Libre-échange - Un accord Canada-UE aurait été conclu

Le gouvernement Harper a affirmé qu’il «mènera bientôt à terme» les négociations de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG).
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Le gouvernement Harper a affirmé qu’il «mènera bientôt à terme» les négociations de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG).

Un compromis sur les importations de fromages européens et les exportations de boeuf canadien aurait permis la conclusion d’une entente de principe dans les négociations de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne.

 

Les camps canadien et européen se sont bien gardés de confirmer officiellement la nouvelle mercredi. Dans son discours du Trône, le gouvernement Harper s’est contenté d’affirmer qu’il « mènera bientôt à terme » les négociations de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG), alors qu’un porte-parole européen, John Clancy, a dit espérer qu’elles se concluent « au cours des prochains jours ».

 

Des sources gouvernementales à Ottawa, citées par des médias canadiens-anglais, ont toutefois affirmé qu’un « cadre d’entente » avait été trouvé et que son contenu avait été envoyé aux provinces pour approbation. L’annonce, en début de soirée, du départ, le lendemain, jeudi, du premier ministre Harper pour Bruxelles afin de rendre visite au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, « en vue de la conclusion de l’AECG », laisse toutefois planer peu de doute sur leur intention d’annoncer et célébrer l’événement en grande.

 

Accord sur le fromage

 

Cet accord, après plus de quatre ans de négociations, aurait été rendu possible par le déblocage des questions agricoles. Le Canada aurait obtenu pour son boeuf et son porc un meilleur accès au marché européen pour une valeur d’un milliard en échange d’une multiplication par deux des quotas de fromages européens et étrangers dans son marché sous gestion de l’offre.

 

Les importations totales de fromages libres de droits de douane au Canada passeraient graduellement d’environ 20 000 tonnes à 37 000 tonnes par année, la part de l’Europe dans ce total augmentant de 13 000 tonnes à 30 000 tonnes, a appris Ottawa aux producteurs canadiens qui se sont dits « choqués et déçus ».

 

Une telle concession causera un tort immense au Québec, a dénoncé au Devoir le porte-parole de la Fédération des producteurs de lait du Québec, François Dumontier. Des quelque 17 000 tonnes d’importations supplémentaires, 16 000 tonnes seront des fromages fins, un domaine où les Québécois occupent actuellement 60 % du marché canadien et où la part des Européens seulement grimpera à 32 %. « Les gens ne se mettront pas à manger plus de fromage au souper, dit-il. Pour gagner tout ce terrain, les produits européens prendront nécessairement la place de produits québécois. C’est toutes nos petites fromageries qu’on aime bien qui seront heurtées de plein fouet. »

 

À Québec, on préférait attendre l’annonce officielle d’une entente avant de réagir. « Le gouvernement du Québec est désireux d’obtenir une entente de libre-échange avec l’Union européenne, mais il a toujours dit que cet accord-là doit être à l’avantage du Québec. Cela inclut, évidemment, les producteurs de fromages québécois », a expliqué au Devoir Mélanie Malenfant, porte-parole du ministre des Finances, Nicolas Marceau.

 

Les altermondialistes du Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC) en ont profité pour dénoncer de nouveau « le manque de transparence flagrant et inacceptable » dans lequel s’est fait tout le processus de négociations. Selon lui, le gouvernement Marois doit maintenant « rendre public le texte de l’accord et, compte tenu des enjeux pour le Québec, engager un large débat public dans les meilleurs délais, avant sa ratification ».

 

Le plus ambitieux depuis l’ALENA

 

Lancées en 2009, à l’inspiration du premier ministre québécois, Jean Charest, les négociations de l’AECG sont considérées comme les plus ambitieuses entreprises par le Canada depuis l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), notamment parce qu’elles portent sur un vaste ensemble d’enjeux allant du commerce des biens à celui des services, en passant par les différentes normes techniques, sanitaires et environnementales pouvant faire obstacle au commerce, le droit des investisseurs de poursuivre les gouvernements, la mobilité de la main-d’oeuvre et la culture.

 

Une étude conjointe canado-européenne concluait en 2008 qu’un éventuel accord injecterait au moins 12 milliards de plus par année dans l’économie canadienne et y créerait 80 000 emplois grâce, notamment, à un meilleur accès pour nos fabricants et compagnies de services au plus grand marché unique au monde avec ses 500 millions de consommateurs.

 

D’abord censées se conclurent en 2011, les négociations commerciales ont rencontré toutes sortes d’embûches.

 

Ottawa et les provinces - exceptionnellement présentes à la table de négociations - se sont notamment montrés réticents à accorder à l’Europe sa demande d’un meilleur accès aux contrats publics provinciaux et municipaux, ainsi d’un allongement de la protection des brevets pharmaceutiques. Un compromis était apparemment en vue, il y a un an, lorsque le Canada a réclamé à l’Europe un meilleur accès pour son boeuf, ce à quoi l’Europe aurait répondu par la même demande pour son fromage.

1 commentaire
  • André Le Belge - Inscrit 17 octobre 2013 15 h 50

    Et les fromages fins?

    Il faudra beaucoup de perspicacité et d'innovations pour que nos fromagers tiennent le coup devant l'avalanche des produits européens moins chers que les notres....