Trop de banques européennes auraient survécu à la crise

Andrea Enria: «Nous avons besoin de mécanismes de décision européens plutôt que des décisions prises par des comités.»
Photo: Agence France-Presse (photo) Daniel Roland Andrea Enria: «Nous avons besoin de mécanismes de décision européens plutôt que des décisions prises par des comités.»
Berlin — Trop de banques européennes ont survécu à la crise financière, affirme dans un entretien publié lundi le président du régulateur européen du secteur EBA, Andrea Enria.

« Je suis convaincu que trop peu de banques européennes ont été démantelées et ont disparu du marché », déclare l’Italien dans un entretien au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. « Il y en a eu à peine 40 [qui ont disparu], et aux États-Unis, par comparaison, environ 500 », poursuit-il. « Les gouvernements ont voulu maintenir en vie leurs banques, et cela a freiné le processus de convalescence » du système financier européen, critique M. Enria, dont l’institution a organisé une série de tests de résistance sur les banques européennes ces dernières années. Ces tests ont été critiqués car jugés trop indulgents.

À ces critiques se sont ajoutées celles de Jürgen Fitschen, le patron de la première banque allemande Deutsche Bank, qui a regretté lundi lors de la Semaine européenne de la Finance de Francfort le manque de confiance dans « les forces du marché ».

« Il faut permettre à l’avenir que certaines banques puissent faire faillite », a-t-il plaidé. « La consolidation en Europe a pris du retard » a-t-il ajouté, précisant que trop de banques « ne progressent pas car on les maintient en vie sans qu’elles apportent leur contribution au changement ».

Dans le cadre de l’union bancaire en gestation, qui doit permettre de renforcer le paysage bancaire en Europe, M. Enria est favorable à des mécanismes et structures véritablement européens, indique-t-il dans un autre entretien au Financial Times. « Nous avons besoin de mécanismes de décision européens plutôt que des décisions prises par des comités », plaide-t-il. « On nous donne des responsabilités mais avec tellement de garde-fous nationaux sur toutes nos missions que parfois je suis inquiet de ne pas pouvoir arriver à les effectuer », déplore-t-il encore.

L’union bancaire doit instituer des mécanismes de res­truc­tu­ra­tion et démantèlement des banques non viables, mais à ce jour les Européens n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur la forme que prendra cette « résolution », à qui sera confié le pouvoir de décision et qui en assurera le financement.

L’Allemagne notamment est favorable à une coopération des autorités nationales, tandis que d’autres, dont la Banque centrale européenne (BCE), militent en faveur d’une autorité centrale distincte.
1 commentaire
  • Roxane Bertrand - Abonnée 19 novembre 2013 14 h 27

    Banque centrale

    Dans une société économique où le pouvoir ne siège plus dans un gouvernement législatif mais dans les forces économiques, est-ce une bonne chose que la diversité bancaire disparaisse?

    Si quelques banques privés possèdent l'économie d'un pays, n'avons nous pas une sorte de monarchie?

    La nationalisation des banques comme l'a fait l'Islande donne la chair de poule à plusieurs, mais elle redonne le pouvoir au peuple. Les américains avaient lutté par le passé pour avoir le contrôle de leurs banques, ce qu'ils ont perdu en ce moment.

    Ne serait-ce pas plus sain de nationaliser les systèmes de monnaies?