Crédits de carbone - Le Québec tient ses premières enchères

Le plafond d’émissions de gaz à effet de serre a été fixé par Québec à 23,2 millions de tonnes en 2013.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le plafond d’émissions de gaz à effet de serre a été fixé par Québec à 23,2 millions de tonnes en 2013.
Sans tambour ni trompette, la première vente aux enchères québécoise de crédits de carbone aura lieu le 3 décembre, mais le succès potentiel de l’opération auprès des entreprises visées suscite pour l’instant des points d’interrogation.

Deux semaines après que la Californie eut tenu sa cinquième vente aux enchères, amassant du coup 297 millions, le Québec va offrir aux entreprises d’acheter 100 millions en crédits d’émissions attribuables aux années 2013 et 2016.

Le plafond d’émissions de gaz à effet de serre a été fixé par Québec à 23,2 millions de tonnes en 2013. De ce nombre, 20 millions ont été données aux entreprises visées et environ 3 millions feront partie de la vente aux enchères de la semaine prochaine. Le prix plancher est de 10,75 $ l’unité, ce qui représente une tonne. (Pour consulter les plafonds)

«Oui, les crédits vont être achetés, mais en fait peut-être pas», hésite Pierre-Olivier Pineau, spécialiste en politiques énergétiques à HEC Montréal.

«Les gros émetteurs sont les papetières et l’aluminium, et ça ne va pas super bien dans ces deux secteurs en ce moment, ce qui veut dire qu’elles n’auront peut-être pas besoin d’acheter, car leurs émissions auront déjà été couvertes par les allocations gratuites. Il est possible qu’il n’y ait pas une grosse demande», ajoute-t-il.

M. Pineau affirme qu’au final, le prix de ces permis de polluer sera refilé aux consommateurs par les entreprises, notamment en ce qui concerne l’essence. «Ça ne peut être autrement», a-t-il dit.

Marché unifié

Lors de la récente vente aux enchères en Californie, seule autre juridiction à avoir mis en branle un tel processus, les unités pour 2013 ont été achetées à un prix moyen de 11,48 $, soit bien au-delà du plancher de 10,71 $. Ceux de 2016 ont recueilli un prix de 11,10 $.

D’ailleurs, au 1er janvier 2014, les marchés de la Californie et du Québec vont être unifiés en vertu d’une entente qui a finalement été ratifiée par les élus de cet État américain au cours des derniers mois.

«On est passé d’une situation de chaos créateur où chacun expérimente en vue de la création des vrais marchés à une situation où il y a des règles, des droits d’entrée et de sortie où chacun peut se positionner», a dit Jean Simard, p.-d.g. de l’Association de l’aluminium du Canada, en marge d’une table ronde sur le sujet organisée hier à la Maison du développement durable.

Quel sera le résultat de la vente aux enchères ? «On va tous le savoir en même temps, a dit M. Simard. On ne sait pas comment les entreprises vont se positionner. De mon côté, chacun de mes membres — Rio Tinto Alcan, Alcoa et Alouette — va jouer ses cartes en fonction de sa stratégie d’affaires.»

M. Simard affirme que la «vente aux enchères n’est pas une fin en soi, mais une étape d’apprentissage pour les prochaines années».

Outre l’industrie de l’aluminium, le règlement vise des établissements du secteur des papetières, des entreprises pétrochimiques, les raffineries de Montréal et de Lévis et des installations minières. (Pour consulter la liste : http://goo.gl/5CzEJT)

Le plafond de 23,2 millions de tonnes fixé pour 2013 sera repris tel quel en 2014, après quoi il grimpera à 65,3 millions en 2015 avant de redescendre à 54,7 millions en 2020.

Le gouvernement du Québec a récemment affirmé que le marché du carbone est une «mesure clé» dans la lutte contre les changements climatiques et que les retombées se chiffrent à des milliards.

«La vente de droits d’émission générera des revenus de l’ordre de 2,5 milliards de dollars d’ici 2020», a affirmé le mois dernier le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet. «Tous ces revenus seront entièrement réinvestis dans des initiatives de lutte contre les changements climatiques, notamment pour favoriser la conversion vers des énergies renouvelables, promouvoir l’efficacité énergétique, améliorer les procédés de fabrication et préparer l’adaptation de la société québécoise aux impacts des changements climatiques.»


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NDLR: Ce texte a été corrigé après la mise en ligne.
3 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 27 novembre 2013 10 h 07

    Bref!

    Peut-être que n'y comprend rien, mais de la façon dont je vois les choses, c'est comme si on disait qu'au lieu d'investir dans la production propre, on investissait dans le droit de polluer.

    Ce qui fait qu'en bout de ligne, compte tenu des avertissements sérieux que nous prodigue le milieu scientifique, on nous annonçait qu'un jour les cimetières déborderont de cadavres collectivement riches.

    • Francine La Grenade - Inscrite 27 novembre 2013 23 h 25

      Il ne s'agit pas d'"investir" dans le droit de polluer, mais bien plutôt de rembourser la société dont on pollue l'air. Cela peut vous sembler bizarre, mais avouez que c'est une amélioration par rapport à ce qui prévalait jusqu'à maintenant, à savoir la possibilité de polluer sans frais.

      Mais il ne s'agit pas que d'une bête punition aux entreprises polluantes. En fait, grâce à ce permis, les entreprises émettrices feront face à des coûts plus élevés et n'auront d'autre choix que d'absorber une baisse de profit, ou encore de refiler ces coûts aux consommateurs en haussant leurs prix, ce qui fera diminuer leur clientèle. Dans les deux cas, les entreprises auront un incitatif à innover pour ne plus avoir à payer ces "droits", c'est-à-dire pour diminuer leur émissions.

  • Richard Coulombe - Inscrit 27 novembre 2013 17 h 14

    A prévoir ...

    Les entreprises vont préférer payer les pénalités, ce qui rendra le Québec moins intéressant pour l'investissement. Non, ceci n'est pas un épouvantail, c'est la réalité, quoi qu'en disent nos grands penseurs de salon.