Le huard se fait malmener

Photo: La Presse canadienne (photo) Jonathan Hayward

Le dollar canadien se retrouve sous pression depuis quelques semaines. Avec l’expansion économique en accéléré attendue au sud de la frontière et les pressions présentement baissières sur les cours pétroliers, le Canada n’a soudainement plus la cote. La parité avec le billet vert, encore possible dans les scénarios précédents, fait désormais place à une glissade continue qui pousserait la devise canadienne sous les 90 ¢US.

 

Déjà, la semaine dernière, un texte de La Presse canadienne rappelait que Goldman Sachs prédit une chute du dollar canadien par rapport à sa contrepartie américaine au cours des prochains mois. Ayant gravité longtemps autour de la parité, le dollar canadien est en recul depuis, sa valeur tombant sous les 94 ¢US, soit un repli de 8 % depuis le début de 2013. Goldman Sachs voit la devise canadienne s’approcher des 88 ¢US l’an prochain, une cible jugée prévisible et raisonnable par Doug Porter, économiste en chef de la Banque de Montréal.

 

Cette défaveur se généralise. À la Financière Banque Nationale (FBN), Stéfane Marion, économiste en chef et stratège, soutient que ce changement d’humeur des investisseurs à l’égard du dollar canadien oblige à une révision des prévisions. « Tout d’un coup, on dirait que rien ne va plus pour le Canada […] La tendance à la baisse du huard semble bien établie, nourrie par le sentiment négatif des investisseurs et en partie par une détérioration des termes de l’échange. Nous ajustons nos prévisions en conséquence en augmentant notre cible $US/$CAN pour la fin du premier trimestre de 2014 à 1,10 », soit à près de 90 ¢US. La devise canadienne devrait se stabiliser ensuite et clore l’année 2014 autour de 95 ¢US.

 

Changement de régime monétaire

 

La reprise économique qui va en s’accélérant aux États-Unis, avec, pour corollaire, un changement de régime monétaire devant s’amorcer au premier trimestre, vient induire de nouveaux arbitrages favorisant le billet vert. Restent les cours pétroliers, une carte plutôt sensible pour l’économie canadienne. Ici, l’économiste en chef de la FBN pointe en direction de l’entente conclue entre la communauté internationale et l’Iran. Cette entente, qui « prévoit un assouplissement graduel des sanctions sous certaines conditions, ajoutera du pétrole iranien à l’offre mondiale. L’annonce a réduit les primes de risque, sabrant les prix du pétrole et, donc, le dollar canadien ».

 

Au Mouvement Desjardins, François Dupuis, vice-président et économiste en chef, estime également que « d’autres gains sont à prévoir pour la devise américaine à court terme, étant donné les bonnes données économiques aux États-Unis » et l’élimination prochaine de l’assouplissement monétaire exceptionnelle de la Réserve fédérale. « Les difficultés de l’économie canadienne militent de moins en moins pour une réappréciation rapide du huard. Celui-ci pourrait encore légèrement reculer à court terme mais, de façon générale, la tendance sera surtout à la stabilisation, probablement autour de 94 ¢US », ajoute-t-il.

 

Chez Desjardins, on situe l’amorce du retrait de l’assouplissement monétaire en avril. Les marchés devraient, par la suite, « moins se concentrer sur ce thème pour dicter la direction à suivre, et le dollar américain pourrait alors connaître un passage à vide. De plus, l’amélioration prévue de l’économie mondiale en 2014 réduira la demande pour les valeurs refuges, ce qui pourrait nuire au billet vert. »

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