Diminution du tarif L - Marceau sera difficile à convaincre

Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, avec le patron de la Caisse de dépôt, Michael Sabia, lors de la présentation du plan économique du gouvernement.
Photo: - Le Devoir Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, avec le patron de la Caisse de dépôt, Michael Sabia, lors de la présentation du plan économique du gouvernement.

Québec aura du mal à accorder aux alumineries les réductions de tarif d’électricité qu’elles réclament, prévient le ministre des Finances, Nicolas Marceau.

 

La réponse officielle du gouvernement à cette demande ne viendra pas avant que le processus de consultation actuellement en cours sur sa future politique énergétique ne soit terminé ce printemps, a-t-il d’abord tenu à rappeler lundi en rencontre éditoriale au Devoir, quelques minutes avant le dévoilement de la nouvelle politique économique du gouvernement Marois. Mais les négociations avec les alumineries s’annoncent ardues, a-t-il répété.

 

Les alumineries estiment que le Québec se trouve aujourd’hui dans le dernier quartile de l’industrie, c’est-à-dire qu’au moins 75 % de ses concurrents offrent de meilleurs tarifs que lui. On voudrait, par conséquent, qu’il réduise le prix de son électricité pour les alumineries et l’ensemble de la grande industrie (tarif L) d’un peu moins de 5 ¢ le kWh à moins de 3 ¢ le kWh.

 

Dans sa nouvelle politique économique, le gouvernement Marois se dit prêt, entre autres, à vendre temporairement au rabais 50 térawattheures (TWh) de ses surplus d’électricité pour stimuler de nouveaux investissements industriels, mais il ne dit pas un mot sur les alumineries. Le prix de départ de cette électricité pourrait se situer aux alentours de 3 ¢ le kWh et augmenterait graduellement ensuite pour rejoindre le tarif L après dix ans.

 

L’Association de l’aluminium du Canada a qualifié la politique de « premier pas d’une longue marche ». «Le gouvernement doit se pencher sur les industries qui sont déjà bien implantées chez nous, qui contribuent à développer le tissu économique du Québec et qui aident le Québec dans ses efforts de réduction des émissions de GES à l’échelle mondiale, et dont l’avenir est incertain en raison des tarifs non concurrentiels d’électricité», a déclaré son président, Jean Simard.

 

Qui vivra verra

 

Le ministre Marceau admet volontiers que l’électricité québécoise, autrefois offerte à prix imbattable, subit la concurrence de plus en plus féroce des autres grands producteurs d’énergie, notamment des États-Unis, en pleine révolution du gaz de schiste.

 

Il note cependant que ce revirement de situation chez notre voisin du Sud nous montre, encore une fois, qu’il faut se méfier des tendances qui apparaissent inéluctables en matière d’énergie. Au début des années 2000, le Québec exportait son électricité à 10 ¢ le kWh et avait peur d’en manquer pour lui-même. « Ça change très vite dans le secteur de l’énergie. Ça pourrait encore changer. »

 

Qui dit, par exemple, que l’exploitation des gaz de schiste aux États-Unis ne rencontrera pas une résistance citoyenne croissante, comme celle que l’on voit actuellement au Québec et en Europe ? demande-t-il. Qui dit que la production américaine augmentera autant qu’on l’affirme alors que les prix du gaz ne cessent d’y baisser à mesure que s’accroissent les volumes produits ? « Plusieurs observateurs restent sceptiques quant aux tendances annoncées. »

 

Une concurrence féroce

 

Ce qu’il y a de certain, c’est que le Québec doit se battre de plus en plus fort pour attirer (ou conserver) la moindre entreprise sur son territoire. « La concurrence entre les juridictions pour attirer des investissements est vive, ça n’a aucun sens. Surtout aux États-Unis, depuis la crise. Chacun des investissements qu’on parvient à attirer au Québec, c’est un triomphe. C’est la somme d’efforts considérables. »

 

À défaut d’offrir encore l’énergie la moins chère du monde, le Québec peut se vanter qu’elle est propre et renouvelable, dit Nicolas Marceau. « Il nous reste à trouver des façons de mettre plus en valeur cet avantage. »

 

Mais ce n’est là que l’un des nombreux avantages que le Québec a à offrir et qui peuvent attirer les investisseurs, note-t-il. « En plus de nos tarifs d’électricité avantageux, on offre aussi, entre autres, un climat d’affaires intéressant, une main-d’oeuvre scolarisée et des ressources naturelles abondantes. C’est une belle offre d’ensemble. »

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