Les États-Unis au coeur des inquiétudes du G20 Finances

Des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales ont participé à un débat à Washington jeudi, s’inquiétant surtout de la situation aux États-Unis.
Photo: Agence France-Presse (photo) Saul Loeb Des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales ont participé à un débat à Washington jeudi, s’inquiétant surtout de la situation aux États-Unis.

Washington — Les grands argentiers du globe réunis à Washington pour un G20 Finances ont multiplié jeudi les appels aux États-Unis pour qu’ils sortent le monde de l’incertitude provoquée par la crise politique sur leur dette publique.

 

« Quand les États-Unis éternuent, tout le monde attrape une pneumonie », a rappelé le gouverneur de la Banque centrale indienne, Raguram Rajan, lors d’un débat à Washington.

 

Les ministres de l’Économie et les banquiers centraux de pays les plus puissants du monde commençaient à se réunir jeudi soir, mais les leaders économiques réunis pour les assemblées générales du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale avaient déjà commencé à mettre la pression sur Washington.

 

Depuis dix jours, l’incapacité des démocrates et républicains à trouver un accord sur le budget a conduit l’État fédéral à fermer ses services non essentiels. Ce conflit politique menace également le relèvement par les parlementaires du plafond légal de la dette américaine d’ici la fin de semaine prochaine, nécessaire pour éviter un défaut de paiement, dont les conséquences seraient lourdes pour l’économie mondiale.

 

La Chine, premier détenteur au monde de dette américaine, veut une solution « aussi vite que possible », a déclaré le gouverneur adjoint de la Banque centrale chinoise, Gang Yi.

 

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a déclaré depuis New York que « le monde ne croit toujours pas que les États-Unis ne vont pas trouver une sortie » de l’impasse. Si toutefois elle se prolongeait « pendant plusieurs mois ou plusieurs semaines », elle pourrait « causer de graves dommages à l’économie américaine et mondiale », a-t-il averti.

 

«Une perte de temps»

 

« J’espère que dans quelques semaines nous regarderons en arrière en nous disant : ‘‘ce débat a été une perte de temps’’», a déclaré la directrice générale du Fonds, Christine Lagarde, mettant en garde une nouvelle fois contre des conséquences « très graves » si aucune solution n’était trouvée à temps.

 

Son homologue de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a plus spécifiquement mis en garde contre « le grave impact » qu’un défaut américain aurait sur les pays émergents. « C’est un effet très concret sur les populations des pays en développement », a assuré M. Kim lors d’une conférence de presse.

 

Les républicains du Congrès américain ont proposé jeudi d’organiser un vote afin de relever le plafond de la dette pour quelques semaines, une solution temporaire visant à éviter un défaut mais qui ne résoudrait pas durablement l’impasse budgétaire. L’ouverture a été saluée par Mme Lagarde, qui a toutefois estimé qu’une solution pérenne serait bien meilleure.

 

Les États-Unis sont au centre de l’attention en raison aussi de la politique monétaire de Washington. Les marchés financiers, sous perfusion d’argent facile fourni par la Fed, vivent depuis plusieurs semaines dans l’expectative, s’interrogeant sur le moment où la Banque centrale américaine asséchera le flux de liquidités.

 

Ces incertitudes ont eu un impact important sur les pays émergents qui ont vu leurs monnaies plonger, leurs indices boursiers chahutés et leurs coûts de financement augmenter, après que nombre d’investisseurs eurent anticipé la décision de la Fed, en commençant à retirer leur argent.

 

Plus généralement, leur croissance économique a fortement ralenti, même si elle reste élevée.

 

Selon le FMI, « les anticipations d’abandon progressif de la politique monétaire accommodante aux États-Unis pourraient […] révéler des zones d’excès financier et de vulnérabilité ». Gang Yi a appelé la Fed à agir de manière « ordonnée » et en communiquant d’une manière adéquate.

 

« J’ai toute confiance dans le fait que la Fed, y compris sa nouvelle direction [qui sera assurée fin janvier par Janet Yellen, désignée mercredi pour succéder à Ben Bernanke], sera très attentive » à son opération de réduction des rachats d’actifs, a déclaré Mme Lagarde.

 

La dirigeante du FMI a espéré que ce changement de cap se fera « avec la meilleure communication possible, et de manière aussi progressive que possible, afin de tempérer les turbulences potentielles » sur les marchés.

 

Reste qu’au final, il n’est pas sûr que Washington accepte de se voir stigmatiser dans le communiqué final du G20 attendu vendredi, un texte où chaque mot est pesé et âprement négocié. Selon une source proche d’une délégation, « cela finira peut-être par une périphrase que tout le monde comprendra ».

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