La BCE restera au chevet de la zone euro aussi longtemps que nécessaire

«[La BCE] est prête à envisager tous les instruments à sa disposition [pour soutenir l’économie]» –Mario Draghi, président de la BCE
Photo: Agence France-Presse (photo) Éric Piermont «[La BCE] est prête à envisager tous les instruments à sa disposition [pour soutenir l’économie]» –Mario Draghi, président de la BCE

La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu mercredi ses taux à un niveau faible et affirmé qu’elle userait de tout instrument à sa disposition pour aider la zone euro sur le chemin d’une reprise qu’elle juge « fragile ».

 

Comme pronostiqué par les analystes, l’institution monétaire, qui a réuni ce mois-ci son conseil des gouverneurs hors ses murs francfortois, à la Banque de France à Paris, a laissé son principal taux d’intérêt directeur inchangé, à 0,5 %. Un niveau historiquement bas auquel il stationne depuis mai.

 

Sans surprise non plus, son président, Mario Draghi, a réaffirmé que cette politique monétaire accommodante serait d’actualité aussi longtemps que nécessaire, lors de sa conférence de presse mensuelle.

 

En outre, face à une reprise « faible, inégale et fragile » - le PIB de la zone euro a grimpé de 0,3 % au deuxième trimestre après six trimestres consécutifs de recul -, la BCE « est prête à envisager tous les instruments à sa disposition » pour soutenir l’activité dans la région, a-t-il ajouté.

 

Rien n’est exclu

 

La BCE a « à sa disposition une vaste panoplie d’instruments », « y compris un autre LTRO si nécessaire », c’est-à-dire une ligne de crédit massive, à long terme et très bon marché à destination des banques, comme l’institution en a déjà ouvert deux fin 2011 et début 2012, a précisé M. Draghi, avant d’ajouter : « Nous n’excluons aucune option. » Autant de propos destinés à rassurer sur la volonté de l’institution de rester au chevet de la zone euro, malgré des indicateurs meilleurs et un chômage qui a reculé en juillet pour la première fois depuis deux ans et demi.

 

« La BCE veut particulièrement s’assurer que les taux à court terme sur le marché monétaire restent faibles […]. Elle veut aussi s’assurer que la capacité de prêt des banques n’est pas handicapée par un éventuel manque de liquidités », a analysé Howard Archer, chef économiste chez IHS Global Insight, alors que le recul des crédits aux entreprises s’est encore amplifié en août.

 

Pour Christian Schulz, économiste de la banque Berenberg, « la BCE veut éviter les erreurs de communication » de la Réserve fédérale américaine qui, en annonçant en mai qu’elle préparait un ralentissement de ses rachats d’actifs destinés à soutenir l’économie américaine, a provoqué une hausse des taux sur le marché monétaire qui a menacé la reprise économique. « Nous voyons une possibilité que la BCE annonce de nouvelles mesures en fin d’année, à un an de l’échéance des précédents LTRO », a ajouté l’économiste, jugeant que cela pourrait prendre la forme d’une nouvelle opération de refinancement à long terme en faveur ou d’une extension du régime d’allocation illimitée de liquidités, à taux fixe, au-delà de juillet 2014.

 

Toutefois, les banques doivent prendre garde au fait que l’abondance de liquidités ne constitue pas un substitut à la nécessité de renforcer leur capital, a souligné M. Draghi.

 

Un message que les banques et gouvernements devraient écouter, a jugé Marie Diron, du cabinet de conseil Ernst and Young, car « le secteur bancaire de la zone euro a besoin de bilans meilleurs pour assurer une croissance robuste à moyen terme ».

 

Interrogé par ailleurs sur la paralysie budgétaire aux États-Unis, M. Draghi a estimé qu’elle pourrait représenter « un risque pour les États-Unis et pour le monde […] si elle se prolongeait. À l’heure actuelle, nous n’avons pas cette impression », a-t-il toutefois ajouté, alors que le blocage budgétaire américain a conduit l’administration fédérale à se mettre en position de shutdown, c’est-à-dire de fonctionnement minimal.

 

Quant aux détails attendus sur la future publication des comptes rendus des réunions de la BCE, annoncée en août, ils attendront encore : le directoire de la BCE va faire une proposition à ce sujet au conseil des gouverneurs dans le courant de l’automne, a dit M. Draghi.

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