Banque du Canada - La croissance sera plus faible que prévu

Le sous-gouverneur et le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem et Stephen Poloz. La banque centrale a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour les prochains trimestres.
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Le sous-gouverneur et le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem et Stephen Poloz. La banque centrale a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour les prochains trimestres.

Fait plutôt rare, la nouvelle est venue du premier sous-gouverneur de la Banque du Canada. Devançant la publication du prochain rapport sur la politique monétaire, attendu vers la fin d’octobre, Tiff Macklem a dévoilé mardi de nouvelles cibles de croissance de la banque centrale pour les prochains trimestres, fortement révisées à la baisse.

 

Les exportations et les investissements privés tardent à prendre le relais de ménages devenus plus prudents et plus frileux dans leurs dépenses de consommation. Cette absence de relève explique le ralentissement plus marqué de la croissance économique canadienne mesurée en juin. Elle force également la Banque du Canada à revoir à la baisse son scénario de croissance. « La Banque est en train de réviser sa prévision et publiera ses plus récentes perspectives économiques dans la livraison d’octobre du Rapport sur la politique monétaire », a souligné Tiff Macklem dans un discours portant sur le thème des exportations livré mardi devant les membres de l’Economic Club of Canada.

 

Le premier sous-gouverneur de la banque centrale a, chose rare, pris les devants en soulignant que la croissance à court terme désormais prévue par la banque centrale « se situera entre 2 et 2,5 % au troisième et au quatrième trimestre de cette année, avant de se raffermir l’année prochaine, à la faveur de l’accélération du déplacement des exportations et des investissements ». Ces nouvelles cibles remplacent la prévision d’une progression de 3,8 % (en rythme annuel) attendue pour le troisième trimestre et de 2,5 % pour le quatrième. Cette révision a été accompagnée d’un recul de 21 centièmes du dollar canadien mardi par rapport à sa contrepartie américaine, à 96,85 ¢US.

 

Dans son allocution, Tiff Macklem a parlé de cette progression du PIB plutôt anémique mesurée en juin dernier. La croissance de l’économie canadienne s’est ainsi chiffrée à seulement 1,4 % sur un an, contre une augmentation de 2,6 % l’année précédente. Le numéro 2 de la Banque du Canada a pointé en direction des exportations, puis des investissements des entreprises, pour identifier les causes de cette atonie. Il a constaté, et salué, « cette prudence toute récente des ménages [qui], si encourageante soit-elle, limite la croissance. Pour remplacer cette croissance, il faut que la demande se déplace vers les exportations et les investissements des entreprises. Malheureusement, ce déplacement tarde à se manifester. »

 

Chute des exportations

 

Le premier sous-gouverneur est revenu aux effets de la crise et de la Grande Récession de 2008-2009. « Dans la foulée de la crise financière, nos exportations ont été plus durement touchées que lors de toute autre récession de l’après-guerre, chutant d’environ 17 % sur trois trimestres, ce qui équivaut à plus du triple de la baisse enregistrée durant la récession de 1990-1991. De nombreux exportateurs canadiens ont déclaré faillite ou se sont tournés vers le marché intérieur. Entre le sommet de 2008 et le creux de 2010, le nombre d’exportateurs a diminué de presque 20 %, reculant de près de 9000 entreprises.»

 

Tiff Macklem d’ajouter : « Après avoir bondi au second semestre de 2011, les exportations se sont à nouveau essoufflées, se repliant de quelque 1,2 %. Elles restent de 6,5 %, soit 35 milliards de dollars, inférieures au sommet atteint avant la récession et de plus de 130 milliards de dollars en deçà du niveau où elles se situeraient lors d’une reprise moyenne des exportations. » Le principal marché extérieur du Canada, les États-Unis, connaît présentement la reprise d’après-récession la plus faible depuis l’après-guerre.

 

Tiff Macklem n’a fait aucune mention de l’impact de l’impasse budgétaire qui paralyse le fonctionnement de l’État américain. Il a plutôt appuyé son scénario de croissance révisé à la baisse notamment sur le fait qu’au cours de la dernière année, les exportations nettes et les investissements privés n’ont apporté aucune contribution à la croissance, tout en anticipant un raffermissement l’an prochain. « Les conditions sont réunies pour une accélération de l’investissement, mais, dans un monde incertain, les entreprises doivent constater un redressement de la demande avant de s’engager. Une amélioration des perspectives mondiales, surtout celles des économies avancées, devrait stimuler nos exportations. Pour tirer pleinement parti de cet élan, nous devons accroître notre compétitivité tout en développant de nouveaux marchés et en assurant notre position dans les chaînes d’approvisionnement mondiales », a-t-il mis en exergue.

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