La BCE réduit son principal taux directeur à 0,25%

Mario Draghi
Photo: Agence France-Presse (photo) Daniel Roland Mario Draghi

Francfort — La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi de baisser son principal taux directeur, le portant à un nouveau plus bas historique, prenant ainsi par surprise analystes et marchés.

 

Le loyer de l’argent en zone euro a été porté à 0,25 % alors qu’il stationnait à 0,5 % depuis mai. La très grande majorité des analystes s’attendaient à ce que la BCE résiste, du moins ce mois-ci, aux appels de certains investisseurs et responsables politiques à abaisser son taux directeur pour lutter contre le spectre de la déflation, engrenage synonyme de baisse des prix mais aussi de diminution des salaires et de l’activité économique. L’inflation en zone euro a atteint en octobre un plus bas depuis fin 2009, à 0,7 %, bien loin de l’objectif de la BCE de le maintenir proche de 2 %.

 

« La BCE vient de surprendre la plupart des analystes, nous y compris », a commenté Carsten Brzeski, économiste de ING qui se dit « stupéfait ». « Les risques de déflation et l’euro fort semblent avoir motivé cette décision », poursuit-il, jugeant que la BCE sous la présidence de l’italien Mario Draghi « est devenue bien plus pro-active que sous ses prédécesseurs ».

 

« C’est le timing qui est une surprise, non ladécision elle-même », a estimé Bruno Cavalier, d’Oddo Securities. « En dessous de 1 %, on entre dans une zone où l’écart par rapport à la cible d’inflation de 2 % met en jeu la crédibilité de la BCE », expliquait-il récemment. Tout en considérant que la zone euro était potentiellement au seuil d’une « période prolongée d’inflation basse », le président de la BCE Mario Draghi a dit ne pas anticiper de déflation, lors de sa conférence de presse mensuelle de politique monétaire.

 

Alors que le ministre français de l’Économie Pierre Moscovici a salué une « bonne nouvelle […] limitant les risques de déflation », les places boursières de Francfort et Paris ont réagi de manière enthousiaste à la baisse de taux. Les taux d’emprunt à 10 ans de l’Espagne et de l’Italie ont baissé sur le marché secondaire où s’échange la dette déjà émise. Quant à l’euro, dont l’appréciation commençait à inquiéter des pays comme la France et l’Italie, il est tombé peu après l’annonce à son plus bas niveau depuis mi-septembre face au dollar, même si M. Draghi a affirmé que l’euro fort n’avait joué « aucun rôle » dans la décision de baisser le taux directeur.

 

La BCE pas désarmée

 

Pour autant, peu de résultats sont à attendre de cette décision, juge Holger Schmieding, de la banque Berenberg car « les taux étaient déjà très bas ». « Nous ne nous attendons pas non plus à ce que cela cause des dégâts. Les risques d’inflation sont exceptionnellement modérés, y compris en Allemagne, qui importe la moitié decequ’elle consomme », estime-t-il, alors que la Banque centrale allemande a récemment mis en garde contre la hausse des prix immobiliers dans le pays, un phénomène qu’elle lie directement aux taux faibles.

 

La baisse de taux rassure par ailleurs sur le crédit à accorder au « biais baissier » adopté par la BCE en juillet. Elle s’était engagée à laisser ses taux à leur niveau faible actuel, voire à les baisser encore. Un engagement réitéré jeudi, alors que certains s’interrogent sur les marges de manoeuvre qu’il reste à l’institution monétaire de Francfort si la situation devait se dégrader. « Nous n’avons pas atteint encore les limites » de notre action, a rétorqué M. Draghi, soulignant que la BCE pouvait encore baisser ses taux et disposait d’un large éventail d’instruments dans son « artillerie ».

 

Le conseil des gouverneurs pourrait ainsi décider de réduire sous 0 % son taux de dépôt auquel les banques placent de l’argent chez elle pour 24 heures. Un pas qu’il hésite à franchir depuis des mois. « Nous sommes techniquement prêts », a répété M. Draghi.

 

Un éventuel prêt à long terme aux banques de la région, à l’image des deux accordés fin 2011 et début 2012, pourrait également être à l’ordre du jour. Pour le moment, la BCE s’est contentée d’allonger d’un an, jusqu’à mi-2015, ses allocations illimitées et à taux fixe de liquidités à une semaine, un mois et trois mois.

 


Par Ouerdya Ait Abdelmalek

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