Club Mont-Royal - La seconde jeunesse d’un établissement centenaire

Jacynthe Côté a dépoussiéré le Club Mont-Royal afin de le rendre plus convivial tout en continuant d’assurer la discrétion à ceux qui le fréquentent.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Jacynthe Côté a dépoussiéré le Club Mont-Royal afin de le rendre plus convivial tout en continuant d’assurer la discrétion à ceux qui le fréquentent.

La chef de la direction de Rio Tinto Alcan, Jacynthe Côté, a opéré une petite révolution silencieuse au Club Mont-Royal. Ayant en tête les fermetures retentissantes du Club Saint-Denis et du Mount Stephen Club, hauts lieux du gotha économique respectivement francophone et anglophone, la présidente du club privé du 1175, rue Sherbrooke Ouest n’est pas restée les bras croisés.
 

 

Jacynthe Côté, première femme à la tête du Club Mont-Royal, a mis les bouchées doubles durant son mandat de deux ans pour réchauffer l’atmosphère du club privé.

 

« Nous voulions que ce soit un endroit convivial », affirmait la chef d’entreprise à l’occasion d’une visite du bâtiment d’inspiration néoclassique du centre-ville de Montréal. La direction du club a multiplié les mesures afin de faciliter les échanges entre les membres. « Mais ceux-ci peuvent toujours effectuer des discussions d’affaires dans toute la confidentialité dont ils ont besoin », précise-t-elle. Au Club Mont-Royal, la confidentialité, c’est sacré.

 

Le Club Mont-Royal a invité quelques journalistes à faire une incursion dans l’un des rares clubs privés toujours ouverts. Le Devoir a donc pu pénétrer derrière l’imposante façade qui a permis au Québec inc. de parler affaires à l’abri des oreilles indiscrètes. Ces tête-à-tête derrière des portes closes ont suscité la méfiance à l’égard de ces établissements. « Ce à quoi vous faites référence aurait tout aussi bien pu se passer dans des restaurants, souligne Mme Côté. Quand je parle à des membres, à de futurs membres, ce n’est pas une préoccupation. Leurs préoccupations sont : “Est-ce que je peux conduire ici des affaires de façon productive ? Est-ce que je peux être assuré de la confidentialité ? Est-ce que je peux faire ici du réseautage ?” C’est ce qu’on a essayé d’améliorer », explique-t-elle.

 

15 % des membres sont des femmes

 

La « Chairmen Room », tapissée des photographies noir et blanc des anciens dirigeants de l’établissement, témoigne de la lente ascension des femmes dans les postes de direction des grandes compagnies montréalaises. « Il y a toute une page d’histoire ici. Ces gens-là ont soutenu la construction du monde des affaires de Montréal », affirme Mme Côté, balayant du regard les dizaines de cadres accrochés au mur. Néanmoins, il n’est pas difficile de penser que les seules femmes bienvenues dans le club étaient celles apparaissant dans les tableaux de maître suspendus au mur. Immobiles. Silencieuses.

 

Quelque 15 % des membres en règle du Club Mont-Royal sont aujourd’hui des femmes, soit environ 60 membres sur 400. Jacynthe Côté veut voir grimper cette proportion à 20, 25, 30 %. « Les changements faits répondaient aux besoins des femmes ainsi que de la plus jeune génération d’affaires », précise-t-elle.

 

Longtemps identifié à l’establishment anglophone, le « Mount Royal Club » avait confié la présidence de son conseil d’administration à son premier président francophone, Louis Hébert, seulement en 1974. Quarante ans plus tard, 58 % de ses membres sont francophones, fait remarquer Mme Côté.

 

Coup de jeune

 

Le Club Mont-Royal a rouvert ses portes après trois mois de travaux majeurs, durant lesquels la cuisine et la salle à manger ont notamment été réaménagées. « La cuisine, c’est l’âme d’une maison. Les gens veulent régler des choses ici. Ils ont besoin de bien se nourrir », souligne Normand Laprise, appelé à la rescousse par la direction de l’établissement pour donner un second souffle à la salle à manger principale. En plus de revoir la configuration de la cuisine - quasiment intacte depuis 1956 -, le copropriétaire de Toqué ! a rajeuni la carte du restaurant du club privé. L’entrée en scène d’un partisan du Thermomix n’a pas pour autant sonné le glas de la cuisine vintage du Club Mont-Royal. Cela aurait été mal connaître ses 400 membres. « On garde encore nos mets traditionnels. Je peux vous dire qu’il n’y a aucun endroit où le foie de veau est aussi bon qu’ici », lance Mme Côté.

 

Alors que le chef Laprise s’affairait en cuisine, la grande patronne de Rio Tinto Alcan, elle, poussait les lourds rideaux obstruant les carreaux des fenêtres de la salle à manger principale. Elle a aussi veillé à doter l’établissement du centre-ville d’un réseau Internet sans fil et d’un système de visioconférence à la fine pointe de la technologie.

 

Les rénovations ont coûté plus d’un million de dollars. « C’est un bel investissement dans Montréal », estime Mme Côté, qui a aussi réduit de plus de la moitié les frais d’inscription de 10 000 $, en plus de ne plus exiger le port de la cravate.

 

Les clubs privés sont toujours utiles aux gens d’affaires malgré l’essor des technologies de l’information permettant de contacter un partenaire d’affaires sans coup férir. « Si on continue à répondre aux besoins en évolution de nos membres, on devrait être encore ouvert pendant des décennies. C’est ce qui fait que 100 ans plus tard on est encore là », fait valoir Mme Côté. La dirigeante de Rio Tinto Alcan termine son mandat de deux ans à la tête du Club Mont-Royal à l’automne.