inscrit 24 janvier 2014 13 h 51

    nourir la planète vs s'enrichir

    Une piastre vaut-elle plus qu'une vie? Poser la question c'est y répondre dira-t-on. Mais dans la réalité, nourir la planète passe par la "distribution équitable des biens" et non de la richesse. Je crois que les "indignés" avaient (jadis...) un bon point. Ils ont été neutralisés par les...riches! Le système économique aurait besoin d'être révisé et restructuré en misant sur une productivité axée sur le bien des populations et non sur la notion exclusive de profit. Je crois que le "droit de propriété" devrait être repensé en fonction du bien commun de tous.
    Maurice Bernard

    • Franck Perrault - Inscrit 24 janvier 2014 15 h 51

      "Propriété privée, propriété collective", sujet éminemment politique. Toucher au sacro-saint droit de la propriété privée et on se fait traiter de communistes (et son corollaire dictature, goulag, pensée unique, trali tralala) et pourtant Hydroquébec n'est-il pas un bien collectif au service de tous les Québécois.
      Alors, questionner le droit de propriété est inéluctable quand on touche au bien-être des populations en général. L'accès à l'eau doit rester public, l'accès à la terre doit être régulé par l'Etat pour qu'il reste équitable et éviter la spéculation sans limites (S'installer jeune agriculteur est un parcours du combattant à moins d'être issu du milieu agricole car le prix du foncier a explosé. Emprunté de grosses sommes et on engraisse en plus les banques qui courront spéculer sur les marchés financiers. Système bien huilé.).
      Les semences doivent faire partie du patrimoine mondial de l'humanité. Une fois achetée, on doit pouvoir ressemer à partir de sa propre semence à condition que ce soit des variétés à pollinisation libre, plutôt variétés rustiques et anciennes....loin des brevets de Monsanto. Il existe des milliers de variétés de blés, tomates, mais etc, pourquoi sommes-nous réduits à ne manger qu'une infime portion de ces variétés la plupart du temps hybridée de surcroît. Faisons un lien entre la pauvreté chronique de notre alimentation d'un point de vue nutritionnel et nos maladies (en plus des produits chimiques qu'on y rajoute!)
      Le droit de propriété doit être descendu de son piedestal et être requestionné à la lumière du bien-être collectif. Et non, ce ne sera pas un retour au soviétisme. Réfléchir ensemble pour construire un monde bien meilleur que la pauvre humanité que l'on a sous les yeux. Ca appelle une réflexion et non pas des caricatures simplistes!