L’Irlande s’affranchit de l’aide internationale

À Dublin, une femme passe devant un graffiti évocateur du sentiment qui animait les Irlandais au cours des derniers mois. Le pays ne sera plus sous perfusion financière internationale à compter de dimanche.
Photo: Agence France-Presse (photo) Peter Muhly À Dublin, une femme passe devant un graffiti évocateur du sentiment qui animait les Irlandais au cours des derniers mois. Le pays ne sera plus sous perfusion financière internationale à compter de dimanche.
Dublin – L’Irlande, premier pays de la zone euro à quitter dimanche le plan d’aide économique international, a attiré les plus grandes multinationales du secteur des nouvelles technologies, une bonne nouvelle qui ne constitue pas pour autant un remède-miracle au chômage de longue durée.

Google, Facebook, Twitter, PayPal et d’autres géants de l’informatique et de l’Internet ont choisi le petit pays pour y établir d’importants centres d’activité. Ils sont attirés notamment par son taux réduit d’imposition sur les sociétés, que le gouvernement irlandais a bien l’intention de maintenir malgré les pressions européennes.

Les bonnes nouvelles se succèdent : Facebook va par exemple déménager dans des locaux plus grands à Dublin, pour y accueillir jusqu’à 1000 employés, tandis que Microsoft va investir 170 millions d’euros pour étendre un centre de données. « Le défi pour nous était d’assurer la transition entre une économie trop dépendante du secteur immobilier et une économie durable fondée sur l’entreprise, l’innovation et les exportations », explique à l’AFP Richard Bruton, ministre en charge de l’Emploi et de l’Innovation.

La République d’Irlande a été touchée de plein fouet par la crise, avec l’explosion d’une bulle immobilière qui a poussé ses banques au bord de la ruine. Elle a été contrainte de demander à l’Europe et au Fonds monétaire international (FMI) un plan d’aide internationale de 85 milliards d’euros, dont elle sortira enfin officiellement dimanche, devenant ainsi le premier pays de la zone euro sous assistance à s’affranchir de l’aide de ses partenaires.

« Nous avons ciblé le secteur des technologies de l’information parce qu’il est central de plusieurs points de vue. C’est un secteur très dynamique, qui aide non seulement par les emplois directs qu’il crée mais aussi par la culture d’entreprise qu’il génère », ajoute M. Bruton. Autour des multinationales, souvent américaines, se créent ainsi de jeunes start-up détenues aussi bien par des étrangers que par des Irlandais.

GenCell Biosystems, une société de biotechnologie basée à Limerick, sur la côte ouest, a ainsi été fondée en 2011 et emploi aujourd’hui plus de 40 personnes. Comme beaucoup d’autres, elle est entièrement tournée vers l’exportation.

« C’est très simple en Irlande. Les obstacles légaux pour créer votre entreprise sont réduits au minimum et l’environnement est plus favorable qu’aux États-Unis », témoigne son fondateur, Kieran Curran.

Le magazine américain Forbes semble partager son avis et vient de nommer l’Irlande comme le meilleur pays du monde pour faire des affaires, dans une enquête publiée début décembre.

Deux Irlande

Mais avec un taux de chômage à 12,5 % et 300 000 personnes sans emploi, dont beaucoup depuis longtemps, la reconversion apparemment réussie de l’ancien « tigre celtique » ne profite pas à tout le monde. Une partie de la population n’a pas les qualifications requises pour travailler dans les secteurs les plus porteurs et 4500 emplois dans les technologies de l’information restent du coup non pourvus, selon Fast Track to IT, une organisation mise en place par les employeurs.

« Il y a une inadaptation des qualifications » par rapport à la demande, regrette John Dennehy, directeur de projet de Make IT in Ireland, qui cherche à attirer des talents venus de l’étranger pour combler les emplois vacants. « Vous ne pouvez pas prendre un chômeur qui n’a jamais travaillé dans le secteur des technologies et en faire un développeur de logiciels expérimenté en un claquement de doigts », souligne-t-il.

Le pays a beau avoir assuré un redressement indéniable, le fossé se creuse ainsi entre ceux qui profitent du redémarrage et les autres.

« J’ai l’impression qu’il y a deux Irlande », confie Kieran Curran, le patron de GenCell. « Le chômage touche les gens sans qualification et d’un autre côté on manque de talents dans des domaines comme le nôtre. »
2 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 12 décembre 2013 10 h 01

    Un manque en éducation des sciences et technologies

    Bravo aux irlandais de devenir plus autonomes économiquement.

    Il semble évident que le chômage est surtout du à un manque d'instruction pour avoir la main d'oeuvre nécessaire, et que l'on doit aller ailleurs chercher cette main d'oeuvres. Le problème ne vient donc pas de L'industrie qui a apporté beaucoup au pays, mais des choix des étudiants.

    De plus en plus l'éducation sera essentielle pour tout citoyen qui veut survivre dans ce monde moderne. Et pas seulement en Irlande, ici aussi! Il faut que nos jeunes étudient plus en sciences et technologies si ils veulent avoir des emplois intéressants et payants.

    Comme disait Darwin, les espèces qui ne s'adapent pas à des nouvelles réalités , et continue à vivre dans le passé, disparaissent..c'est une loi naturelle pour toutes les formes de vie.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 décembre 2013 14 h 07

    Un texte incroyablement mauvais

    Une simple vérification sur le CIA World FactBook vous aurait permis de réaliser que l’Irlande ne s’est pas affranchi de ses dettes, comme le texte suggère.

    Cette dette est estimée à 118,4% du PIB en 2012, soit une croissance de 12% en comparaison avec l’année précédente. L’Irlande est le dixième pays le plus endetté au Monde.

    L’Irlande, tout comme l’Islande, était un modèle de néolibéralisme. Mais elle a choisi de se porter garante des dettes de ses banques privées, plutôt que de faire comme l’Islande (qui ne s’est portée garante que pour les dettes contractées sur son territoire).

    La différence est patente. L’Islande se remet très lentement des plaies du néolibéralisme alors que l’Irlande — qui a capitulée aux exigences du grand capitalisme international — s’enfonce dans le marasme économique.

    Si l’Irlande serait le premier pays de la zone euro à quitter le plan d’aide économique international, c’est qu’elle finance sa dette énorme autrement et non parce qu’elle a retrouvé sa prospérité.