L’entente est plutôt bien reçue au Québec

Le chef libéral Philippe Couillard a rendu hommage à son prédécesseur, Jean Charest.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le chef libéral Philippe Couillard a rendu hommage à son prédécesseur, Jean Charest.

L’accord de libre-échange Canada-Union européenne reçoit un satisfecit quasi généralisé. D’abord par le gouvernement Marois, qui retient que l’AECG procurera au Québec un accès aux marchés publics de l’UE qu’il estime à quelque 3000 milliards de dollars annuellement. Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a estimé que le jeu en valait la chandelle lorsqu’on considère que la portion du marché public québécois qui sera accessible est évaluée à quelque 25 milliards.

 

De son côté, le chef de l’opposition officielle, Philippe Couillard, a aussi salué l’entente. Il s’est également dit confiant pour les producteurs laitiers et de fromage du Québec. « J’ai confiance dans la grande qualité des produits québécois, a affirmé le chef libéral. Je suis certain que nos fromages peuvent concurrencer ceux du reste du monde. » M. Couillard a également affirmé que c’est l’appartenance à la fédération canadienne qui avait permis au Québec de profiter de l’Accord, tout en désirant rappeler que son prédécesseur, Jean Charest, a été l’instigateur du déclenchement de ces négociations.

 

La Coalition avenir Québec applaudit également. « Pour les uns, il s’agit de l’ouverture d’un marché d’un demi-milliard de consommateurs supplémentaires pour exporter les produits québécois sans barrière à l’exportation. Pour les autres, il s’agit de l’arrivée sur le marché de nouveaux produits qui augmenteront la concurrence et entraîneront une diminution des prix. En définitive, ce sont aussi des milliers d’emplois qui pourraient être générés ici grâce à cette entente. » La CAQ a toutefois indiqué qu’elle allait suivre de très près le gouvernement péquiste pour qu’il s’assure d’obtenir les compensations nécessaires pour les producteurs de fromages québécois.

 

Ailleurs, la CSN a réclamé un débat public. « Le gouvernement du Québec doit mener une large consultation sur l’AECG. Ce dernier ne sera pas sans avoir des impacts majeurs sur notre économie ainsi que sur notre capacité à maintenir notre autonomie sur le plan des prises de décisions gouvernementales en certaines matières. »

 

L’organisation syndicale soutient que « nous déplorons depuis longtemps le secret entourant ces négociations. Maintenant, tous les textes doivent rapidement être rendus accessibles. Nous nourrissons des craintes légitimes, par exemple sur les impacts de l’accès des compagnies européennes à nos marchés publics ».

 

Pour sa part, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) accorde un appui enthousiaste. « À notre avis, l’entente présentée aujourd’hui permettra d’établir une collaboration accrue avec nos partenaires économiques européens et facilitera la mobilité des biens, des services et de la main-d’oeuvre. Un tel accord contribuera à diversifier nos marchés et à attirer des investissements importants qui généreront une prospérité durable bénéfique pour l’ensemble des Québécois et des Canadiens », a souligné le président du CPQ, Yves-Thomas Dorval.

 

Il reprend les paramètres des documents déposés vendredi. « Le Canada accédera à un marché additionnel de plus de 500 millions de consommateurs européens. Lorsque l’accord prendra effet, d’ici deux ans, environ 98 % des tarifs en vigueur dans l’Union européenne pour presque tous les biens manufacturés tomberont presque immédiatement et seul le Canada aura un tel accès privilégié au marché européen à ce moment. Dans le domaine agricole, 94 % des tarifs seront éliminés. Seuls quelques biens bénéficieront d’une période de sept ans pour s’intégrer, ce qui fera passer le total à 95 % des tarifs éliminé sur les produits agricoles. »

 

Élimination des écueils

 

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) salue également l’entente. « C’est une bonne nouvelle pour les entreprises qui font déjà des affaires avec l’Union européenne ou qui envisagent de le faire », a déclaré Martine Hébert, vice-présidente, Québec. Des sondages réalisés auprès des membres de la FCEI indiquent que de nombreuses PME aimeraient accroître le volume des produits et services qu’elles achètent et vendent de l’autre côté de l’Atlantique, mais se heurtent aux écueils suivants:

  • fluctuation de la valeur du dollar canadien (67 %) ;
  • coûts liés à la vente ou à l’achat de produits et services étrangers, tels que les frais d’expédition (45 %) ;
  • tarifs et droits de douane élevés (28 %) ;
  • variation des règles et des normes entre les pays (21 %).

Indifférence européenne

 

Enfin, l’Association minière du Canada (AMC) s’est dite ravie et parle de progrès. Le président et chef de la direction de l’AMC, Pierre Gratton, a fait ressortir qu’« au Canada, l’UE est le deuxième marché d’exportation en importance pour les métaux canadiens, le troisième marché en importance pour les non-métaux et le quatrième marché en importance pour les combustibles minéraux […] Au moment de sa mise en oeuvre, le nouvel accord permettra de supprimer 98 % des droits de douane européens et canadiens, tout en éliminant progressivement les droits restants au fil du temps ».

 

L’enthousiasme canadien détonnait cependant avec la quasi-indifférence en Europe. Le quotidien Le Monde résumait ainsi le contenu de l’accord. « Ottawa a finalement accepté de doubler les importations de fromages européens, pour augmenter légèrement ses exportations de viande de boeuf vers les Vingt-Huit. L’accord prévoit surtout une forte baisse des droits de douanes. L’échange de services devrait lui aussi être largement ouvert, sauf les activités dûment listées, comme l’éducation, l’audiovisuel, ou la santé. Enfin, les provinces canadiennes devraient ouvrir leurs appels d’offres publics aux fournisseurs européens. »

 

Et Le Monde de rappeler que « c’est la première fois que l’UE signe un tel accord de libre-échange avec un pays industrialisé, membre du G8, même si le Canada n’est que son douzième partenaire commercial ».