L’«écotaxe» de la discorde

Le mouvement des « Bonnets Rouges », à l’origine de la fronde contre la nouvelle « écotaxe » touchant les poids lourds en Bretagne, tend à se durcir.
Photo: ?Gween Saliou Associated Press Le mouvement des « Bonnets Rouges », à l’origine de la fronde contre la nouvelle « écotaxe » touchant les poids lourds en Bretagne, tend à se durcir.
Paris – Le gouvernement socialiste français cherche à trouver la parade à un mécontentement social généralisé, attisé par une multiplication de restructurations d’entreprises et un ras-le-bol fiscal qui provoquent notamment dans l’ouest un mouvement de contestation hétéroclite.

Le président François Hollande a insisté mercredi sur la nécessité de dialoguer dans le respect de la loi et de mobiliser toutes les forces en faveur des entreprises en difficulté, des paroles qui restent à concrétiser dans des actes.

Selon le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, 15 000 emplois ont ainsi été perdus en 18mois dans plus de 1000 entreprises en difficulté. Mais « dans la plupart des cas », l’outil industriel a été conservé, insiste M. Montebourg. La liste de ces entreprises en difficulté ne cesse de s’allonger avec 736 plans sociaux déposés entre janvier et septembre, soit 16 % de plus qu’à la même période en 2012.

Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a aussi prôné la concertation dans la crise en Bretagne, alors que le mouvement des « Bonnets Rouges » à l’origine de la fronde contre une nouvelle taxe — l’« écotaxe » — touchant les poids lourds dans cette région, tend à se durcir. L’exécutif a suspendu la semaine dernière « l’écotaxe » mais les opposants veulent sa suppression définitive. L’ultimatum n’est « pas la bonne méthode », a fait valoir M. Ayrault, qui a appelé « tous les acteurs politiques, économiques, sociaux » à « se mettre autour de la table ».

Le préfet de région a lancé mercredi à Rennes une série de réunions pour mettre au point un « pacte d’avenir pour la Bretagne » destiné à donner un nouveau souffle à une région frappée par la crise de la filière agroalimentaire et celle du secteur automobile. « Le gouvernement est prêt à aller vite », a assuré M. Ayrault qui a souhaité pouvoir signer lui-même le contrat avant fin novembre.

La situation est d’autant plus sensible à l’approche d’élections municipales et européennes en 2014 que le mécontentement de la Bretagne, une terre acquise jusqu’à présent à la gauche, pourrait s’exprimer dans les urnes.

Des élus de gauche figurent parmi les contestataires comme le maire de la ville de Carhaix, Christian Troadec, qui a participé à la manifestation qui a réuni samedi à Quimper entre 15 000 et 30 000 personnes coiffées de bonnets rouges — en référence à une révolte antifiscale en Bretagne au XVIIe siècle.

Ce mouvement des « Bonnets Rouges », qui dépasse les traditionnels clivages gauche-droite et a pris de court les syndicats, est un mélange de petits patrons, d’agriculteurs, de salariés, d’élus, auxquels se sont ajoutés défenseurs de l’autonomie régionale et opposants au mariage homosexuel, en bref tous les mécontents de la politique menée depuis mai 2012 par François Hollande.

Le président et son premier ministre sont au plus bas dans les sondages, 75 % des Français n’approuvant pas l’action du premier, et 69 % celle du second, selon une enquête de l’institut Ifop diffusée mardi.

Crainte d’une « bouffée » de violence

Pour l’heure, ce mouvement n’a pas fait tâche d’huile en France, malgré la montée des exaspérations constatée par tous les observateurs. Mais face aux annonces quasi quotidiennes de destructions d’emploi et sur fond de ras-le-bol fiscal, une « bouffée » de violence sociale est à craindre.

Pour le politologue Jean-Marie Pernot (Institut de recherches économiques et sociales), le risque de propagation est « la question que tout le monde se pose » et « avec un pouvoir politique qui donne parfois des signes d’évanescence, ça peut être dangereux ».

Les actions violentes se multiplient en Bretagne où des salariés de Tilly-Sabco [volaille] ont défoncé lundi la grille de la sous-préfecture de Morlaix et où des bornes ou portiques chargés de récolter l’« écotaxe » ont été détruits, mais aussi dans le Nord où les salariés de la papeterie VB Goossens, en redressement judiciaire, ont piégé leur usine avec des bouteilles de gaz.

Les autorités feront « preuve de fermeté » à l’égard des auteurs de violences ou de destructions, a averti mercredi le gouvernement.

Les salariés de La Redoute, l’un des leaders de la vente à distance basée dans le nord, sur le point d’être vendue, vont manifester jeudi pour protester contre la menace de suppression d’au moins 700 emplois sur 3300.

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