Québec - «Le libre marché n’existe pas en agriculture, ici comme ailleurs»

Réginald Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Noël responsable

La gestion de l’offre remonte au début des années 1970: en fonction de celle-ci, les producteurs de lait, de volaille et d’œufs du Québec et du Canada modulent leurs productions dans le but de répondre aux besoins réels des consomma- teurs sur le marché intérieur. Quels obstacles se présentent devant l’application d’un modèle agricole équitable selon cette démarche? Quels cadeaux responsables le père Noël pourrait-il déposer au pied de l’arbre des membres de la Coalition G05?

Qu’en est-il au juste de cette coalition GO5 ? Bruno Letendre, président de la Fédération des producteurs de lait, qui regroupe 13 000 propriétaires de fermes laitières et fait partie de l’Union des producteurs agricoles (UPA), fournit ces points d’information sur ce regroupement de cinq productions en matière de gestion de l’offre : « On diffère des autres productions parce que, de notre côté, on va seulement chercher des revenus sur le marché sans obtenir de subventions. Partout dans le monde, chaque gouvernement a ses propres politiques agricoles. En Europe et aux États-Unis, on sait que les gouvernements fonctionnent avec des budgets et donnent des subventions aux producteurs pour pallier les différences de marché. »

 

À ce sujet, il dégage cette réalité spécifique au monde agricole : « Notre production, ce qu’elle a de particulier par rapport aux autres, c’est que, lorsque notre produit est prêt, on ne peut pas attendre : le lait qu’on a recueilli ce matin, il faut qu’il soit ramassé, traité et vendu ; il ne reste pas frais longtemps. » Des règles du jeu s’imposent et il existe donc un contrat de gestion de l’offre avec le gouvernement, en vertu duquel le producteur est tenu de fournir seulement ce qui est nécessaire aux attentes du marché canadien ; en contrepartie, des tarifs sont fixés pour éviter que l’importation ne vienne détruire le marché.


Situation irréaliste

 

Le père Noël serait le bienvenu s’il exigeait de ses lutins de faire le grand ménage dans toute l’approche des subventions dans le domaine agricole ; il ferait là un cadeau aux producteurs d’ici, dont les intérêts seraient mieux servis.

 

Le président Letendre s’insurge contre la vision de certains : « Il y a des gens qui prônent le libre marché, mais ça n’existe pas en agriculture au Canada ni ailleurs sur la planète : voilà pourquoi il y a 80 milliards de dollars qui sont versés en subventions en Europe et qu’il y en a à peu près autant aux États-Unis ; quand la production est là, ils savent donc qu’il faut soutenir les producteurs.Il n’y a pas de libre marché et nos pires ennemis sont ceux qui pensent que tel est le cas et que nous ne sommes pas efficaces pour produire ; les producteurs canadiens le sont tout autant que n’importe quels autres, mais ils ne sont pas compétitifs parce qu’ils ne reçoivent pas de subventions. »

 

Il se sert donc de l’accord de libre-échange récemment conclu entre le Canada et l’Union européenne pour illustrer ses propos : « Ils vendent du fromage subventionné pour déplacer une production qui ne l’est pas ici. »

 

Il élabore sur cette question et dénonce l’entente sous cet angle : « La concession a porté sur le dos des fromagers. M. Harper aurait pu signer quelque chose de mieux s’il n’avait pas été si pressé de jeter dans l’oubli ses problèmes avec le Sénat et de détourner l’attention de ses autres difficultés. C’était stratégique pour les Européens de venir négocier avec nous : ce qu’ils veulent, ce sont nos ressources naturelles. »

 

Et quelles sont ses attentes en matière d’indemnisations qui serviraient à rétablir un plus juste équilibre en faveur des fromagers québécois ? « On espère et on obtient un solide appui du gouvernement provincial. Il faut arrêter de parler de pertes au conditionnel, comme M. Maxime Bernier le fait, il y en a : on perd 180 millions de litres et c’est cette quantité-là que va représenter l’entrée de fromages en provenance de l’Europe . »

 

À ce sujet, il tire cette conclusion sur la forme de l’indemnisation attendue : « On ne veut pas de l’argent qu’on va donner aux producteurs. »

 

À l’aube d’une nouvelle année, Bruno Letendre exprime ce souhait à l’endroit des producteurs agricoles : « Je voudrais qu’ils soient reconnus comme des travailleurs à part entière dans la société ; ils ont le droit d’obtenir un revenu décent. »

 

Au nom de l’impératif commercial, le sens des valeurs se perd : « Quand j’achète une chemise qui coûte 150 $ tout en sachant que le pauvre travailleur au Pakistan l’a peut-être fabriquée pour 25 cents ou même un dollar, je me questionne. On n’accepterait pas cette situation en milieu de travail au Canada, mais, sur le plan commercial, c’est accepté. »

 

La gestion de l’offre remonte au début des années 1970 : en fonction de celle-ci, les producteurs de lait, de volaille et d’oeufs du Québec et du Canada modulent leurs productions dans le but de répondre aux besoins réels des consommateurs sur le marché intérieur. Quels obstacles se présentent devant l’application d’un modèle agricole équitable selon cette démarche ? Quels cadeaux responsables le père Noël pourrait-il déposer au pied de l’arbre des membres de la Coalition G05 ?


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