Endettement: les ménages ont atteint leurs limites, disent les banquiers

Selon Statistique Canada, l’endettement des ménages canadiens a atteint un nouveau sommet historique au troisième trimestre de 2013.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Selon Statistique Canada, l’endettement des ménages canadiens a atteint un nouveau sommet historique au troisième trimestre de 2013.

Les Canadiens ne pourront maintenir leur rythme d’endettement.

Les dirigeants des grandes banques canadiennes estiment que les consommateurs ont poussé le levier financier à sa limite. Les ménages affichant un niveau d’endettement record, la demande de crédit à la consommation entre dans une phase de faible expansion.

 

Dans sa présentation à la conférence des chefs de direction des banques canadiennes de RBC Marché des capitaux, le président et chef de la direction de la Royale, Gord Nixon, a souligné que l’endettement des Canadiens avait atteint sa limite. Il prévoit ainsi une faible croissance de la demande de crédit à la consommation, après avoir progressé dans les deux chiffres au cours des dernières années.

 

Dans son allocution présentée en rediffusion sur le Web, Gordon Nixon a dit s’attendre à ce que les ménages canadiens fassent preuve d’une plus grande retenue, ce qui est susceptible d’engendrer une période de croissance plutôt chétive en matière de prêts devant perdurer un certain temps, sous le coup d’un rééquilibrage du levier et du niveau d’endettement. Cette longue période dominée par la faiblesse des taux d’intérêt a généré un niveau élevé d‘endettement. Le tout est maintenant derrière nous et, avec une éventuelle remontée du loyer de l’argent, les ménages vont corriger le tir, a-t-il dit en substance.

 

Les autres dirigeants présents à la conférence ont également évoqué un déplacement de la demande de crédit vers les prêts commerciaux, selon les propos recueillis par La Presse canadienne. Pour Bill Downe, de la Banque de Montréal, il en résultera une dépendance moins grande de l’activité économique canadienne aux dépenses de consommation. Au demeurant, un transfert de l’endettement vers l’épargne stimulera l’activité en gestion de patrimoine des banques. Pour sa part Brian Porter, chef de la direction de la Banque Scotia, a soutenu ne pas s’inquiéter pour la qualité du crédit des consommateurs et ne pas s’attendre à une correction chaotique du marché immobilier résidentiel.

 

Selon les données de Statistique Canada dévoilées en décembre, l’endettement des ménages canadiens a atteint un nouveau sommet historique au troisième trimestre, à 163,7 %, sous le coup d’un investissement massif dans l’immobilier. Peu avant, le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, avait qualifié cet endettement des ménages de risque majeur pour l’économie canadienne.

 

Stephen Poloz a nuancé ensuite le 4 décembre, lorsqu’il annonçait un statu quo en matière de taux directeur. Son inquiétude se déplaçait alors sur l’inflation, qui persiste à se maintenir au plancher. « Les risques associés aux déséquilibres élevés dans les secteurs des ménages n’ont pas changé sensiblement, alors que les risques à la baisse touchant l’inflation semblent plus grands », pouvait-on lire dans le communiqué de la Banque du Canada.

 

Selon les projections de l’agence de renseignements de crédit TransUnion, dévoilées il y a moins d’un mois, le Canadien moyen ajoutera 1100 $ à sa dette à la consommation l’an prochain. Cette dette (excluant l’hypothèque) dépassera les 28 850 $ à la fin de 2014, en hausse de 4 % sur un an. À l’opposé, le taux de défaut de paiement, qui comprend les retards de 90 jours ou plus, poursuivra sa glissade pour atteindre 1,66 % à la fin de 2014, contre 1,76 % cette année. Il reviendra ainsi à son niveau le plus bas depuis le taux de 1,32 % observé à la fin de 2008. Au cours de l’année suivant la crise, le taux de défaillance avait plus que doublé, pour atteindre 2,87 %.