Un panier d’épicerie aux saveurs québécoises

Tomates du Québec
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Tomates du Québec

Le gouvernement du Québec veut donner un coup d’accélérateur à sa politique de souveraineté alimentaire. Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, François Gendron, a invité mercredi les regroupements d’entreprises agroalimentaires à frapper à la porte des établissements publics afin d’attiser leur appétit en aliments du Québec.

 

Le vice-premier ministre a appelé les tables de concertation agroalimentaires à pied d’oeuvre dans chacune des régions administratives du Québec à mettre les bouchées doubles afin de conclure d’ici au 31 mars 2014 au moins une entente de collaboration avec un joueur du marché institutionnel : hôpital, école, service de garde, établissement correctionnel, etc.

 

« On produit 62 % du lait canadien. Je veux m’assurer que 100 % du lait dans les écoles soit du lait du Québec. Je veux m’assurer que 100 % de l’eau embouteillée, qu’on aime ça ou pas, soit de l’eau embouteillée du Québec, genre Eska plutôt que Napolitaine ! », a lancé M. Gendron lors d’un entretien téléphonique réalisé dans la foulée de la présentation de la Stratégie de positionnement des aliments du Québec sur le marché institutionnel. Pour arriver à accroître la portion d’aliments du Québec dans les assiettes des services alimentaires des organismes publics, « il faut que les intervenants concernés se réunissent, se concertent, et développent un plan stratégique régional,et voient ce qui est prenable, pas prenable, et les ajustements requispour atteindre les résultats souhaités ».

 

Grâce aux « outils » offerts dans cette nouvelle stratégie gouvernementale d’achat local, M. Gendron est sûr de voir « le volume de produits du Québec augmenter », notamment dans les établissements de santé et d’éducation. « Maintenant, il faut livrer » a-t-il déclaré au Devoir, toujours porté par l’élan de la Politique de souveraineté alimentaire.

 

Les établissements publics ont effectué des achats de plus de 1,2 milliard de dollars en 2012. À eux seuls, les secteurs de la santé et de l’éducation étaient à l’origine d’achats en denrées alimentaires respectivement de 840,4 millions et de 248,6 millions.

 

Le ministre Gendron se gardait mercredi de révéler au grand jour ses cibles quant à la présence souhaitée des aliments du Québec dans les réfrigérateurs et les garde-manger des organismes publics et privés, mais financés par l’État. « Ce n’est pas d’intérêt public pour l’instant », a-t-il fait valoir. D’ailleurs, plusieurs institutions ignorent à l’heure actuelle la portion d’aliments du Québec figurant dans leurs carnets de commandes. « Il faut régler cette affaire-là avant de faire des objectifs », a expliqué M. Gendron. Ce sera chose faite en avril ou en mai. Des données fiables seront dévoilées, a-t-il indiqué. Cela dit, le ministre a toutefois une « très bonne idée » du taux de pénétration des aliments du Québec dans le marché institutionnel. « Je vous dis juste : ce n’est pas le moment de dire ça pour venir être éteignoir, si vous me permettez l’expression », a affirmé M. Gendron.

 

Adapter l’offre

 

Le gouvernement du Québec accompagnera les entreprises québécoises afin qu’elles soient en mesure de démêler les processus d’appels d’offres du secteur public et puissent adapter leur offre alimentaire en conséquence. Devant les « exigences légales qui ont bien souvent de quoi décourager le plus persévérant des entrepreneurs », plusieurs entreprises bioalimentaires ont tout simplement fait une croix sur le marché public, a fait remarquer le ministre.

 

Le gouvernement misera aussi sur une meilleure identification des aliments d’ici offerts par les gros joueurs de la distribution alimentaire au Québec. Gordon Food Service et Colabor inc. ont consenti à faire des efforts en ce sens. « Si les pomiculteurs de l’ensemble du Québec sont capables de fournir le Québec, je ne veux pas d’autres choses que des pommes du Québec dans les institutions au Québec. Ce n’est pas compliqué ! Mais pour ça il faut être capable d’avoir une identification de l’ensemble des aliments du Québec dans l’ensemble du marché institutionnel », a souligné M. Gendron.

 

La Stratégie de positionnement des aliments du Québec sur le marché institutionnel est assortie d’une enveloppe budgétaire de 5 millions sur trois ans.

 

L’Union des producteurs agricoles (UPA) a accueilli avec réserve la stratégie gouvernementale, y voyant un « premier pas » dans l’arrimage de l’offre de produits alimentaires québécois et la demande institutionnelle. « Elle favorise certes les entreprises bioalimentaires, mais elle demeure incitative, alors que nous attendions une véritable politique d’achat, appuyée de directives claires », a affirmé le président de l’UPA, Marcel Groleau.

 

L’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) et la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) feront part de leurs commentaires une fois qu’elles auront pris connaissance de la stratégie gouvernementale. « Sur le principe, on est pour », s’est contentée de dire la porte-parole de la FCSQ, Caroline Lemieux. « Notre principale préoccupation à ce moment-ci est de pouvoir continuer à offrir des repas santé à coûts raisonnables. »

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