Un ton alarmiste inutile, dit Marois

Pauline Marois : « Nous sommes en discussion avec Alcoa, et ce, au plus haut niveau. […] C’est une industrie majeure très importante pour le Québec. Elle est ici depuis longtemps. Elle y est pour y demeurer. »
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Pauline Marois : « Nous sommes en discussion avec Alcoa, et ce, au plus haut niveau. […] C’est une industrie majeure très importante pour le Québec. Elle est ici depuis longtemps. Elle y est pour y demeurer. »

Le vent de panique soufflant sur les trois usines québécoises du géant de l’aluminerie Alcoa est disproportionné, a fait valoir mercredi la première ministre du Québec, Pauline Marois. Après s’être dite « un peu étonnée » de la menace de fermeture des usines de Baie-Comeau, Bécancour et de Deschambault brandie par la multinationale américaine, la chef de gouvernement a jugé « très alarmiste » le ton adopté par Alcoa. « Inutilement. »

 

Dans un préavis à Hydro-Québec, l’aluminerie s’est réservé le droit, mardi, de mettre fin à son contrat d’approvisionnement de 350 mégawatts à compter du 1er novembre 2014 si ses tarifs d’électricité ne sont pas revus à la baisse.

 

Alcoa pourrait ainsi freiner sa consommation d’électricité à l’automne 2014 à l’abri de toute pénalité de la part de la société d’État, puis mettre la clé sous la porte de ses installations de Baie-Comeau, Bécancour et Deschambault à l’expiration de son contrat à partage de risque, le 1er janvier 2015. Environ 3000 personnes y sont à pied d’oeuvre.

 

Soulignant avoir confié au secrétaire général du Conseil exécutif, Jean St-Gelais, et à son directeur de cabinet adjoint, Dominique Lebel, le soin de trouver un terrain d’entente avec Alcoa, la première ministre s’est toutefois refusée à « négocier […] sur la place publique ». « Nous sommes en discussion avec Alcoa, et ce, au plus haut niveau. […] C’est une industrie majeure très importante pour le Québec. Elle est ici depuis longtemps. Elle y est pour y demeurer », a affirmé Mme Marois.

 

Si rien n’est fait, le Premier de l’an 2015, Alcoa verra sa facture d’électricité grimper de 60 %, dès qu’elle sera frappée du tarif régulier grande puissance d’Hydro-Québec (tarif L). La note annuelle d’Alcoa auprès d’Hydro-Québec, bondirait de 350 à 570 millions de dollars.

 

Le Québec se retrouve devant cette situation en raison de l’ancien gouvernement, a fait remarquer le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau. « Soyons clairs, la situation dans laquelle nous nous trouvons, ça découle du budget 2010-2011 d’un autre gouvernement qui avait annoncé que dans les contrats qui étaient secrets, on allait cheminer vers le tarif L. C’est une décision dont nous avons hérité », a-t-il déploré.

 

Signaux d’alarme

 

Le gouvernement péquiste aurait dû décoder les « signaux d’alarme » lancés depuis « des mois » par l’industrie de l’aluminium et réagir « à l’évolution du marché mondial [de l’aluminium] qui a changé », a répliqué le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard. « Le tarif d’électricité, qui a longtemps été notre grand atout de compétitivité, devient de moins en moins compétitif face aux coûts d’électricité qui sont offerts dans le monde », a-t-il souligné.

 

M. Couillard a appelé le gouvernement à rendre les tarifs de nouveau attrayants aux alumineries ancrées au Québec en échange d’un « engagement ferme » de leur part à l’égard du maintien des emplois dans leurs installations. « Il est temps que ce gouvernement-là sorte des nuages », a-t-il poursuivi.

 

À l’occasion de la période de questions, ses troupes ont accusé le gouvernement Marois de mener une vaste opération de « sabotage économique », en laissant tomber un à un les secteurs clés de l’économie québécoise. Le chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Fournier, a déploré une « véritable catastrophe », avant de tomber à bras raccourcis sur la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet. « Le préavis de fermeture, c’est un autre cadeau empoisonné de la ministre antiéconomie », a-t-il décrié.

 

Aux yeux du ministre Marceau, « plusieurs types de solutions » peuvent être envisagés à ce moment-ci pour accroître la compétitivité de l’industrie de l’aluminium québécoise. « Maintenant, le Québec est un endroit très compétitif déjà. Et on va s’assurer de demeurer compétitif, a dit M. Marceau. Il n’est aucunement envisageable qu’Alcoa s’en aille ! »

 

Jugeant « préoccupante » la situation à Alcoa, un « joueur important au Québec »,Mme Ouellet a néanmoins répété : le tarif L d’Hydro-Québec se situe « dans la moyenne des tarifs du côté de l’aluminium ». Par ailleurs, il s’agit d’une source d’« énergie verte », a-t-elle ajouté.

 

Même si elle produit à un coût très bas la quasi-totalité de l’énergie dont ses installations requièrent, Rio Tinto Alcan réclame elle aussi une réduction draconienne des tarifs d’électricité de l’industrie manufacturière québécoise.

 

Les trois quarts des alumineries sur la planète s’approvisionnent en énergie à moindre coût qu’au Québec, déplore l’Association de l’aluminium du Canada.

 

La députée de Champlain, Noëlla Champagne, ne croit pas à un coup de bluff de la compagnie Alcoa, qui détient une vingtaine d’installations dans huit États différents. « Je ne dirais pas “ bluff ”», a-t-elle lancé avant d’ajouter : « Quand on est en négo, parfois tous les moyens sont bons. » Le gouvernement se doit d’être « très très très vigilant ». « On a déjà eu avec Gentilly-2 des pertes d’emplois. […] Je suis convaincue qu’on va arriver à une solution », a déclaré l’élue péquiste.

 

Le directeur de l’Association québécoise des consommateurs industriels d’électricité (AQCIE), Luc Boulanger, a fait valoir mercredi que des investissements ont été retardés chez certains de ses 51 membres en raison de la hausse prochaine du tarif L. « Il y a des projets d’amélioration ou d’augmentation de production qui ne se feront pas », a-t-il indiqué à La Presse canadienne. Pour ceux bénéficiant déjà du tarif grande puissance, un feu vert de la Régie de l’énergie à la hausse du taux de rendement d’Hydro-Québec pourrait faire gonfler jusqu’à près de 4,5 ¢ le coût d’un kilowattheure d’électricité.

 

D’autre part, M. Boulanger reproche au gouvernement du Québec de courtiser les entreprises énergivores étrangères avec des bas tarifs au détriment de celles déjà implantées dans la province. « Si le gouvernement veut faire de la promotion en baissant son tarif L, il devrait peut-être fermer la porte d’en arrière aussi, parce que ceux qui sont au Québec depuis longtemps vont songer à délocaliser leur production. »

 

 

Avec La Presse canadienne

7 commentaires
  • Charles F. Labrecque - Inscrit 31 octobre 2013 07 h 44

    Retombés

    Il n'est pas surprenant d'entendre les industries du secteur de l’aluminium s'alarmer au sujet des coûts de l'énergie, puisque le parti québécois lorsqu'il était dans l'opposition,plusieurs membres n'ont pas cessés de crier haut et fort qu'il n'était pas question que l'énergie appartenant au peuple québécois soit donnée aux industries. Et bien voilà que leurs grands principes populistes, leur pété en plein visage.

  • Robert Côté - Inscrit 31 octobre 2013 07 h 55

    Toujours le même chantage

    Les multinationales ont toujours la même attitude.Elle courtisent pour obtenir subventions et autres avantages.Lorsque le marché est en baissent elles menacent de délocliser ou de couper les emplois.
    Excellents'' citoyens corporatif'' elles empochent tous les bénéficent pour leurs actionnaires n'hésitant pas à laisser des pans entier de société dans la misère lorsque les affaires vont moins bien.La solidarité socialle,elle ne connaissent pas.
    Papetières,minières,pétrolières...elles disent toutes être là pour notre bien-être collectif. VRAIEMENT ?

  • André Guay - Abonné 31 octobre 2013 09 h 20

    Maître chez-nous?

    Et si on nationalisait la production d'aluminium!

  • Marcel Bernier - Inscrit 31 octobre 2013 10 h 18

    De la fermeté...

    Le gouvernement Marois se doit d'être ferme vis-à-vis ces multinationales et leurs dirigeants puisque c'est l'ensemble de la collectivité qui paye pour ces passe-droits.
    Lorsque le gouvernement cède, c'est la porte ouverte et la pente glissante vers d'autres demandes tout aussi farfelues, sachant que les bonnes pratiques d'affaires prohibent de telles tactiques et que les coûts de délocalisation sont faramineuses et donc hors de question dans l'esprit de ces administrateurs.

    • Danielle - Inscrit 31 octobre 2013 12 h 31

      Oui, beaucoup de fermeté et tenir bon.

  • Stéphane Doré - Inscrit 31 octobre 2013 12 h 33

    La seule électricité capable de compétionner la nôtre est tirée du pétrole et du gaz - donc non renouvelable

    Que le Québec tienne son bout et ne donne pas son électricité à l'industrie. Sinon, ce qui se passera c'est que les hausses de coût vont être poussées au résidentiel.