Politique économique - Deux milliards pour l’emploi

La première ministre Pauline Marois entourée du ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, et du député Daniel Breton, lundi à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La première ministre Pauline Marois entourée du ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, et du député Daniel Breton, lundi à Montréal.

Le gouvernement Marois a annoncé lundi un plan de relance à court terme dans l’espoir de redonner un peu de tonus à l’économie québécoise. Ces mesures viendront s’inscrire dans le cadre d’une nouvelle politique économique plus large de deux milliards devant créer 43 000 emplois supplémentaires d’ici trois ans.

 

Entrant en vigueur immédiatement, le plan de relance comprend « quatre mesures phares ». L’une d’elles consiste à offrir au rabais les surplus d’électricité d’Hydro-Québec pour de grands projets portant, préférablement, sur la transformation des ressources naturelles, sur la fabrication de composantes liées à l’électrification des transports et aux technologies vertes ou encore sur la construction de centres de données informatiques. Consentis pour dix ans, ces rabais doivent créer 10 300 emplois et générer 1,6 milliard d’investissements d’ici 2017.

 

Le gouvernement compte également devancer ses travaux déjà prévus de rénovation des écoles ainsi que d’infrastructures communautaires et de plein air pour un coût total de 565 millions et des retombées estimées à 3500 emplois. De nouveaux crédits d’impôt encourageront aussi les particuliers et les entreprises à desserrer les cordons de leurs bourses. Les premiers auront droit, durant la prochaine année, à un crédit d’impôt remboursable de 20 % pour tout projet de rénovation verte sur leur résidence. Les entreprises auront droit, quant à elles, à des avantages fiscaux supplémentaires pour des projets d’agrandissement ou d’investissement dans de nouvelles technologies. Des investissements sont aussi prévus dans des infrastructures du Nord-du-Québec.

 

Le pied sur l’accélérateur

 

C’est la croissance économique moins forte que prévu - au Québec, comme dans la plupart des économies développées - qui force aujourd’hui le gouvernement à prendre des actions immédiates, a expliqué la première ministre, Pauline Marois, lors du dévoilement de sa politique devant un parterre de ministres, de gens d’affaires et d’autres acteurs économiques réunis pour l’occasion sur le parquet de la Caisse de dépôt et placement du Québec, à Montréal. « Il importe d’agir avec tous les moyens qui sont à notre disposition, [et] ces moyens, nous les avons, a-t-elle déclaré plus tard en conférence de presse. Nous les avons parce que notre gouvernement a bien géré les finances publiques », mais aussi parce que le gouvernement a su « corriger le tir au niveau de la corruption, de sorte que chaque dollar investi aille au bon endroit », a-t-elle fait valoir.

 

Le fait de devoir « remettre le pied sur l’accélérateur après l’avoir levé la dernière année » ne compromet pas l’objectif d’un retour à l’équilibre budgétaire en 2014, a maintenu en rencontre éditoriale au Devoir le ministre des Finances, Nicolas Marceau. « Il est plus question de dosage que de changement de cap radical », a ajouté le ministre, qui présentera une mise à jour budgétaire d’ici quatre à six semaines.

 

Quatre politiques

 

Intitulé : Priorité emploi, la nouvelle politique économique de Québec présente aussi les grandes lignes de quatre « initiatives stratégiques » dont les détails seront présentés séparément bientôt. Promises dès le lendemain de l’élection du gouvernement péquiste, ces initiatives sont la Politique nationale de la recherche et de l’innovation du ministre, la Politique industrielle québécoise de la ministre, le Plan de développement du commerce extérieur du ministre et de la Stratégie d’électrification des transports.

 

Ces politiques visent à s’attaquer aux « problèmes structurels de l’économie québécoise », a résumé Nicolas Marceau au Devoir. Mais avec le projet d’électrification des transports, « c’est aussi créer de toutes pièces un secteur industriel très porteur dans lequel on pourrait devenir des leaders mondiaux, un peu comme on l’a fait avec l’industrie du jeu vidéo ».

 

En matière d’innovation, on se fixe comme objectif de dépasser 3 % du produit intérieur brut (PIB) en dépenses de recherches et développement. Dans le domaine manufacturier, on compte - avec des crédits d’impôt et d’autres mesures d’aide - dépasser les moyennes canadiennes en matière d’investissement et de productivité. Du côté des exportations, on voudrait - à force de bons conseils et de meilleurs produits - porter leur part dans l’économie québécoise de 46 % à 55 % du PIB. En matière de transport électrique, on rêve d’un monorail à grande vitesse, mais l’on parle aussi d’électrifier le parc de véhicules du gouvernement, d’attirer au Québec de grandes entreprises du secteur et d’aménager un trolleybus électrique sur le boulevard Saint-Michel à Montréal. Il est aussi question de tourisme, de l’industrie du bois ou encore d’exploitation pétrolière.

 

7,6 milliards et 43 000 emplois

 

Toutes ces mesures devraient coûter au gouvernement un peu moins de 2 milliards en trois ans, dont 1,3 milliard d’argent frais. Elles devraient générer un total de 7,6 milliards d’investissements d’ici 2017 - à raison de 2,8 milliards pour les « mesures phares » du plan de relance et 4,8 milliards pour les « initiatives stratégiques » - et 13 milliards au cours des dix prochaines années. Comme les crédits d’impôt auront un impact immédiat, mais ne priveront le gouvernement de revenus que lors des prochains budgets, leurs coûts ne seront que de 33 millions pour l’exercice financier en cours, mais atteindront 440 millions pour celui de 2016-2017. Le coût, pour le gouvernement, de ces nouvelles dépenses devrait être inférieur aux nouveaux revenus générés d’ici sept ans.

 

Toutes ces initiatives devraient créer 5320 emplois de plus que prévu, cette année, et 43 000 de plus en 2016. Au lieu des 77 000 emplois supplémentaires, que lui promettent les économistes d’ici trois ans, le Québec en compterait ainsi 115 000 de plus.

 

Pour les partis d’opposition, la nouvelle politique économique de Pauline Marois sent la manoeuvre électoraliste à plein nez. Du Parti libéral à la Coalition avenir Québec, en passant par Québec solidaire, on s’est dit prêt à en découdre en campagne électorale dès cet automne.

 

L’accueil a été meilleur du côté des gens d’affaires et des syndicats. « Après un an de gouvernement, il était grand temps que la priorité économique soit mise de l’avant », a déclaré au Devoir la p.-d.g. de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand. À La Presse canadienne, la CSN a salué le gouvernement pour son « approche proactive » de soutien à l’économie et à l’emploi.

 

La première ministre, Pauline Marois, s’est félicitée de cette « première véritable politique économique » après presque dix ans de règne libéral. « Le Québec avait besoin d’ambition. Depuis quelques années, on avait concentré tous les yeux vers le Nord. »

11 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 8 octobre 2013 01 h 20

    Où va-t-elle prendre l'asrgent?

    Au même endroit que la CAQ. Et le PLQ n'est pas mieux. Dans le cas de la CAQ, il nous enfirwouappe dans des explications de dépolution des rives du St-laurent, que par une pensée magique, toutes les compagnies vont accourir parès cette action. Où la CAQ vat-elle prendre l'argent pour dépoluer? parce qu'il faut commencer à dépoluer avant de faire venir les compagnies. Ils sont tous pareils . Ils inevnte des solutions.

    • - Inscrit 8 octobre 2013 12 h 46

      Où prendre l'argent ?

      Des impôts qu'on nous vole et qui servent à enrichir les autres provinces du Canada !

      L'aide à l'industrie américaine de l'auto .. en Ontario, l'aide aux pétrolières américaines de l'Alberta, l'aide aux multinationales américaines qui œuvrent dans les chantiers navales de l'Atlantique ... et que les taxes et impôts québécois contribuent à enrichir !

      Comme dirait Bourgeault à vos propos, c'est ça être colonisé !

  • Richard Coulombe - Inscrit 8 octobre 2013 07 h 24

    Oupsss ...

    On donne nos ressources à rabais, on subventionne les riches. Je croyais qu'il n'y avait que les libéraux qui pouvait faire cela. Ne reste que les pipelines (ça s'en vient), et le portrait sera complet.

    • Léandre Nadeau - Inscrit 8 octobre 2013 12 h 41

      @M.Coulombe.

      Alors que proposez-vous par rapport aux énormes surplus d'électricité que les Libéraux nous ont légués et que les contribuables vont devoir payer durant plusieurs décennies?

      Trois choix possibles :

      1. on les vend aux USA, mais ce sera à bas prix à cause de la vive concurrence des centrales électriques fonctionnant aux gaz de schistes bon marché;

      2. on les utilise (à un prix semblable à ce qu'on obtiendrait aux USA) pour créer des emplois durables au Québec, c'est bon pour les travailleurs et ça rapporte des impôts et taxes, en plus des revenus pour l'Hydro. C'est la stratégie définie par le gouvernement. C'est bien fait et très porteur;

      3. on ne fait rien, car on n'est pas content des prix de l'énergie sur les marchés, on ne veut pas de colonialisme (oui j’ai entendu ça !), conséquence, énormes pertes pour l'Hydro (et les contribuables)

      Que proposez-vous M. Coulombe ?

    • Richard Coulombe - Inscrit 8 octobre 2013 21 h 07

      M. Nadeau,
      Je crois que vous n'avez pas saisi le sarcasme de mon intervention. Je suis tout à fait d'accord avec votre deuxième option. Le hic, c'est qu'il y a 12 mois, le PQ s'était donné comme mission d'obtenir les prix et les redevances les plus élevées de la planète pour nos ressources. Les lois du marché ont fait le reste. Maintenant que la visite est partie, et que nos minerais, notre pétrole et notre électricité restent à quai, on voudrait les convaincre de revenir. Mais les grandes compsgnies ont en horreur les instabilités des républiques de banane, et ne reviendront pas si vite, ayant tellement de choix ailleurs. Certains comme Martine et cie diront que ce n'est pas grave, rien n'est perdu, ce sera encore là dans deux siècles.

      Le PQ vient de faire un autre virage à 180 degrés dont seul lui a le secret. Tellement loufoque. Mais vaut mieux tard que jamais, il faut croire.

      Pour ce qui est des surplus d'électricité, le PQ y contribue lui aussi avec Val Jalbert et les éoliennes. Et surtout avec la mise au rancart du plan Nord suite aux élucubrations de Martine. Beau gachis, ces gros projets miniers en auraient utilisés une bonne partie de nos surplus, tout en créant pas mal de bons emplois.

  • Claude Smith - Abonné 8 octobre 2013 08 h 44

    Il fallait s'y attendre

    Les parties d'opposition accusent le gouvernement de vouloir faire de l'électoralisme avec cette nouvelle politique économique. Ils ont vu également des motifs bassement électoralistes dans la charte des valeurs québécoises.

    Par contre, avant la sortie de cette politique, ils accusaient le gouvernement de n'en avoir aucune après un an au pouvoir. D'un autre côté, ils affirment que cette politique sent l'improvisation mëme s'il a pris autant de temps pour la définir. Ayoye, j'en perds mon latin !

    Claude Smith

  • Marjolaine Gaudreault - Inscrite 8 octobre 2013 11 h 05

    Le négativisme

    Nous, les québécois ne semblons perdre aucune occasion pour faire des critiques négatives.

    Les gouvernements, peu importe les parties, savent qu'injecter de l'argent dans l'économie favorise la relance. Le gouvernement Marois avait annoncé qu'à l'automne 2013 il injecterait de l'argent dans l'économie après avoir tenté d'atteindre l'équilibre budgétaire. Il tient ses promesses. On devrait les féliciter au lieu de s'en surprendre et les critiquer négativement.

    • - Inscrit 8 octobre 2013 13 h 06

      Madame, vous avez raison ... Mais c'est ça être colonisé. Ne pas voir qu'un gouvernement avec des moyens limités à la moitié de ses capacités est incapable de mettre en place une véritable politique de développement.

      L'argent que nous donnons à Ottawa avec nos impôts et nos taxes, elle sert aux sables bitumineux de l'Alberta, à l'industrie de l'automobile polluante de l'Ontario (et en plus nous achetons ces bagnoles), et aux constructions navales des maritimes.
      Comment voulez-vous vous en sortir avec des dés pipés de cette façon ?

      Les Québécois se sont tiré dans le pied en 1980.puis insatisfaits, ils l'ont fait à nouveau en 1995 !

      Un peuple qui veut mourir ne ferait pas autrement !

      Donnons nos richesses aux autres et chialons des quelques ressources qui nous restent pour notre développement !

      Merde !

    • Claude Champagne - Inscrit 8 octobre 2013 14 h 16

      M. Hubert que vous avez donc raison, tout ce que vous dites "la moutarde nationaliste me monte au nez", en même temps je suis tout aussi d'accord avec Mme Gaudreault. Le soir de la "libération", j'espère le vivre, mais en attendant si le plan économique fonctionne, des milliers de gens et des centaines d'entreprises vont prospérer et c'est d'excellente nouvelle. Mais les partis d'opposition et leurs partisans n'aiment pas les bonnes nouvelles, qui a de l'intérêt à ce que le gouvernement de Mme Marois réussit.

  • Bernard Plante - Abonné 8 octobre 2013 12 h 31

    Méthode de diversion

    Une annonce de 2 G$ pour des projets qui mettront des années à se réaliser mais 100 M$ tout de suite pour la construction de routes dans le Nord, jumelé à un plaidoyer en faveur des hydrocarbures.

    Il s'agit tout simplement des orientations du PLQ, maquillées différemment. Mêmes orientations, mêmes stratégies, mêmes résultats. Le Québec va-t-il dans la bonne direction?

    • Claude Champagne - Inscrit 8 octobre 2013 14 h 28

      M. Plante deux mesures que j'ai reproduites du plan, en vigueur immédiatement, c'est vrai pour certain il n'y a pas assez de boucane, nous étions tellement habitués aux boucanes libérales.Un programme comme ÉcoRénov, qui vise à accorder un crédit d'impôt allant jusqu'à 10 000$ pour stimuler la rénovation verte des maisons, entre en vigueur aujourd'hui et se prolongera jusqu'au 31 octobre 2014. Ce n'est toutefois qu'en 2014-2015 que Québec commencera à rembourser les crédits accordés.ll en va de même du demi-milliard qui servira au devancement d'investissements en infrastructures. Des plans déjà terminés dans les cartons pour la rénovation des écoles aux prises avec de la moisissure, de l'humidité ou une ventilation déficiente, des infrastructures sportives à moderniser, des parcs à rééquiper pourront se transformer en autant de chantiers à court terme, si la main-d'oeuvre est disponible.l