Office national de l’énergie - Réduits au silence, les opposants à Enbridge perturbent l’audience

Des manifestants ont dénoncé les règles d’admissibilité aux audiences de l’Office national de l’énergie.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des manifestants ont dénoncé les règles d’admissibilité aux audiences de l’Office national de l’énergie.

Une quinzaine d’opposants au projet d’inversion du flux de la ligne 9B d’Enbridge ont tour à tour interrompu mercredi les travaux de l’Office national de l’énergie (ONE).

 

Les citoyens vêtus d’un t-shirt orné d’un calque « Non au pétrole sale » se sont levés de leur chaise l’un après l’autre pour dénoncer haut et fort leur exclusion des audiences sur le projet de renversement du flux dans un pipeline d’Enbridge, qui permettra de faire couler 300 000 barils de pétrole brut jusqu’à Montréal. « La population canadienne tout entière, et même au-delà de nos frontières, serait directement touchée par ce projet, s’il se réalisait. […] En restreignant les règles d’admissibilité et en compliquant les procédures de participation, vous, et le gouvernement fédéral en place, avez choisi de ne pas nous entendre », ont déclaré un à un une dizaine de protestataires avant d’être expulsés manu militari du Palais des congrès de Montréal. Certains d’entre eux s’impliquent dans les organisations non gouvernementales Greenpeace ou Collectif Justice climatique Montréal.

 

Des groupes environnementaux se sont rassemblés mercredi midi devant l’édifice sous forte surveillance policière pour dénoncer le caractère « antidémocratique » des audiences de l’ONE de même que son mandat « trop restreint ». « Le projet d’Enbridge présente d’importants risques de déversement, implique l’expansion des sables bitumineux, le raffinage du pétrole lourd albertain au Québec et l’augmentation de la production de pétrole de coke ainsi que le transport du pétrole par bateau de Montréal à Lévis. Or, avec les oeillères que lui impose le gouvernement Harper, l’ONE ne regarde que le pipeline », a déploré le responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace, Patrick Bonin.

 

L’attention accordée aux coups d’éclat des opposants au projet d’inversion du flux de la ligne 9B agace la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ). « Le projet a fait couler beaucoup d’encre depuis maintenant plus d’un an au Québec et au Canada, c’est le moins qu’on puisse dire. Des groupes ont été omniprésents dans l’espace public, tantôt pour vanter le projet, tantôt pour le discréditer », a souligné le directeur du secteur stratégie et affaires économiques à la FCCQ, François-William Simard. D’ailleurs, celui-ci a jugé « un peu ironique » les cris à la censure poussés par des groupes écologistes depuis le coup d’envoi des travaux de l’ONE. « On les entend tous les jours », a-t-il lancé.

 

« Malgré la présence médiatique constante de certains groupes opposés au projet, celui-ci reçoit un fort appui de la population », a-t-il soutenu, pointant deux sondages effectués au fil des derniers mois.

 

Bien qu’elle estime que le débat public autour du projet d’Enbridge « a pris des proportions démesurées », la FCCQ a néanmoins appelé l’ONE à « faire [ses] vérifications » sur le projet afin de « s’assurer que la population ait le sentiment que ce projet est sécuritaire et pour que son appui au projet se maintienne dans le temps ».

 

La FCCQ a insisté mercredi sur les « importantes » retombées économiques du projet de la compagnie albertaine. « Il y en a beaucoup », a dit M. Simard.

 

Si le projet de Enbridge obtient le feu vert des autorités, plus de 700 millions de dollars seront injectés dans l’économie québécoise au cours des 30 prochaines années, selon une étude effectuée par Demke Management.

 

L’accès au pétrole albertain des deux raffineries québécoises, Suncor à Montréal et Valero à Lévis, dont le prix de référence est actuellement nettement inférieur à celui du pétrole d’outre-mer, est essentiel notamment à la survie de l’industrie pétrochimique au Québec.

 

L’approbation de l’ONE - et ultimement du gouvernement fédéral - à l’inversion du flux de la ligne 9B du pipeline sous-terrain consoliderait des milliers d’emplois en plus de « soulager » le déficit commercial du Québec, selon la FCCQ.

 

Le regroupement de dirigeants d’entreprises n’est pas insensible aux appels pour une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) « mais nous ne devons pas rêver en couleur […] du pétrole, nous en avons de besoin et nous en aurons besoin pour encore plusieurs décennies ».Les autorités examinant le projet d’Enbridge doivent «viser» l’« acceptabilité sociale » plutôt que l’« unanimité sociale », a-t-il conclu.

 

L’heure juste

 

Les municipalités de l’ouest de Montréal et l’Union des producteurs agricoles (UPA) ont demandé d’avoir périodiquement l’heure juste sur l’état du pipeline de 38 ans, peu importe la décision de l’ONE. « [Enbridge] se doit d’être ouvert à partager l’information », a fait valoir le directeur général de la MRC Vaudreuil-Soulanges, Guy-Lin Beaudoin. Les riverains de l’oléoduc ont « l’impression d’être devant un rouleau compresseur » lorsqu’ils interpellent la société sur ses activités dans leur patelin, a-t-il souligné.

 

Les élus locaux souhaitent également participer à la prochaine révision du plan d’intervention d’urgence en cas de rupture de la ligne 9B. « Ils m’ont dit que ça prendrait une heure me rendre chez nous [advenant un incident]. Pourtant, moi, ce matin, ça m’a pris 1 h 45 me rendre ici [dans le centre-ville de Montréal] », s’expliquait mal le maire de Très-Saint-Rédempteur, Jean A. Lalonde.

 

D’ailleurs, la MRC Vaudreuil-Soulanges n’a toujours pas en main un exemplaire du plan d’intervention d’urgence en vigueur en vigueur à l’heure actuelle, ce que juge « tout à fait ridicule » M. Beaudoin.

 

La contamination d’une terre agricole en raison d’une fissure - voire d’une microfissure - dans la « tuyauterie » entraînerait la « fin abrupte » de la carrière d’un producteur agricole, a insisté le premier vice-président de l’UPA, Pierre Lemieux. « On a besoin d’être sécurisés », a-t-il ajouté.

 

Le dirigeant de l’UPA et les municipalités pressent également l’ONE de s’assurer qu’Enbridge ait les reins assez solides afin de faire face à un déversement majeur. M. Lemieux a appelé Enbridge à prendre des « assurances responsabilité suffisantes », tandis que M. Beaudoin a ajouté sa voix à ceux réclamant la mise sur pied d’un fonds de prévoyance de l’industrie.

3 commentaires
  • Luc Lavoie - Inscrit 10 octobre 2013 09 h 01

    La population derrière l'inversion des pipelines ???

    "« Malgré la présence médiatique constante de certains groupes opposés au projet, celui-ci reçoit un fort appui de la population », a-t-il soutenu, pointant deux sondages effectués au fil des derniers mois."

    Très très suprenant que la population soit derrière ce projet.

    De quels sondages parle t'on ?

  • Raymond Lutz - Inscrit 10 octobre 2013 09 h 49

    Enbridge, les reins assez solides pour un déversement majeur?

    Et une planète inhabitable, c'est-tu assez fort pour lui casser les reins, ça?

    Si on brûle les réserves d'hydrocarbure qui reste encore à siphoner (sables bitumineux, Anticosti, etc...), l'espèce humaine disparaît et la possibilité d'une _fuite_ vous inquiète ? Belle logique.


    L'UPA veut avoir l'heure juste? Qu'elle lise ces articles:

    "Tar sands exploitation would mean game over for climate, warns leading scientist" et

    "Global Warming's Terrifying New Math".

    http://www.theguardian.com/environment/2013/may/19
    http://www.rollingstone.com/politics/news/global-w

  • Patrick Lépine - Inscrit 10 octobre 2013 09 h 51

    Je rêve donc je suis...

    Moi je rêve, et je rêve du jour ou l'industrie pétrolière financera directement, en temps réel la production de véhicules électriques performants et durables.

    C'est la seule issue selon moi pour cette industrie nocive, toutes les autres options conduisent sinon vers une très coûteuse prise de responsablitiés par celle-ci sur les déversements et autres dangers toxiques qu'elle encourage.

    700 000 000 sur 30 ans c'est nettement insufisant, l'industrie automobile est un marché annuel de 60 000 000 000 c'est rire de nous. Ça ne représente même pas le début du point de départ d'une entente.

    À ce compte, je vais ressortir ma bicyclette...