«Un grand entrepreneur, tenace, charmeur et charmant»

Président de la Caisse de dépôt et placement de 1980 à 1990, époque où Paul Desmarais est particulièrement entreprenant dans le monde des affaires, Jean Campeau a le souvenir d’un négociateur extrêmement habile et agréable, mais tout à fait capable d’en « passer une p’tite vite ».

« C’était un grand entrepreneur, tenace, charmeur et charmant », dit cet ancien ministre des Finances du gouvernement Parizeau, dont le premier souvenir de Paul Desmarais remonte aux années 60, alors que M. Campeau travaillait pour la firme de courtage René-T. Leclerc. « Il était venu rencontrer notre président, Aristide Cousineau, et il saluait tout le monde dans le bureau. »

M. Desmarais était « un très bon vendeur » et son influence était telle que, « lorsqu’il appelait un premier ministre, le premier ministre lui accordait un rendez-vous ».

« À la Caisse, on a notamment eu à transiger avec lui quand il a sorti de Power Corp. certaines filiales pour les glisser dans une nouvelle filiale appelée la Financière Power. La Caisse a été son principal actionnaire dans la Financière. Ç’a été rentable pour nous et pour lui aussi, parce que son émission d’actions s’est très bien déroulée. »

Le chapitre du CP

Un des épisodes marquants de la relation entre la Caisse et Paul Desmarais, qui illustre bien l’influence qu’exerce ce dernier sur l’économique et le politique, est celui du Canadien Pacifique.

Au tout début des années 80, le portefeuille de la Caisse comporte seulement 12 % d’actions, raconte Jean Campeau. Alors, elle cherche à investir davantage, notamment dans le CP, car c’est « un achat intéressant ». À travers ses filiales, M. Desmarais se trouve à faire la même chose. Au comité exécutif du CP, on s’imagine que la compagnie va faire l’objet d’une prise de contrôle venue du Québec.

À la demande du CP, le gouvernement Trudeau réagit alors en tentant de faire adopter le projet de loi S-31, qui aurait plafonné à 10 % la participation d’une agence provinciale dans une compagnie de transport, un champ de compétence fédéral. Dans les faits, le CP est un conglomérat énorme non seulement dans le transport ferroviaire, mais aussi dans l’hôtellerie, les mines et l’acier. (Le projet de loi n’a jamais été adopté.)

« On n’a jamais parlé à Paul Desmarais de ça, insiste Jean Campeau. En tout cas, pas de mon temps. On n’a jamais voulu prendre le contrôle du CP. Mais quand on a appris que Desmarais accumulait des actions, on s’est dit que notre placement était sécuritaire et que, quand un jour il viendrait nous voir pour acheter nos actions, on les lui vendrait si le prix était bon. »

Le projet de loi S-31 visait nommément à bloquer la Caisse, mais, dans les faits, dit M. Campeau, il tirait aussi dans les jambes de ce que le CP voyait comme le partenaire potentiel de Paul Desmarais. « Mais à un moment donné, il s’est rangé du côté du CP et a dit que la Caisse n’avait pas d’affaire là-dedans, poursuit-il. Et là, on a senti que le CP lui avait fait des promesses. »

En 1982, M. Desmarais entre au comité exécutif du CP et s’engage à ne pas augmenter sa participation à plus de 15 %. À l’époque, il en contrôle 11,1 %, comparativement à 7,34 % pour la Caisse. « Quand il nous a laissé tomber, on n’était pas de bonne humeur. Mais bon, une fois que c’est passé, c’est passé. »

Une des réussites de Paul Desmarais, selon Jean Campeau, est d’avoir assuré la relève de son entreprise par ses deux fils. « C’est rare. »

À voir en vidéo