La Caisse veut miser plus sur les pays émergents

La Caisse de dépôt et placement du Québec accélérera les investissements dans les pays émergents au cours des deux ou trois prochaines années, et ce, sans pour autant tourner le dos aux États-Unis.

 

Le premier vice-président et chef des placements, Roland Lescure, souhaite voir grimper la proportion des actifs de la Caisse dans les économies émergentes à 10 % d’ici « deux, trois ans ». « Évidemment, nous souhaitons davantage investir dans les pays émergents, mais aussi, et surtout, dans le portefeuille Actions Qualité mondiale », a-t-il déclaré, jeudi, à l’occasion d’un colloque de l’Institut de la gouvernance des organisations publiques et privées (IGOPP). L’actif du portefeuille Actions Qualité mondiale — « un portefeuille de grande capitalisation internationale exposé aux cycles émergents » — s’élevait à près de 9,5 milliards de dollars au 30 juin 2013. Les investissements totaux de la Caisse dans les pays émergents s’élevaient à 12,9 milliards en date du 30 juin dernier, soit 7 % des placements.

 

La Caisse de dépôt et placement prête peu attention aux investisseurs chantant sur tous les tons la fin de la « vague émergente ». « Il faut se méfier du consensus comme de son ombre », a fait valoir M. Lescure à un parterre composé de dizaines de gestionnaires de fonds. « Dans les 25 années qui viennent, avec des pays émergents qui vont sans doute contribuer à plus de 70 % de la croissance économique mondiale, on va voir un véritable déplacement énorme du centre de gravité de l’économie. C’est une tendance lourde […] de fond. »

 

D’autres consensus troublent la vision des investisseurs sur les marchés et risquent d’être « intégrés dans [leurs] stratégies d’investissements », comme celui-ci : « La zone euro est enfin sortie d’affaire. »« C’est sans doute une illusion », a estimé le numéro deux de la Caisse, avant de recenser les cinq défis énormes auxquels est confrontée l’Europe. La situation inquiétante du Portugal, de la Grèce, de l’Espagne et de l’Italie, la soif de capital des banques, un euro au plus haut, un taux de chômage, dont celui des jeunes, atteignant un niveau stratosphérique dans certaines régions. L’Union européenne manque cruellement d’une stratégie de croissance coordonnée, selon M. Lescure.

 

Il souscrit cependant au « consensus » voulant que les États-Unis soient en pleine renaissance, malgré les prises de bec dans la capitale, Washington D.C. « Malgré ces chicanes trimestrielles, nous, on est convaincus qu’effectivement les États-Unis, aujourd’hui, sont en train de renaître. […] Il faut avoir en tête la reprise aux États-Unis, ce n’est pas un feu de paille », a affirmé M. Lescure, invitant à ne pas sous-estimer la révolution énergétique. Celle-ci a entraîné la création de deux millions d’emplois au fil des cinq dernières années, a-t-il fait remarquer. C’est sans compter la reprise du secteur manufacturier.

 

La Caisse de dépôt et placement veut « être exposée » à la reprise économique américaine, notamment en accroissant à la fois sa présence dans l’immobilier d’affaires et ses participations dans les grandes entreprises canadiennes qui exportent aux États-Unis, comme Gildan, Magna et le Canadien National.

 

Le chef des placements s’est aussi porté à la défense des 47 milliards de dollars investis au Québec, dont 27 milliards dans les entreprises du Québec. « On connaît bien mieux les entreprises, les entrepreneurs ici que de ce qu’on peut commencer à découvrir dans les pays émergents », a souligné M. Lescure. Il n’a pas manqué l’occasion de se féliciter des résultats de CGI. « Ils sont excellents ! » s’est-il exclamé, vantant l’intégration d’une récente acquisition effectuée par le « champion mondial » au Royaume-Uni.

 

L’équipe de direction de la Caisse a renforcé la capacité de recherche et d’analyse de la Caisse, a souligné M. Lescure, se disant « convaincu que c’est “ la ” marche à suivre pour faire mieux que les indices ». « Pourquoi ? On utilise une fois encore notre avantage compétitif essentiel : le temps. […] C’est un luxe que peu d’investisseurs ont. »

À voir en vidéo