Aide au développement: un amalgame qui a un sens

Développement international Desjardins intervient dans plusieurs pays, dont le Burkina Faso.
Photo: François Bussières Développement international Desjardins intervient dans plusieurs pays, dont le Burkina Faso.

Les changements apportés par le gouvernement Harper en matière d’aide du développement sont loin d’être aussi bêtes qu’on l’a dit, estime la p.-.g. de Développement international Desjardins (DID), Anne Gaboury.

 

Le gouvernement conservateur s’est attiré bien des critiques, notamment au sein de la communauté des experts et des organisations spécialisées, après avoir décidé d’intégrer l’Agence canadienne de développement international (ACDI) au sein du ministère des Affaires extérieures et du Commerce international et de mettre sa diplomatie aux services des entreprises privées.

 

Anne Gaboury se montre, quant à elle, beaucoup moins sévère. « Cette idée d’amalgamer les affaires étrangères, le commerce international et le développement, c’est un modèle qu’on voit beaucoup sur la scène étrangère et qui a du sens pour nous », a-t-elle déclaré la semaine dernière au Devoir. « Je dirais la même chose de cette idée d’intégrer le secteur privé domestique à son action, qui est aussi quelque chose que nous essayons déjà de faire de notre côté, poursuit-elle. Les choses sont peut-être différentes pour des organismes qui oeuvreraient, par exemple, en santé, mais dans notre secteur d’activité, c’est quelque chose qui a plein de sens. »

 

La chef de cette composante du Mouvement Desjardins est assez d’accord, aussi, avec le principe d’une concentration de l’aide canadienne sur un nombre relativement restreint de pays afin de prioriser l’action et d’en augmenter l’impact. « Cela aussi, c’est une grande tendance sur la scène internationale et une orientation pleine de bon sens. » Cela réduit évidemment le nombre de pays étrangers où l’on peut espérer bénéficier d’une aide financière du gouvernement canadien, mais on se tourne, au besoin, vers d’autres sources de financement.


Paralysie

 

De manière générale, Développement international Desjardins (DID) n’a pas à se plaindre, non plus, d’une baisse de son financement par le gouvernement fédéral. En 2012, plus de la moitié (15 millions) du budget de 24 millions de l’organisme provenait d’une façon ou d’une autre de l’ACDI. « Notre seul vrai problème est que le travail de réorganisation des ministères semble, actuellement, accaparer les fonctionnaires et que toutes leurs activités sont comme paralysées. »

 

La p.-d.g. de DID voit aussi plutôt d’un bon oeil le projet de création d’une sorte d’ACDI québécoise, mais seulement à certaines conditions. D’abord, que cette nouvelle agence ne vienne pas dédoubler l’offre qui existe déjà au fédéral. Ensuite, qu’elle dispose de moyens financiers conséquents. « Si on crée une agence, mais qu’on a peu de ressources à lui allouer, ça devient plus ou moins pertinent. »

 


Le privilège d’avoir un compte en banque

 

Créé en 1970, DID compte une centaine d'employés -- plus 325 autres dans quatre centres financiers spécialement destinés aux entrepreneurs. L'organisation est présente dans près de 40 pays, principalement en Afrique et en Amérique latine, où elle aide à offrir des services financiers à 8,8 millions de familles et à 17 500 petits entrepreneurs par l'entremise de points de services où le prêt moyen dépasse à peine 1000 $. On gère aussi deux fonds d'investissement disposant d'un total de 32 millions.

 

« Les besoins et les perspectives de croissance en matière de services financiers sont immenses dans les pays en développement », rappelle Anne Gaboury, psychologue de formation. Alors qu’au Québec, presque tout le monde a, au moins, un compte ouvert dans une institution financière, cette proportion n’est que de 25 % au Mexique et même de seulement 10 % à 15 % en Afrique. Dans certains pays, les services, que DID a aidé à mettre en place, sont au coeur des rares services financiers offerts. C’est le cas, par exemple, au Bénin, au Burkina Faso et au Togo, où l’on a pour clients les deux tiers, voire presque les trois quarts des rares citoyens du pays ayant un compte en banque.


Bienvenue au privé

 

L’intérêt grandissant d’institutions financières privées à offrir certains services, comme le microcrédit, ne dérange pas Anne Gaboury le moins du monde. « Pour notre part, on cherche à encourager la prise en charge par la communauté locale, mais il y a de la place pour tout le monde. Les besoins sont tellement grands que cette arrivée d’acteurs privés nous permet simplement d’élargir un peu la gamme de services offerts. »

 

Ce sont ces efforts de diversification et de spécialisation qui ont amené, entre autres choses, la création des centres de services destinés spécifiquement aux entrepreneurs. On a aussi mis au point des systèmes d’assurance-récolte destinés aux petits agriculteurs ou encore des prêts hypothécaires pour des pays où personne n’a de véritable titre de propriété foncière et où les propriétaires n’ont pas de salaire formel et construisent eux-mêmes leurs petites maisons brique par brique. À Haïti, cela va jusqu’à se joindre à un grand consortium formé d’organismes de coopération, de ministères et d’institutions internationales et visant à offrir à l’ensemble des agriculteurs du pays des services en matière de financement, d’assurance, de procédés d’exploitation et de commercialisation.

 

Rencontre Nord-Sud

 

« Le simple fait de réussir à mettre en place des services capables d’assurer leur viabilité à long terme est un grand défi, explique Anne Gaboury. Notre travail est autant, sinon plus, un travail d’éducation auprès de populations dont c’est souvent la première expérience avec une institution financière. »

 

D’abord mis sur pied au nom des valeurs philanthropiques et d’intercoopération, DID est devenu graduellement un objet de fierté des employés du Mouvement Desjardins, qui y voient une incarnation des valeurs fondatrices de l’organisation, constate Anne Gaboury. Il n’est pas rare que certains d’entre eux s’offrent comme coopérants une fois arrivés à la retraite.

 

Plusieurs sont frappés par la même chose, après quelques jours passés dans une Caisse populaire africaine ou un centre financier aux entrepreneurs du Panama, dit Anne Gaboury. « Au-delà de certaines différences, on se découvre rapidement toutes sortes d’affinités et de convergences dans le type de problèmes qu’on rencontre et de valeurs qui nous animent. »

***

NDLR: Ce texte a été modifié après la mise en ligne.

 

À voir en vidéo