Des entrepreneurs qui osent changer le monde - L’ambition de l’Africain

Ashish Thakkar
Photo: Mara Group Ashish Thakkar

Singapour – L’heure de l’Afrique et de ses entrepreneurs est venue, dit le plus jeune milliardaire africain, Ashish Thakkar. « Et nous ne nous contenterons pas de rattraper les pays développés. Nous leur montrerons le chemin. »

 

L’affirmation n’a rien d’une boutade. Le chef d’entreprise de 32 ans la reprend à plusieurs reprises avec calme et aplomb. « Cinquante ans après que les pays africains ont gagné leur indépendance, le continent entreprend son décollage comme l’avaient fait les États-Unis au cours de la première moitié du XIXe siècle. Seulement notre population est beaucoup plus grande et plus jeune, notre territoire est plus riche en ressources naturelles et le nombre de domaines où nous avons des chances d’apporter au monde des innovations est plus grand aussi », a-t-il déclaré en entrevue au Devoir après avoir reçu le prix du jeune entrepreneur de l’année du World Entrepreneurship Forum, dont la sixième édition se tenait à Singapour la semaine dernière.

 

Le président fondateur de Mara Group - un conglomérat actif dans les secteurs financier, manufacturier, immobilier, des communications et même agricole, qui compte 7000 employés dans plus de 26 pays, dont 21 d’Afrique - en veut pour exemple les systèmes de transaction financière par téléphones cellulaires qu’on commence petit à petit à installer en Amérique du Nord et en Asie. « Ces systèmes ont été inventés et développés en Afrique, au Kenya, et sont courants chez nous depuis des années. » Le même phénomène, dit-il, pourrait se répéter pour bien d’autres produits et services liés aux technologies de l’information, dans le secteur de la transformation alimentaire et dans bien d’autres domaines encore. « L’un des grands avantages de l’Afrique est que, contrairement aux pays développés, nous n’avons pas à composer avec toutes sortes d’anciens systèmes dans notre développement et que nous pouvons directement adopter les plus récentes innovations. »

 

Self-made-man

 

Ashish Thakkar sait ce que c’est que de partir de rien. D’origine indienne, ses parents ont dû tout abandonner dans leur pays d’adoption, l’Ouganda, pour fuir la dictature d’Idi Amin Dada. Après être parvenus à se refaire une vie au Royaume-Uni, ils choisissent de tout vendre afin de revenir au Rwanda, mais sont forcés, par le génocide, de fuir et de tout abandonner de nouveau seulement quelques mois plus tard. De retour en Ouganda avec sa famille, le jeune Ashish abandonne l’école à 15 ans pour se lancer en affaires. À l’époque, il se rend à Dubaï pour remplir ses valises d’équipements informatiques achetés au rabais qu’il revend plus cher de retour dans son pays. Sa petite affaire prendra graduellement de l’expansion, jusqu’à devenir une multinationale.

 

Un autre grand avantage de l’Afrique, note Ashish Thakkar, est la taille de sa population équivalente, avec plus d’un milliard d’habitants, à celle de la Chine ou de l’Inde. « La grande différence est que nous comptons 54 pays à l’histoire, à la culture et à la politique souvent bien différentes. C’est une difficulté, mais c’est aussi une chance pour ceux qui connaissent bien la réalité du terrain. »

 

Place aux jeunes

 

L’Afrique peut également compter sur l’extrême jeunesse de sa population, la moitié des Africains ayant moins de 15 ans. Pour permettre l’envol économique du continent, il faut donner de l’emploi à tous ces jeunes, dit le jeune chef d’entreprise. Pour ce faire, « on ne doit pas compter sur les investissements étrangers ni sur les grandes sociétés, mais sur la création de centaines de milliers de petites et moyennes entreprises ».

 

Ashish Thakkar dit percevoir chez les jeunes Africains « une ambition, une faim » entrepreneuriale. « Le problème est qu’ils manquent de modèles, les parents de la plupart d’entre eux étant soit agriculteurs, soit fonctionnaires. Ils ne savent pas vers qui ou vers quoi se tourner pour demander conseil. »

 

Pour les aider, le jeune chef d’entreprise a créé une fondation qui a mis en place, entre autres, une grande plateforme électronique offrant de la formation, des conseils et de l’écoute à plus de 160 000 entrepreneurs déjà. La fondation Mara finance aussi des incubateurs d’entreprises et un fonds de capital de risque.

 

L’un des objectifs de la fondation est d’aider le même nombre de femmes que d’hommes. « Ma mère et mes deux soeurs ont autant l’esprit entrepreneurial que les hommes de la famille. Durant toute ma jeunesse, j’ai vu ma mère être traitée différemment de mon père même si elle était aussi brillante et travaillait aussi fort que lui. Tout le monde devrait avoir droit au même environnement d’affaires. Surtout que les femmes sont généralement plus fiables en la matière. »

 

À la conquête des étoiles

 

Les yeux déjà brillants lorsqu’il parle de son entreprise et de sa fondation, Ashish Thakkar s’anime un peu plus encore lorsqu’il évoque le voyage peu ordinaire qu’il devrait entreprendre quelque part d’ici l’été. Il sera l’un des premiers passagers qu’emportera pour un vol suborbital la firme privée Virgin Galactic, de son confrère milliardaire le Britannique Richard Branson. « Ça fera de moi le deuxième Africain à aller dans l’espace, dit l’homme d’affaires, soudainement redevenu un petit garçon. Ce sera pour moi une autre façon d’illustrer que l’Afrique est prête à faire sa marque partout. »

 

 

 

Le Devoir était l’invité du World Entrepreneurship Forum qui s’est tenu du 30 octobre au 2 novembre à Singapour.

2 commentaires
  • LAURENT PRADIES - Inscrit 9 novembre 2013 03 h 37

    médiocrité

    voilà ce qui est valorisé , l'accumulation d'argent pour l'argent, le "toujours plus pour moi", apologue du "moi-je" ...tout ce qu'il y a de plus médiocre et abject dans l'humanité, voilà ce que l'on valorise...alors ces individus limités devraient être pointés du doigt

  • Normand Chaput - Inscrit 9 novembre 2013 11 h 43

    c'est de la contrebande

    acheter du matériel électronique dans un pays et le transporter dans un autre pour le revendre avec profit est de la contrebande à moins de le déclarer et de payer des frais tellement exorbitants qu'ils n'y a plus d'argent à faire avec cela.