OCDE - La croissance ralentit le pas

À São Paulo, un homme qui veut acheter une paire des célèbres gougounes havaianas cherche la pointure qui lui convient. L’activité économique du Brésil est moins forte que ne le prévoyait l’OCDE, comme celle d’autres pays émergents, forçant l’organisation à revoir ses prévisions de croissance pour l’ensemble du monde.
Photo: Agence France-Presse (photo) Miguel Schincariol À São Paulo, un homme qui veut acheter une paire des célèbres gougounes havaianas cherche la pointure qui lui convient. L’activité économique du Brésil est moins forte que ne le prévoyait l’OCDE, comme celle d’autres pays émergents, forçant l’organisation à revoir ses prévisions de croissance pour l’ensemble du monde.

Paris – L’OCDE a abaissé mardi ses prévisions de croissance mondiale, « en grande partie à cause de perspectives dégradées dans plusieurs pays émergents », et appelé à la rescousse les banques centrales, mais aussi l’Allemagne et les États-Unis.

 

L’Organisation de coopération et de développement économiques table sur une croissance mondiale de 2,7 % cette année, 3,6 % l’an prochain et 3,9 % en 2015, selon son rapport annuel de conjoncture. En mai, dans ses dernières prévisions, elle avait annoncé 3,1 % en 2013 et 4 % en 2014.

 

« L’économie mondiale continue à progresser à un rythme modéré, avec une certaine accélération attendue en 2014 et 2015, a indiqué l’OCDE. Les prévisions de croissance mondiales ont toutefois été revues en baisse de manière significative en grande partie à cause de perspectives dégradées dans plusieurs pays émergents ».

 

Certains grands pays émergents tels que le Brésil ou la Russie ont fait face cette année à un ralentissement de leur croissance, parfois conjugué à des turbulences financières ou sociales.

 

L’Organisation note un changement de tendance au niveau mondial : jusqu’ici « les impulsions dans les économiesémergentes avaient des effets d’entraînement positifs sur les pays avancés » mais désormais « l’environnement économique mondial pourrait faire office d’amplificateur et de courroie de transmission pour des chocs négatifs » en provenance de ces mêmes pays.

 

L’OCDE a tiré les leçons de la tourmente qu’ont connues cet été les devises de plusieurs pays émergents, face à la perspective d’un durcissement de la politique monétaire américaine, et à des inquiétudes sur leur croissance. Le phénomène « a été particulièrement marqué au Brésil, en Inde, en Indonésie, en Afrique du Sud et en Turquie, pays dont les besoins de financement extérieurs sont importants », tandis que « la Chine a été une exception », résistant mieux que les autres.

 

Faire contrepoids

 

Face à ce ralentissement des pays émergents, l’OCDE en appelle à la Fed et à la BCE pour faire contrepoids. Aux États-Unis, « les achats en masse de bons du Trésor devront être graduellement réduits quand la croissance prendra des forces puis, courant 2015, la Réserve fédérale devrait commencer à relever ses taux». Dans la zone euro la Banque centrale européenne « devrait réfléchir à des mesures supplémentaires si les risques de déflation devenaient plus sérieux ».

 

L’OCDE s’inquiète aussi d’un possible retour du psychodrame budgétaire qu’ont connu les États-Unis il y a quelques semaines.

 

Pour elle, si les États-Unis échouaient l’an prochain à relever le plafond de leur dette et se voyaient obligés de tailler à vif dans leurs dépenses pour équilibrer le budget, ils glisseraient dans une récession pouvant aller jusqu’à -6,8 %, entraînant le monde entier, et mettant au chômage cinq millions de personnes rien que dans l’OCDE. La solution selon l’OCDE : abolir cette notion de plafond de dette pour éviter que ne se rejoue chaque année le même scénario, et adopter « une stratégie [budgétaire] crédible à moyen terme ».

 

Appel à l’Allemagne

 

L’OCDE ne rappelle pas seulement les États-Unis à leurs responsabilités. Elle se joint aussi aux atppels toujours plus pressés lancés à l’Allemagne, moteur économique en Europe, dont les abondants excédents font des jaloux. « Peu d’ajustements, voire aucun, se produisent dans les pays en excédent », par rapport à ceux confrontés à des déficits, selon elle, et « un ajustement plus durable et plus symétrique est nécessaire à travers des réformes des marchés de biens et du travail, y compris une libéralisation des services en Allemagne ».

 

Dans la première économie européenne, « des réformes structurelles destinées à déréguler les services, à faire tomber les barrières entravant le travail à temps complet des femmes, et à améliorer l’accès à l’éducation supérieure renforceraient la croissance et contribueraient à un rééquilibrage global ».

 

Parmi les autres conseils prodigués par le « club des pays riches » : en Europe, recapitaliser les banques et avancer sur le chemin d’une union bancaire ; au Japon, reprendre le contrôle sur un endettement qui pourrait « devenir insoutenable » ; au Royaume-Uni, poursuivre la consolidation budgétaire tout en préservant les dépenses d’infrastructure ; en Chine, prendre conscience du fait que « les ressources de relance budgétaire sont peut-être épuisées » ; en Inde, au Brésil et en Russie, poursuivre ou enclencher la consolidation budgétaire.