Inversion du pipeline - Le pire n’arrivera «probablement» pas, dit la pétrolière Enbridge

Inspection du pipeline d’Enbridge dans la région de Mirabel. L’Office national de l’énergie a lancé mardi ses audiences publiques sur le projet d’inversion du pipeline d’Enbridge afin d’amener dans l’Est le pétrole de l’Ouest.
Photo: - Le Devoir Inspection du pipeline d’Enbridge dans la région de Mirabel. L’Office national de l’énergie a lancé mardi ses audiences publiques sur le projet d’inversion du pipeline d’Enbridge afin d’amener dans l’Est le pétrole de l’Ouest.

Enbridge juge inutile d’exiger le versement d’une garantie financière de sa part pour prévoir les fonds suffisants pour réparer les dégâts environnementaux d’un déversement pétrolier qui serait provoqué par son pipeline, qui doit couler vers le Québec. L’entreprise a d’ailleurs répété à plusieurs reprises qu’un tel événement est « peu probable » devant l’Office national de l’énergie (ONE). L’organisme fédéral étudie le projet d’inversion du flux de l’oléoduc 9B, qui fera couler jusqu’à Montréal 300 000 barils de brut d’ici quelques mois.

 

La multinationale de l’énergie fossile estime donc que l’obligation de verser une garantie financière ne devrait pas être considérée, contrairement à ce que réclament certains groupes qui doivent aussi se présenter devant l’ONE. « Il n’y a aucun précédent de cette nature, de telles mesures ne sont pas nécessaires et aucune exigence de ce genre ne devrait être imposée, que ce soit comme condition de l’approbation de la demande [d’inversion de la ligne 9B] ou autrement », a plaidé Me Ann Bigué, porte-parole d’Enbridge.

 

« Si un déversement lié à la canalisation 9 devait survenir, Enbridge serait en mesure de remplir ses obligations au moyen de ses ressources financières importantes », a-t-elle ajouté dans le cadre des « plaidoiries finales » qui se tiennent au Palais des congrès de Montréal jusqu’à vendredi. Le gouvernement Harper n’exige pas de telle garantie. La législation indique simplement qu’une entreprise devrait avoir les sommes nécessaires disponibles, mais sans donner davantage de précisions.

 

Enbridge a d’ailleurs répété à plusieurs reprises que la possibilité que son tuyau laisse fuir du pétrole venu de l’Ouest est « peu probable ». Selon la pétrolière, le fait d’inverser le flux dans un pipeline datant de 1975, d’en augmenter la capacité de transport et d’y faire couler notamment du pétrole des sables bitumineux ne pose pas de risques particuliers.

 

Les deux avocats qui ont présenté la position de l’entreprise ont passé une bonne partie de leur présentation à attaquer les groupes environnementaux qui ont formulé des inquiétudes concernant le projet. Selon ce qu’a avancé Mme Bigué, l’argumentaire de certains aurait démontré « un manque sérieux de preuves crédibles à l’appui ».

 

Et même si un tel accident devait survenir, « Enbridge est plus qu’adéquatement prête à intervenir et est prête à le faire », a souligné Ann Bigué. Un pipeline opéré par la pétrolière a laissé fuir en 2010 près de quatre millions de litres de brut dans la rivière Kalamazoo, au Michigan. Le nettoyage n’est toujours pas complété.

 

La Colombie-Britannique a aussi dit non cette année au projet de pipeline Northern Gateway, piloté par Enbridge. Selon Victoria, la pétrolière « n’a pas été en mesure de répondre aux inquiétudes environnementales ». Elle n’aurait pas fourni de preuves de sa capacité à contenir un déversement en cas de rupture du pipeline.

 

Montréal s’inquiète

 

Dans le cas de la ligne 9B, la Ville de Montréal a manifesté de « sérieuses inquiétudes » par rapport au projet. « Malheureusement, la compagnie Enbridge n’a pas, à ce jour, démontré qu’elle est en mesure de mettre en pratique une saine gestion des risques », a expliqué la semaine dernière Josée Duplessis, présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal. En cas de rupture dans ce pipeline, qui passe sous la rivière des Outaouais, l’approvisionnement de deux millions de Québécois serait selon elle menacé. L’Ontario et la Ville de Toronto ont également fait part d’inquiétudes concernant le projet d’Enbridge.

 

La pétrolière estime toutefois mener les travaux nécessaires pour s’assurer de la sécurité de son pipeline. Elle doit réaliser au cours des prochains mois au moins 600 excavations le long de la ligne 9B dans le but de réparer certaines sections.

 

Enbridge a par ailleurs fait une large place aux arguments économiques pour faire valoir la nécessité pour l’ONE de donner le feu vert à son projet. Les deux seules raffineries du Québec ont déjà signé des ententes pour acheter du brut de la ligne 9B. Pour elles, le pétrole de l’Ouest est moins cher que celui qui est actuellement importé. Mais cet écart de prix devrait être chose du passé autour de 2016, selon ce qui se dégage du mémoire que doit déposer cette semaine le groupe Stratégies Énergétiques.

 

Pas d’environnementalistes

 

Aucun groupe environnemental ne prend part aux audiences à Montréal. Certains y seront lors des derniers jours de plaidoiries à Toronto la semaine prochaine. L’ONE a volontairement exclu tous les intervenants qui voulaient aborder les enjeux environnementaux liés au pétrole, notamment l’exploitation des sables bitumineux et les changements climatiques. Et quelle que soit la décision de l’ONE, le gouvernement Harper se réserve le droit de faire fi de celle-ci, selon les nouvelles dispositions d’évaluations décrétées en 2012.

 

Québec ne participe pas non plus aux audiences et n’a toujours pas annoncé quelle forme prendrait une éventuelle consultation provinciale pour ce projet de compétence fédérale. Dans sa nouvelle politique économique, Québec a manifesté son enthousiasme envers le projet d’Enbridge.

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