Une refonte du régime de retraite est inévitable

Quelle que soit la forme qui prévaudra, une refonte du Régime de pensions du Canada, sujet cher à des provinces comme l’Ontario et l’Île-du-Prince-Édouard, se bute à la résistance de certains gouvernements, mais elle ira de l’avant un jour, selon le professeur de politique fiscale Jack Mintz, de l’Université de Calgary.

De passage à Montréal jeudi pour un colloque du groupe de recherche CIRANO portant sur la retraite, M. Mintz a dit que les gouvernements sont très sensibles au contexte économique, marqué depuis des mois par une faible reprise et une croissance fragile de l’emploi.

M. Mintz a notamment parlé du rapport D’Amours, un document qu’il estime « intéressant » et dont la pièce maîtresse était une rente longévité financée par les employeurs et les employés qui entrerait en vigueur à 75 ans.

« Si on augmente les taxes sur la masse salariale au moment où la croissance est faible… Je crois qu’il y a beaucoup de résistance en ce moment parce que les gouvernements craignent de poser un geste », a dit M. Mintz, un ancien président de l’Institut C.D. Howe associé à la droite économique.

Dans le reste du Canada, les rentes de retraite - outre la Sécurité de la vieillesse - viennent du Régime de pensions du Canada, alors qu’ici cette fonction est dévolue à la Régie des rentes du Québec. Il est prévu que la question sera abordée lors de la prochaine réunion des ministres des Finances, en décembre.

Le débat portant sur la retraite varie d’une province à l’autre, selon M. Mintz. Dans l’Ouest canadien, par exemple, l’attention est davantage dirigée vers les régimes de retraite des employés du secteur public, a-t-il dit en évoquant les mesures législatives prises par l’Alberta récemment pour réduire les coûts.

Au cours des dernières semaines, l’Île-du-Prince-Édouard a lancé l’idée de bonifier le RPC. De son côté, l’Ontario fait circuler l’idée d’un régime supplémentaire strictement ontarien advenant l’impossibilité d’amener des changements au RPC.

M. Mintz a convenu qu’un tel projet ontarien, qu’il qualifie de « menace », se buterait à l’opposition du milieu des affaires, qui craindrait une taxe sur la masse salariale pouvant les désavantager par rapport aux autres provinces. Cet argument a aussi été soulevé par le monde des affaires québécois devant la rente longévité.

Ménages non préparés

Le colloque a été marqué par une étude du cabinet McKinsey selon lequel 23 % des ménages canadiens et 17 % des ménages québécois ne sont pas prêts pour la retraite. (L’étude repose sur un échantillonnage 10 000 ménages.)

La situation est complexe, dit McKinsey, qui recommande des mesures ciblées plutôt qu’un projet parapluie qui serait obligatoire.

Le système de retraite canadien « figure parmi les meilleurs au monde », selon la firme. Pour aider les ménages québécois vulnérables, « plusieurs alternatives se présentent : augmenter l’épargne personnelle ou en milieu de travail, faciliter et promouvoir une retraite plus tardive, élargir la couverture des régimes publics pour la classe moyenne. Cette approche mesurée, ciblée et à multiples volets serait plus appropriée qu’une solution universelle et obligatoire ».

McKinsey a ventilé la ponction de 4 milliards que la rente longévité représenterait en matière de cotisations au Québec. De cette somme, 3,1 milliards proviendraient de « participants déjà prêts pour la retraite », contre 900 millions de ceux qui ne sont pas prêts.

Le comité D’Amours avait avancé que la rente longévité pouvait être harmonisée avec des régimes à prestations déjà en place, abaissant le coût de 4 à 2 milliards.

À voir en vidéo