Politique économique - Le Québec attend toujours une vision d’ensemble

La nouvelle politique économique du gouvernement Marois «transpire de bonne volonté», mais «manque de cohérence d'ensemble», selon l'Institut de recherche en économie contemporaine.
Photo: - Le Devoir La nouvelle politique économique du gouvernement Marois «transpire de bonne volonté», mais «manque de cohérence d'ensemble», selon l'Institut de recherche en économie contemporaine.

La nouvelle politique économique du gouvernement Marois constitue un « bon point de départ », mais il lui manque encore la vision d’ensemble (et les moyens) nécessaire pour réussir, notamment, l’inévitable transition vers une économie verte, estime l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).

 

Bien que cette nouvelle politique de Québec « transpire la bonne volonté » et « cumule des mesures intéressantes », « il lui manque une cohérence d’ensemble, une logique opérationnelle, qui ferait de meilleurs liens entre le déploiement des moyens et le type de résultats attendus », concluent les quatre chercheurs de l’IREC dans une note de recherche dévoilée lundi, où chacun analyse l’un de ses quatre volets rendus public durant le mois d’octobre.

 

La Politique industrielle québécoise, la Politique nationale de la recherche et de l’innovation, le Plan de développement du commerce extérieur et la Stratégie d’électrification des transports sont beaucoup trop vite sortis de l’actualité médiatique pour qu’ils aient eu le temps de faire l’objet d’une analyse approfondi, déplorent d’abord les chercheurs. Leur premier mérite est de reconnaître les nombreux défis économiques majeurs qui se posent au Québec, de prendre acte du fait que de plus en plus de pays n’hésitent plus à recourir de nouveau à des politiques industrielles interventionnistes et de sortir le gouvernement du Québec du cadre étriqué du Plan Nord du gouvernement précédent.

 

« Il était temps », soupire Gilles Bourque, qui se penche sur la politique industrielle de la ministre Élaine Zakaïb. Si le fait d’accorder la priorité aux entreprises vertes et modernes, à l’émergence de nouveaux fleurons et à l’innovation lui apparaît des choix « appropriés », et s’il se réjouit de quelques initiatives, il regrette qu’on privilégie les « approches ponctuelles » plutôt qu’une « stratégie globale cohérente ». « La synergie, dit-il, ne se produit pas par simple cumul ou juxtaposition de programmes et de projets. » Il aurait voulu que le gouvernement s’engage plus franchement en faveur d’une « véritable stratégie de reconversion écologique du système productif afin d’engranger de façon durable sur le long terme les bénéfices d’une économie verte ».

 

Gabriel Sainte-Marie note que la politique d’électrification des transports « se compare bien par rapport à ce que font les administrations publiques en la matière ». Il s’étonne cependant de voir que « l’essentiel des mesures d’aide à l’industrie vise des projets qui ne sont pas encore annoncés ».

 

L’économiste Pierre Gouin souligne les moyens « assez limités » consacrés au plan de développement du commerce extérieur du ministre Jean-François Lisée. Ce plan lui semble proposer surtout de simples « améliorations dans la mise en oeuvre des mesures déjà existantes et des sommes accrues consacrées à ces mesures ».

 

Le directeur général de l’IREC, Robert Laplante, se félicite du fait que la politique de la recherche et de l’innovation du ministre Pierre Duchesne aborde les défis du choc démographique, du développement durable et de la promotion de l’identité québécoise, ce qui « nous change des sempiternelles rengaines sur la compétitivité et de lieux communs du tout au marché ». Il aurait voulu cependant que l’on aille beaucoup plus loin dans la remise en cause du partage inégal du financement de la recherche au Canada, ainsi que dans le regroupement des forces au Québec.

 

À l’examen, on ne peut se défaire de l’impression que toute cette politique économique est le fruit d’un « gouvernement minoritaire qui n’a pas les coudées franches pour agir et qui, par ailleurs, semble avoir agi avec une certaine précipitation », dit l’étude de l’IREC. La solidité de son cadre financier est également « loin d’être démontrée » quand on sait avec quelle difficulté le gouvernement cherche à retrouver l’équilibre budgétaire.

 

« Néanmoins, elle permettra sans doute de réaliser les premiers pas d’un parcours que les besoins de transformations de notre économie finiront bien par imposer. »

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