La Chine propulse le bitcoin à de nouveaux sommets

En Chine, une agence immobilière offre à ses clients de payer en bitcoins.
Photo: Agence France-Presse (photo) Peter Parks En Chine, une agence immobilière offre à ses clients de payer en bitcoins.

Après les nouvelles technologies en 1999 et l’immobilier au milieu des années 2000, sommes-nous en train d’assister à la formation d’une bulle spéculative autour d’une devise qui n’existe que virtuellement ? Que réservent les prochaines semaines ? Pour l’instant, le « bitcoin » atteint des sommets inégalés.

 

Mardi, au lendemain de la réunion d’un comité sénatorial sur la question des monnaies dématérialisées, il a atteint le cap stratosphérique de 900 $US sur le site d’échange japonais Mt.Gox, avant de se stabiliser sous la barre des 700 $US. La progression des derniers jours de cette monnaie électronique virtuelle créée en 2009, et qui n’est contrôlée par aucune banque centrale, a été rien de moins que fulgurante : la semaine dernière, elle s’échangeait à 315 $, déjà très loin d’un creux de 69 $ observé au mois de juillet.

 

Pour prendre la mesure de l’extrême volatilité du marché du bitcoin, notons qu’à pareille date l’an dernier, il ne valait que 11 $. En octobre, il a perdu 20 % de sa valeur après la fermeture de Silkroad, « l’eBay de la drogue », qui a contribué à populariser l’usage de cette cryptomonnaie comme mode de paiement anonyme et très difficile à retracer. L’embellie des derniers jours, elle, coïncide avec le dépôt d’un avis favorable au bitcoin par le département de la Justice et la Securities and Exchange Commission, gendarme des valeurs mobilières. Le rapport insiste sur l’importance de créer un encadrement souple et bienveillant afin d’éviter que les « bitcoins émigrent vers des pays plus accueillants ».

 

La production du bitcoin procède d’une opération cryptographique appelée « mining », qui consiste en la résolution de formules mathématiques complexes nécessitant des ordinateurs hyperpuissants. Dès le départ, le nombre maximal de bitcoins mis en circulation a été fixé à 21 millions. À ce jour, un peu plus de 12 millions de bitcoins ont été « extraits » — peut-être vaudrait-il mieux dire « abstraits » pour bien souligner l’élément algorithmique au coeur de cette aventure spéculative inédite de ce début de XXIe siècle.

 

Demande chinoise

 

Tout indique que la demande chinoise semble être à la source de cette croissance quasi exponentielle. La part chinoise du marché du bitcoin s’est en effet fortement accrue, passant de 15 % à près de 35 % du total des transactions en moins de six mois. BTC China, un site d’échange de bitcoins, a ainsi détrôné au début du mois de novembre le japonais Mt.Gox. Cet attrait grandissant des investisseurs chinois pour le bitcoin s’explique de plusieurs façons. Le yuan chinois fait l’objet d’un contrôle étroit de la part de l’État chinois, rendant difficile l’achat de devises étrangères. L’achat de bitcoins permet de contourner cette réglementation contraignante à des fins de spéculations sur les marchés internationaux et, pour certains, de placer leur fortune à l’abri du pouvoir parfois inquisiteur du Parti communiste chinois.

 

Mais le rapport entre bitcoin et État chinois est tout sauf simple. En témoigne depuis quelques mois la diffusion dans les médias chinois de nombreuses chroniques favorables au bitcoin, dont, le 28 octobre, un reportage diffusé dans le cadre de l’émission quotidienne Xinwen Lianbo, le programme d’information le plus populaire de CCTV. Ces programmes ont grandement contribué à la popularité du bitcoin auprès du grand public. Plusieurs spécialistes estiment que le gouvernement chinois a plus à gagner qu’à perdre dans cette aventure financière. Est-ce que le bitcoin pourrait à terme se substituer au dollar américain comme monnaie de réserve ? C’est une éventualité qui est de plus en plus sérieusement envisagée, et qui correspond aux intérêts stratégiques chinois à long terme.

 

Quoi qu’il en soit, l’usage du bitcoin progresse en Chine, comme en fait foi son adoption par le moteur de recherche Baidu, qui commande plus de 80 % du marché chinois et qui a annoncé le 16 octobre dernier qu’il allait accepter le bitcoin comme mode de paiement en ligne. On trouve même une agence immobilière basée à Shanghai, Shanda Tiandi, qui offre depuis peu la possibilité à ses clients de payer avec cette monnaie virtuelle !

 

Et le Canada, dans tout ça ? Eh bien, c’est dans un café de Vancouver que la compagnie Robocoin a installé le 29 octobre dernier le premier guichet automatique acceptant les bitcoins. Dans un guichet près de chez nous d’ici peu ?

3 commentaires
  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 20 novembre 2013 12 h 00

    Récupération bancaire?

    Que voilà de la grande subversion que ce bitcoin!!Les banques centrales n'ayant stric-
    tement pas de contrôle sur l'émission de cette monnaie virtuelle,elles perdent leur
    mainmise sur la variation des taux d'intérêt...pour le moins,et de la régulation des
    cycles économiques(inflation vs récession...).Je me souviens qu'en Argentine lors de
    la forte dépréciation de leur monnaie,le bon peuple s'était créé une monnaie de singe
    pour faire rouler leur économie sur le terrain afin de se procurer les biens et services
    nécessaires à sa survie.
    Je souhaiterais que des plus connaissants nous décortiquent les effets de ce grain de
    sable dans l'horlogerie de la ploutocratie bancaire.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 20 novembre 2013 15 h 06

    Il est écrit: "La production du bitcoin procède d’une opération cryptographique appelée « mining », qui consiste en la résolution de formules mathématiques complexes nécessitant des ordinateurs hyperpuissants. "

    Mais encore, qu'est-ce que le BitCoin?

  • Paul Pegg - Inscrit 20 novembre 2013 23 h 57

    Explications

    @Raymond Saint-Arnaud

    Bitcoin est avant tout un réseau de paiement de pair à pair (sans intermédiaire comme une banque) qui utilise sa propre unité d'échange (un bitcoin, BTC ou XBT).

    Concrètement pour un utilisateur, cette monnaie s'échange entre personne sur leurs téléphones mobiles ou leurs ordinateurs. Il suffit d'entrer (ou de scanner) l'adresse de la personne désirée, d'entrer le montant, et cliquer envoyer.

    Une particularité du réseau Bitcoin est qu'il est entièrement automatisé et autonome. Aucune entreprise ne peut contrôler le réseau, le réseau étant lui-même sous le contrôle total de tous ses utilisateurs.

    En une phrase simple: Bitcoin est à l'argent ce que le email est à la poste.