L’industrie pétrolière et gazière resserre les rangs

Manifestant contre l’exploitation du gaz de schiste au Québec
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Manifestant contre l’exploitation du gaz de schiste au Québec

À quelques semaines du coup d’envoi des consultations sur la proposition de moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste, l’industrie pétrolière et gazière resserre les rangs. S’il est adopté sous sa forme actuelle, le projet de loi 37 étoufferait dans l’oeuf tout développement de la filière du gaz de schiste pour les prochaines années, craint l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ).

 

Le président de Questerre Energy, Michael Binnion, veut se faire entendre. Il prendra la parole en mars devant la commission parlementaire chargée d’étudier la Loi interdisant certaines activités destinées à rechercher ou à exploiter du gaz naturel dans le schiste proposée par le gouvernement péquiste.

 

L’Association québécoise des fournisseurs de services pétroliers et gaziers (AFSPG) restera sur la ligne de touche. « Ils n’ont pas été invités malgré les demandes faites », a indiqué la responsable des communications de l’APGQ, Marie-Chantal Domingue. « C’est une commission parlementaire importante. Ils ont également leur mot à dire », a-t-elle fait valoir au Devoir.

 

Le regroupement de pétrolières et de gazières presse le gouvernement à réviser sa décision d’exclure l’AFSPG de la consultation menée par la Commission parlementaire des transports et de l’environnement. Il ne s’agirait pas d’une première. Après avoir fermé la porte de l’Assemblée nationale à des opposants de l’inversion du flux de l’oléoduc 9B d’Enbridge, le gouvernement du Québec a invité fin novembre certains d’entre eux à prendre part à une commission parlementaire vouée à l’étude du projet de la compagnie albertaine.

 

« Ce n’est pas quelque chose qu’ils font habituellement », a toutefois fait remarquer Mme Domingue.

 

Après un bras de fer, les députés se sont rangés il y a un mois derrière le principe du projet de loi 37. Celui-ci prévoit un moratoire formel sur les forages, les opérations de fracturation ainsi que les essais d’injectivité destinés à rechercher ou exploiter du gaz naturel dans le schiste dans les basses terres du Saint-Laurent. L’interdiction pèserait sur l’industrie pendant cinq ans ou jusqu’à l’entrée en vigueur d’une loi établissant de nouvelles règles pour la recherche et l’exploitation des hydrocarbures.

 

Le gouvernement péquiste souhaite connaître le son de cloche du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur l’exploitation du gaz de schiste avant d’établir un cadre législatif et réglementaire pour l’industrie. Le BAPE se verra confier, sans doute cet hiver, les dizaines d’études commandées par le comité à la barre de l’évaluation environnementale stratégique (EES) de l’industrie du gaz de schiste formé par le gouvernement libéral, après quoi il lancera ses propres consultations et analyses.

 

L’industrie pétrolière et gazière attend aussi avec impatience les résultats de l’EES. « [L’EES] est beaucoup attendue », a précisé Mme Domingue, avant de rappeler que les acteurs de l’industrie se plieront aux plus hauts standards en matière de sécurité et d’environnement. « L’industrie n’ira pas de l’avant tant qu’il n’y aura pas d’acceptabilité sociale. La commission parlementaire est un bon départ pour pouvoir dire qui on est vraiment », a-t-elle souligné.

 

Nouvelle voix

 

L’Association canadienne des foreurs et des entrepreneurs de puits de pétrole dépêchera ses lobbyistes afin d’influencer la réflexion sur une éventuelle exploitation du pétrole et du gaz au Québec.

 

Les lobbyistes Mark Scholz et Nancy Malone auront dans leur mire tout projet de loi pour encadrer l’exploitation des hydrocarbures dans la province. Ils tireront l’oreille de décideurs politiques — élus et non élus — afin qu’ils adoptent un régime de redevances « compétitif » aux yeux des entreprises souhaitant exploiter les hydrocarbures enfouis dans le sol québécois. Les noms du président et de la vice-présidente de l’association ont été ajoutés mardi au Registre des lobbyistes du Québec.

 

M. Scholz et Mme Malone militeront également afin que les hydrocarbures occupent une « place plus importante » dans la nouvelle politique énergétique du Québec.

 

Ils appuieront une « production locale » de gaz naturel, ainsi que son utilisation dans les véhicules de transports en commun.