Québec n’a pas renoncé à une transformation locale des diamants

La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet a affirmé mardi qu’elle souhaitait que des diamants québécois soient transformés ici. Elle a fait part de son souhait au cours d’un point de presse tenu avec le président de Stornoway Diamond, Matt Manson, et le chef des opérations de la minière, Patrick Godin.
Photo: - Le Devoir La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet a affirmé mardi qu’elle souhaitait que des diamants québécois soient transformés ici. Elle a fait part de son souhait au cours d’un point de presse tenu avec le président de Stornoway Diamond, Matt Manson, et le chef des opérations de la minière, Patrick Godin.

Après avoir renoncé, sous les libéraux, à la transformation du diamant, le gouvernement du Québec a décidé de rouvrir la porte. La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a affirmé mardi que des « discussions » sont en cours avec la minière Stornoway Diamond Corporation, qui exploitera plusieurs milliards de dollars de ces pierres précieuses avec la première mine du genre au Québec.

 

« Les discussions avec Stornoway sont concrètes », a dit la ministre, et elles sont en cours depuis « plusieurs mois ». Elle a fait cette annonce en répondant à une question du Devoir dans le cadre d’une conférence de presse organisée avec Stornoway pour vanter le « succès » de la collaboration entre le gouvernement et la minière pour le prolongement de la route 167. Celui-ci permettra à l’entreprise d’exploiter le projet diamantifère Renard.

 

« Notre volonté, c’est de créer des emplois au Québec. Donc, nous sommes à examiner à quel niveau de transformation sont les opportunités, de façon à développer des emplois », a fait valoir Mme Ouellet, avare de précisions. Mais, selon ce qu’elle a ajouté, le gouvernement pourrait tenter d’attirer ici des « joueurs compétents dans le milieu du diamant pour pouvoir avancer du côté de la transformation ». Ceux-ci seraient liés à l’industrie de la joaillerie, puisque tous les diamants qui seront tirés du sous-sol des monts Otish, au nord de Chibougamau, y sont destinés.

 

Le chef des opérations de Stornoway, Patrick Godin, n’a pas donné davantage de précisions que la ministre. « Nous sommes un producteur de diamants bruts. Mais l’opportunité de faire de la seconde transformation sous une forme ou sous une autre est une chose qu’on contemple actuellement. Toutefois, notre priorité pour le moment, c’est de construire la mine », a-t-il répondu lorsque questionné sur la transformation.

 

Changement de cap ?

 

Même si rien de concret n’a encore été annoncé, les propos de la ministre Ouellet et de la direction de Stornoway diffèrent sensiblement de ce qui prévalait avant l’élection du Parti québécois.

 

En mars 2012, Le Devoir révélait que tous les diamants qui seront exploités par la minière - dont l’État est actionnaire à 37 % - prendront la route d’Anvers, en Belgique. Environ 80 % des diamants bruts de la planète y sont vendus. Et comme plusieurs autres industries, celles de la taille et du polissage des diamants se sont déplacées en Asie, surtout en Inde et en Thaïlande. C’est donc probablement là qu’ils seront transformés avant de revenir ici dans les comptoirs des bijoutiers.

 

À l’époque, Stornoway avait alors fait valoir qu’en tant que société minière, son rôle se limitait à l’exploitation des pierres et à leur vente sur les marchés internationaux.

 

L’ex-premier ministre Jean Charest avait pourtant déjà rêvé de faire tailler et polir des diamants canadiens au Québec. En 2004, son gouvernement s’était même vanté d’avoir attiré ici une société internationale spécialisée dans le traitement du diamant. L’usine prévue à Matane a finalement fermé en 2009. Trois autres projets de tailleries lancés quelques années auparavant n’ont pas survécu, malgré l’aide de Québec.

 

Dans sa stratégie minérale publiée en 2009, le gouvernement Charest avait néanmoins signifié sa volonté que 10 % de la production de diamants soit transformée ici. Rien n’a été fait par la suite.

 

Il faut dire que les libéraux ont aussi vertement dénoncé la volonté des péquistes d’accroître la transformation de minerais au Québec.

 

Route 167

 

Critiquée depuis sa nomination par le lobby minier, Martine Ouellet a par ailleurs vanté mardi l’entente signée entre le gouvernement et Stornoway au sujet de la route 167. Cette entente était en fait une renégociation d’une autre entente signée sous les libéraux.

 

Québec a finalement déboursé 300 millions de dollars pour la construction de cette route. L’État québécois assumera aussi la totalité de la facture de l’entretien du premier tronçon de 143 kilomètres de cette route de 240 kilomètres, soit un peu plus de 700 000 $ par année. Québec a également accordé un prêt avec intérêts à Stornoway de 77 millions de dollars, amorti sur 15 ans, afin de payer le segment de 97 kilomètres du chemin minier ainsi que la construction de l’aérodrome qui desservira la mine.

 

Selon Mme Ouellet, il s’agit d’une bonne décision. La construction de la phase d’exploitation de la mine devrait coûter plusieurs centaines de millions de dollars à Stornoway. Mais le gisement vaut plusieurs milliards de dollars, selon ce qu’a précisé mardi M. Godin.

 

La minière estime qu’elle contrôle des « réserves » équivalant à 11 années d’exploitation. Son plan d’affaires évoque toutefois une mine qui pourrait être en production durant 20 ans. Elle devrait en extraire deux millions de carats par année, à une valeur moyenne de 200 $ le carat. « Nos revenus bruts vont varier entre 320 et plus de 400 millions de dollars par année », a dit M. Godin.

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