La Fed reste «le» maître des marchés

Ben Bernanke
Photo: Agence France-Presse (photo) Karen Bleier Ben Bernanke

«Tapering », « quantivative easing », « LTRO »… En 2013, les décisions des grands banquiers centraux — et leur jargon — ont tenu en haleine les investisseurs des cinq continents. « Ils ont plus que jamais été aux commandes de l’économie mondiale », commente Eric Chaney, chef économiste chez Axa. Et ils le resteront en 2014. Tout particulièrement la Réserve fédérale américaine (Fed), dont la gestion de la décrue de son soutien à l’économie américaine « sera déterminante pour l’ensemble des marchés », indique M. Chaney.

 

C’est déjà elle qui, dans le grand maelström de la sortie de crise, a mené le bal en 2013. Il a suffi que son président, Ben Bernanke, indique, en mai, qu’il envisageait de réduire son soutien à l’économie américaine pour déclencher une tempête sur les monnaies des pays émergents. Turquie, Inde, Brésil et Indonésie, qui affichent d’importants déficits courants, ont vu leurs devises s’effondrer de 20 % face au dollar en quelques semaines.

 

Devant la remontée des taux américains que déclenchèrent aussi ses propos, M. Bernanke s’est résolu, en septembre, à reporter le resserrement de sa politique monétaire. Ce n’est que le 18 décembre qu’il a baissé le rythme des achats d’actifs auxquels procède la Fed, de 85 à 75 milliards de dollars par mois. « Une façon d’ouvrir la voie à Janet Yellen, qui lui succédera en février », analyse Charles Wyplosz, à l’Institut des hautes études internationales de Genève.

 

Côté européen, l’année a été marquée par la baisse des tensions sur les dettes. Entre juillet 2012 et décembre 2013, les taux à dix ans sont passés de 7,5 % à 4,2 % en Espagne, et de 6,4 % à 4,2 % en Italie, si bien que les investisseurs ne croient plus à l’explosion de l’euro. Mais d’autres dangers sont apparus. Dont celui de la déflation : en octobre, l’inflation de la zone euro est tombée à 0,7 %, loin de la cible de 2 %. « Cela renchérit le taux réel que paient les États pour placer leurs obligations », prévient Patrick Artus, économiste chez Natixis.

 

Voilà pourquoi Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a baissé son taux directeur de 0,5 % à 0,25 % le 7 novembre. Depuis, il martèle que la BCE dispose de nombreux outils pour agir sur l’économie, comme un nouveau prêt massif aux banques (LTRO) ou un taux de dépôt négatif. « Jamais cette institution ne s’est montrée aussi réactive », commente René Defossez, stratégiste chez Natixis.

 

Mais ce n’est rien à côté du virage pris par la Banque du Japon depuis l’arrivée de Haruhiko Kuroda, son nouveau gouverneur, en mars. Fidèle supporter du premier ministre, Shinzo Abe, il s’est lancé dans une politique monétaire ultra-accommodante, avec rachat massif de dette publique nippone. Objectif : faire sortir le pays de la déflation où il stagne depuis près de vingt ans. L’inflation est remontée à 1,2 % en novembre. Du jamais vu depuis cinq ans. Mais pas sûr que cela suffise, redoutent certains membres de la Banque du Japon.

 

Continuité en 2014

 

En 2014, la Fed et la Banque d’Angleterre devraient poursuivre la normalisation de leur politique. La BCE et la Banque du Japon devraient, elles, continuer de soutenir massivement les économies européenne et japonaise. Une divergence qui risque d’entraîner une forte volatilité des taux de change.

 

Les économistes entrevoient par ailleurs deux grandes inconnues pour l’année qui commence. La première est le rythme de réduction des achats d’actifs de la Fed, qui dépendra de la vigueur de la reprise américaine. La seconde concerne la zone euro. Il existe un scénario optimiste, qui verrait les taux d’emprunt des pays fragiles continuer à se détendre, le Portugal recommencer à se financer sur les marchés, et les dettes publiques entamer une lente décrue.

 

Mais il existe aussi un scénario sombre, dans lequel les investisseurs, loin d’avoir confiance dans la solidité de la reprise européenne, se concentreraient sur de nouveaux motifs d’inquiétude. Comme le résultat de l’évaluation des bilans bancaires que doit mener la BCE. Problème : l’union bancaire et les mécanismes censés éviter que la déroute d’un établissement financier n’entraîne l’État dont il est issu dans la tourmente ne seront pas opérationnels avant fin 2014, au mieux. « D’ici là, une nouvelle panique des marchés, avec flambée des taux, est loin d’être exclue », redoute un patron de fonds.


Par Marie Charrel