L’électricité sera vendue au rabais pour attirer les investisseurs

Le gouvernement ne pouvait ignorer l’«atout de taille» de disposer d’électricité «en grande quantité» afin de «stimuler» la croissance économique, selon la première ministre.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le gouvernement ne pouvait ignorer l’«atout de taille» de disposer d’électricité «en grande quantité» afin de «stimuler» la croissance économique, selon la première ministre.

À l’aide de surplus d’électricité, la première ministre Pauline Marois propose d’administrer un électrochoc afin de raviver l’économie du Québec, dont la reprise est « trop timide » à ses yeux.

 

Le gouvernement du Québec veut attirer des entreprises « grandes consommatrices d’électricité » à l’intérieur des frontières québécoises avec un bloc de 50 térawatt-heure (TWh) offert à partir de 3 cents/kWh, soit en deçà du tarif industriel régulier, le tarif L. L’« offre tarifaire Investissements-emplois » entraînera la création de 10 300 emplois en plus de créer 1,6 milliard d’investissements privés d’ici à 2017, selon les pronostics du ministère des Finances et de l’Économie.

 

À la demande du gouvernement péquiste, Hydro-Québec réservera un bloc de 50 TWh afin d’approvisionner les entreprises énergivores. « Cinquante térawatt-heure représentent une fois et demie la consommation d’électricité annuelle de l’île de Montréal ou 75 % de la consommation industrielle totale du Québec en 2012 », a illustré lors de la présentation de la politique économique du Québec, Priorité Emploi, lundi sur le parquet de la Caisse de dépôt et placement. « Il s’agit d’un geste majeur qui confirme que le Québec constitue une destination de choix pour investir », a-t-elle ajouté.

 

Le gouvernement ne pouvait ignorer l’« atout de taille » de disposer d’électricité « en grande quantité » afin de « stimuler » la croissance économique, selon la première ministre.

 

Seules les entreprises souhaitant concrétiser des projets de « nouveaux investissements » nécessitant de nouvelles charges de 15 MW et plus, dans les secteurs de la transformation des ressources naturelles, de la fabrication de composantes liées à l’électrification des transports, ou liées aux énergies renouvelables et aux technologies vertes ainsi que les technologies de l’information sont admissibles à l’offre tarifaire Investissements-emplois.

 

Cette offre n’entraînera pas de hausses des factures d’électricité des clients résidentiels de la société d’État, a pris soin de mentionner le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau. Reste que ces 50 TWh proviendront des surplus d’achats postpatrimoniaux déjà engagés par Hydro-Québec Distribution à un coût moyen de 10 cents/kWh ou 100 millions de dollars/TWh. « [Ceux-ci] sont payés intégralement par la collectivité via les tarifs réglementés », souligne l’analyste en énergie Jean-François Blain. Le coût total de la production de 5 TWh s’élève ainsi à quelque 5 milliards dollars.

 

D’ici 2017, la Politique économique du Québec s’appuiera sur des mesures budgétaires et fiscales atteignant près de 2 milliards de dollars. « Ces investissements publics ne représentent qu’une partie des moyens mobilisés au service de la création d’emplois et de la croissance », a souligné Mme Marois. Elle s’est toutefois gardée hier de chiffrer l’aide offerte aux entreprises énergivores par l’entremise de l’offre tarifaire Investissements-emplois.

 

Le tarif offert oscillera autour de celui des contrats spéciaux - environ 3 cents/kWh ou 30 millions de dollars/TWh - avant d’être progressivement relevé au niveau du tarif industriel habituel, le tarif L - de 4,5 à 5 cents/kWh ou 45 à 50 millions de dollars/TWh - au terme des dix premières années. «Au départ, on est dans la fourchette quelque part entre 3 cents et 4 cents», a fait a fait savoir le président-directeur général d’Hydro-Québec, Thierry Vandal. «Ça ne peut pas être en bas de 3 cents, 3 cents et quart parce que c’est ça l’alternative de marché, mais il faut tenir compte des retombées économiques qui viennent. On doit s’assurer qu’on rejoigne les tarifs réguliers au terme des dix ans puisqu’il n’y aura plus de surplus.» Le tarif accordé au final est le fruit d’une «négociation», notamment entre Investissement Québec et l’entreprise désirant s’ancrer au Québec.

 

L’analyste en énergie Jean-François Blain y voit une « revente au rabais » des surplus d’électricité au tiers, puis à la moitié de sa valeur d’acquisition à des nouveaux investisseurs industriels. « Les 50 TWh de surplus d’Hydro-Québec Distribution, payés par les tarifs de la collectivité, acquis à un coût de 5 milliards de dollars, seront offerts à des entreprises énergivores à un tarif privilégié qui rapportera environ 1,8 à 1,9 milliard de dollars », a affirmé M. Blain au Devoir avant d’ajouter : « La différence entre le coût total d’acquisition et le revenu total résultant de cette revente à rabais, soit environ 3,2 milliards de dollars représentent la perte financière qui sera épongée par l’ensemble des clients réguliers d’Hydro-Québec Distribution. »

 

L’option consistant à exporter les surplus d’électricité, notamment aux États-Unis, n’est guère plus alléchante, Hydro-Québec pouvant retirer tout au plus environ 4 cents/kWh sur les marchés extérieurs, selon M. Blain. Le Québec connaîtra des surplus d’électricité jusqu’en 2027, selon Hydro-Québec. Ceux-ci atteindront 10 TWh par année d’ici à 2020.

 

L’Alliance pour une économie verte au Québec, SWITCH, voit d’un bon oeil l’utilisation des surplus d’électricité pour attirer des industries « vertes » et « créatrices de richesse » au Québec. « Le gouvernement doit par contre se pencher sur les industries qui sont déjà bien implantées chez nous, qui contribuent à développer le tissu économique du Québec et qui aident le Québec dans ses efforts de réduction des émissions de GES à l’échelle mondiale, et dont l’avenir est incertain en raison des tarifs non concurrentiels d’électricité », a indiqué le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard.

 

La mise sur pied de l’offre tarifaire Investissements-emplois constitue néanmoins un « bon signal » en faveur de l’utilisation des surplus hydroélectriques pour maximiser la création de richesse au Québec tout en attirant des entreprises vertes, a poursuivi le membre de SWITCH, un regroupement d’organisations économiques, financières, associatives et environnementales pressant le gouvernement péquiste d’accélérer le virage vers une économie verte afin de contribuer à une société québécoise « innovante », « résiliente », « concurrentielle » et réconciliant l’équité sociale, l’environnement et la qualité de vie. Cycle Capital Management, la Fondation David Suzuki, Écotech Québec, la grappe des technologies propres, Équiterre, le Réseau des ingénieurs du Québec en font également partie.

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