Flaherty anticipe maintenant un surplus de 3,7 milliards en 2015-2016

Jim Flaherty était à Edmonton pour sa mise à jour économique.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jason Franson Jim Flaherty était à Edmonton pour sa mise à jour économique.

L’horizon de l’équilibre budgétaire fédéral en est un des plus changeants, mais après de multiples reports et presque autant de devancements, le gouvernement conservateur a annoncé mardi qu’il a plus que jamais confiance de respecter sa promesse d’afficher un surplus en 2015. Juste à temps pour l’élection. Il entend réussir en instaurant un nouveau gel des dépenses des ministères et grâce à un nombre moins élevé que prévu de chômeurs recevant de l’assurance-emploi.

 

Le budget de mars dernier avait situé le retour à l’encre noire à 2015-2016, avec un maigre surplus de 800 millions de dollars. Mardi, le ministère des Finances a confirmé ce retour à l’encre noire avec plus de confiance encore, le surplus anticipé étant désormais de 3,7 milliards de dollars.

 

« Les budgets équilibrés constituent un signe de stabilité et la mise à jour présentée confirme que nous sommes sur la bonne voie pour remplir notre engagement en matière de budget équilibré », a déclaré M. Flaherty depuis Edmonton, où il se trouvait pour présenter sa mise à jour économique. Le gouvernement conservateur a pris l’habitude de déposer celle-ci les semaines de relâche parlementaire, loin d’Ottawa.

 

Nouveau gel

 

Tel qu’annoncé dans le récent discours du Trône, Ottawa instaure un nouveau gel des dépenses de fonctionnement des ministères. À compter de l’an prochain (2014-2015) et pour deux ans, les ministères verront leurs enveloppes gelées. Si des hausses salariales devaient être consenties aux fonctionnaires, celles-ci devraient être absorbées à l’interne. Ottawa s’attend à économiser du coup 550 millions de dollars la première année et 1,1 milliard la seconde (année électorale). La Défense nationale est exemptée de ce gel, elle qui jouit d’un « facteur de progression » de 2 %.

 

Ces économies anticipées s’ajoutent à l’espoir que les ministères n’utiliseront pas en entier les crédits qui leur sont alloués. Cette tendance s’est lourdement installée à Ottawa depuis que les conservateurs sont au pouvoir. Les crédits inutilisés s’ajoutent aux compressions et gels imposés. Pour l’année qui vient de se terminer, 8,9 milliards ont été inutilisés par les ministères, soit 9 % du total. À l’époque libérale, les crédits inutilisés oscillaient entre 3 et 5 milliards. Les crédits inutilisés ne sont pas expliqués, mais peuvent découler de projets que les ministres tardent à approuver ou de projets d’infrastructure pour lesquels les provinces n’ont pas fourni les documents en appui.

 

Ottawa entend également vendre des actifs (ses 110 000 actions de GM restantes, un terminal charbonnier et des terres publiques en Colombie-Britannique) d’une valeur de 500 millions de dollars la première année et de 1,5 milliard la seconde. Ils seront vendus quand la valeur que le gouvernement peut en tirer sera à son sommet, a-t-on expliqué.

 

Enfin, Ottawa prévoit qu’il versera moins d’assurance-emploi que prévu, et un peu moins de prestations pour les enfants et les aînés, pour une économie anticipée de 1 milliard de dollars cette année et de 1,5 milliard les prochaines années.

 

Pour toutes ces raisons, les soldes budgétaires prévus d’Ottawa s’amélioreront, et ce, malgré les 2,8 milliards qui seront versés à l’Alberta pour les inondations de Calgary et les 60 millions promis à Lac-Mégantic. (Aucune provision n’est faite pour l’instant pour les réclamations futures du Québec à l’égard de cette tragédie ferroviaire.) Ainsi, pour l’année en cours, le déficit devait être de 17,9 milliards (contre 18,7 milliards prévus dans le dernier budget). En 2014-2015, il sera de 5,5 milliards (contre 6,6 milliards). Le retour à l’équilibre est fixé à 2015-2016, avec un surplus de 3,7 milliards (contre 800 millions dans le dernier budget).

 

Le gouvernement conservateur espère fortement équilibrer le budget avant l’élection. Après tout, le parti qui se présente comme le plus fiable sur le plan économique aura enregistré sept déficits consécutifs pendant son règne de neuf ans. En outre, plusieurs de ses promesses électorales phares de 2011 étaient conditionnelles à l’atteinte du déficit zéro et n’ont donc toujours pas été mises en place : fractionnement du revenu pour aider les familles avec la femme au foyer, élargissement du crédit d’impôt pour activité sportive, rehaussement du plafond des contributions aux CELI (compte d’épargne libre d’impôt). D’ailleurs, interrogé sur la possibilité que ces promesses voient le jour avant l’élection, le ministre a dit qu’il n’est pas « un grand fan de dépenser de l’argent qu’on n’a pas ».

 

Un pépin pourrait cependant poindre à l’horizon. Selon la Loi sur les élections à date fixe, Ottawa doit déclencher des élections en octobre 2015, mais au moins quatre provinces (Saskatchewan, Manitoba, Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve) doivent en faire autant au même moment. Ottawa pourrait alors devancer le scrutin au printemps 2014. Élections Canada se prépare d’ailleurs à cette éventualité. Si tel devait être le cas, alors Stephen Harper n’aurait pas encore de surplus à offrir aux électeurs.