Libre-échange Canada-UE - Le secteur porcin québécois salue l’ouverture d’un nouveau marché

Première industrie agricole exportatrice du Québec, le secteur porcin québécois espère avoir la chance de prendre enfin plus solidement pied dans un marché qui pourrait lui rapporter ainsi de 200 à 300 millions en ventes supplémentaires.
Photo: Charlie Neibergall AP Première industrie agricole exportatrice du Québec, le secteur porcin québécois espère avoir la chance de prendre enfin plus solidement pied dans un marché qui pourrait lui rapporter ainsi de 200 à 300 millions en ventes supplémentaires.
L’entente commerciale annoncée entre le Canada et l’Union européenne ne fera pas que des malheureux dans le secteur agricole québécois.

« C’est très, très positif pour nous », s’est réjoui au Devoir jeudi le président de la Fédération des producteurs de porc du Québec, David Boissonneault. « Comme chacun le sait, les dernières années n’ont pas toujours été faciles pour nous et cette ouverture en Europe pourrait nous aider à solidifier nos exportations. »

Première industrie agricole exportatrice du Québec, avec 1,4 milliard d’exportations représentant 70 % de sa production et destinées principalement aux États-Unis, au Japon et à la Russie, le secteur porcin québécois espère avoir la chance de prendre enfin plus solidement pied dans un marché qui pourrait lui rapporter ainsi de 200 à 300 millions en ventes supplémentaires. « Ce qu’il y a de bien en Europe, c’est qu’il y a une grande demande pour les coupes [de viande] nobles », à plus forte valeur ajoutée, explique David Boissonneault.

Ottawa a confirmé, mercredi, avoir trouvé avec l’Union européenne un compromis sur la délicate question agricole dans le cadre de leurs négociations sur un projet d’Accord économique et commercial global (AECG). On y cache de plus en plus mal, depuis, que, si le premier ministre, Stephen Harper, a rapidement pris le chemin de Bruxelles, en Belgique, c’est pour y annoncer, ce vendredi, la conclusion d’une entente de principe sur l’ensemble des négociations, aux côtés du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

L’avenir du fromage québécois

Cette entente, conclue au terme de plus de quatre ans de négociations, aurait été rendue possible grâce à un dernier compromis dans lequel le Canada aurait obtenu pour son boeuf et son porc un meilleur accès au marché européen, pour une valeur d’environ 1 milliard, en échange d’une multiplication par 2 (d’environ 13 000 tonnes à 30 000 tonnes par année) des quotas de fromage européen dans son marché sous gestion de l’offre. De nombreuses voix du secteur agricole ont immédiatement dénoncé ce compromis qui porte essentiellement sur les fromages fins (16 000 des 17 000 tonnes supplémentaires accordées) et qui risque de faire particulièrement mal au Québec, où plus de 60 % de la production canadienne de fromages fins et artisanaux se concentre.

En rapide développement depuis quelques années, l’industrie fromagère québécoise compterait, en plus des deux géants Saputo et Parmalat, une vingtaine d’entreprises de taille intermédiaire et environ 70 petites fromageries, dont une cinquantaine utilisant le lait de vache, une quinzaine le lait de chèvre et quelques-unes le lait de brebis, selon le Conseil des industriels laitiers du Québec. « Ceux qui sont parvenus à établir leur marque réussiront probablement à s’adapter, mais l’augmentation du volume des importations sera tout simplement trop importante et trop rapide pour que tous puissent le faire », a déclaré au Devoir son président, Pierre Nadeau. Leur lutte, sur les marchés canadien et européen, risque d’être d’autant plus inégale que les producteurs de lait européens seraient subventionnés à plus de 60 %.

Place au débat

Ottawa cherchait jeudi à se faire rassurant. L’augmentation de la consommation de fromage au Canada (8000 tonnes par année) aura probablement rattrapé et même dépassé le volume des nouveaux quotas alloués lorsque l’AECG entrera en vigueur. Des « mesures compensatoires ciblées et transitoires » seront aussi offertes aux producteurs de lait qui auraient du mal à vendre toute leur production, a-t-on fait savoir.

Les négociations de l’AECG sont considérées comme les plus ambitieuses entreprises par le Canada depuis 25 ans de par le nombre et l’ampleur des enjeux abordés. Elles portent, entre autres, sur le commerce des biens et des services, les contrats publics, la durée des brevets pharmaceutiques, les normes sanitaires et environnementales, la protection des investisseurs et la mobilité de la main-d’oeuvre.

Au risque d’en décevoir certains, le Canada et l’Europe ne pourront probablement pas dévoiler le texte de leur entente de principe ce vendredi, a prévenu au Devoir Simon Potter, expert en droit commercial international chez McCarthy Tétrault et ancien président du Barreau canadien, trop de travail de traduction juridique et de négociations restant encore à faire.

Non seulement les deux parties doivent-elles s’entendre sur une formulation juridique commune, mais le Canada doit aussi obtenir l’aval des provinces et l’Union européenne, celui de ses 28 pays membres. Dans le cas du Canada, l’accord des provinces devrait normalement être acquis puisqu’elles participent directement depuis le début aux négociations. Il semble qu’on ait prévu que ce processus puisse durer au maximum deux ans.

« Le débat démocratique commence maintenant », dit Simon Potter à ceux qui ont dénoncé depuis 2009 le manque de transparence des négociations. Rien ne garantit que tous seront d’accord et qu’il ne faudra pas retourner à la table de négociations pour apporter des changements à l’entente de principe initiale. « Cela s’est souvent vu. Notamment avec les États-Unis. »

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