Rémunération - L’écart se creuse entre les employés de l’État et ceux du privé

Les employés du secteur public, dont ceux de la santé, ont un salaire 11,7 % moins élevé que celui des salariés des grandes entreprises.
Photo: - Le Devoir Les employés du secteur public, dont ceux de la santé, ont un salaire 11,7 % moins élevé que celui des salariés des grandes entreprises.

Le retard des employés de l’administration publique québécoise en matière de salaire et d’avantages sociaux se creuse par rapport à la plupart de leurs homologues du secteur privé et des autres employés du secteur public, constate l’Institut de la statistique du Québec.

 

Le salaire des employés de la fonction publique québécoise et des réseaux publics de l’éducation, de la santé et des services sociaux est inférieur de 11,7 % à celui de l’ensemble des autres salariés québécois travaillant dans les entreprises de 200 employés ou plus, a rapporté jeudi l’ISQ dans son étude annuelle sur le sujet. Ce retard des employés de l’administration publique québécoise est un peu moins marqué lorsqu’on inclut dans le calcul les régimes de retraite, les assurances collectives, les congés payés et autres avantages sociaux, mais il s’élève quand même à 8,3 %.

 

Cet écart défavorable s’est creusé par rapport à la date la plus reculée à laquelle on peut se comparer, c’est-à-dire 2009. À cette époque, le retard salarial était de 8,7 %, et le retard de la rémunération globale de seulement 3,7 %.


Comparaisons plus fines

 

La comparaison fait encore plus mal lorsqu’on la fait avec les salariés du secteur privé syndiqué, qui ont droit, en moyenne, à des salaires et une rémunération globale supérieurs d’un peu plus de 20 %. Le retard est aussi prononcé, sinon plus encore avec les autres employés du secteur public, tels que ceux de l’administration publique fédérale (-20,3 % en salaire et -21,8 % en rémunération globale), des sociétés d’État comme Hydro-Québec et la Société des alcools du Québec (respectivement -22,2 % et -35,8 %), et des administrations municipales (-18,3 % et -37,9 %).

 

Il n’y a qu’avec les salariés du secteur privé non syndiqué que la comparaison est moins ingrate, ces derniers bénéficiant d’un léger avantage salarial, d’un peu moins de 3 %, sur leurs homologues de l’administration publique québécoise, mais accusant un retard, en matière de rémunération globale, de 9,4 %.

 

Concrètement, dit l’ISQ, cela veut dire qu’un professionnel a normalement droit à un salaire annuel maximum de 75 000 $ dans l’administration publique québécoise, contre 83 400 $ pour les autres salariés et 81 200 $ dans le secteur privé. Pour un employé de bureau, on parle d’un salaire de 38 700 $ dans la fonction publique québécoise ou les réseaux publics de l’éducation, de la santé et des services sociaux, contre 45 900 $ pour l’ensemble des autres salariés québécois et 44 300 $ dans le seul secteur privé.

 

Limitée aux salariés à temps plein d’organisations comptant au moins 200 employés, l’enquête de l’ISQ vise un peu moins d’un million de travailleurs québécois, et exclut donc un peu plus de deux millions d’autres employés à temps plein de plus petites entreprises ou encore de travailleurs autonomes.

 

Pas près de s’arranger

 

Cet écart entre l’administration publique québécoise et les autres secteurs ne semble pas près de se resserrer, observe l’ISQ. Les perspectives pour 2013 et 2014 laissent entrevoir une hausse salariale de 2 % dans l’administration publique québécoise, contre 2 % pour les emplois non syndiqués, 2,1 % dans le privé et 2,3 % dans les entreprises publiques et les municipalités québécoises. L’écart avec le secteur privé risque aussi de se creuser en matière de rémunération globale, ajoute l’ISQ, en raison notamment de l’effort financier supplémentaire que doivent y déployer les employeurs pour compenser les faibles rendements de leurs caisses de retraite.

 

« Ces constats accablants » démentent les « préjugés tenaces » entretenus par une certaine droite qui se plaît à dépeindre les employés de l’État québécois comme des « privilégiés » et des « gras dur », a commenté le Secrétariat intersyndical des services publics.

 

Un coup de barre s’impose de toute urgence, a ajouté Francine Lévesque, vice-présidente de la CSN. « D’ici 2020, c’est environ 35 % de la main-d’oeuvre du secteur public qui partira à la retraite. Qui voudra encore oeuvrer dans les services publics si le gouvernement québécois n’est pas en mesure de concurrencer les conditions de travail offertes dans les autres secteurs d’emploi ? »

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