Le Québec sera encore plus généreux avec les entreprises du multimédia

La première ministre Pauline Marois échange quelques mots avec le p-d.g. d’Ubisoft à Montréal, Yannis Mallat. À la même table, le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée (à gauche), et le ministre des Finances, Nicolas Marceau.
Photo: - Le Devoir La première ministre Pauline Marois échange quelques mots avec le p-d.g. d’Ubisoft à Montréal, Yannis Mallat. À la même table, le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée (à gauche), et le ministre des Finances, Nicolas Marceau.

Le gouvernement du Québec assouplit les règles du jeu dans la Cité du multimédia afin de stimuler une industrie du jeu vidéo en bouleversement. Ne perdant pas une seconde, le géant Ubisoft a annoncé lundi l’embauche de 500 nouveaux salariés dans ces installations de Montréal.

 

Ubisoft compte établir dans la métropole québécoise un pôle d’opérations de jeux en ligne pour renforcer la proximité entre les créateurs et les joueurs. « Le jeu vidéo en tant que produit éphémère va peu à peu évoluer vers un modèle où il devient une plateforme pérenne de services connectés. Les expériences en ligne que nous avons créées seront de plus en plus personnalisables, immersives et sociales. Demain, le contenu s’adaptera en temps réel pour les joueurs. Il se déclinera en temps réel sur plusieurs plateformes. Il sera accessible en tout temps, en tous lieux », a déclaré le président-directeur général des studios Ubisoft à Montréal et à Toronto, Yannis Mallat, lors d’une conférence de presse. « C’est un changement profond de paradigme », a-t-il tenu à dire.

 

Ubisoft a fait le choix de réaliser son projet NextGen, nécessitant un investissement de 373 millions de dollars sur sept ans, après que le gouvernement péquiste a élargi les critères d’admissibilité au crédit d’impôt pour la production de titres multimédias.

 

Le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, a en effet « ajusté aux nouvelles réalités du secteur » l’incitatif fiscal permettant à l’industrie du jeu vidéo de récupérer 37,5 % des salaires d’un certain nombre de leurs employés. Il a aboli la période d’admissibilité maximale des travaux de production d’un jeu vidéo au crédit d’impôt. « Cette industrie, traditionnellement, produisait un titre, puis une fois que le titre était produit, tout s’arrêtait ou à peu près. Désormais, c’est un travail en continu », a expliqué M. Marceau. D’autre part, il a étendu la portée du crédit d’impôt à tous les salariés contribuant à maintenir en vie et à bonifier des jeux vidéo. « Les nouveaux types d’activités qui seront créés pour répondre aux besoins de la nouvelle réalité de l’industrie seront dorénavant admissibles au crédit d’impôt », a dit M. Marceau.

 

En 2012, l’ensemble de l’industrie a récupéré 128 millions de dollars grâce au crédit d’impôt pour la production de titres multimédias. « On paie 37,5 % des salaires, mais il y a quand même [une part de] 62,5 % qui est payée par l’entreprise elle-même », a affirmé M. Marceau. Jugeant la dépense fiscale « extrêmement rentable » pour le Québec, le ministre des Finances et de l’Économie souhaite qu’elle « augmente avec le temps ».

 

Les modifications au crédit d’impôt consolident le pouvoir d’attraction de Montréal auprès des grands acteurs mondiaux du jeu vidéo, a aussi souligné la première ministre du Québec, Pauline Marois. « [Le crédit d’impôt] a favorisé l’implantation à Montréal de grands studios de production de jeux vidéo. Ubisoft est arrivé. En quelques années, l’industrie a connu une croissance phénoménale », a-t-elle déclaré, dans les locaux montréalais d’Ubisoft.

 

En plus de permettre à Ubisoft de bénéficier des nouvelles règles du crédit d’impôt pour la production de titres multimédias, le gouvernement du Québec offrira une contribution financière non remboursable de 9,9 millions de dollars à la société française afin qu’elle lance son projet NextGen à Montréal.

 

Ubisoft pourvoira rapidement la plupart des 500 nouveaux postes à Montréal, a indiqué M. Mallat. « Traditionnellement, c’est un ramp up assez agressif puisque dans les trois, quatre premières années, on arrive à atteindre notre objectif. »

 

Les nouveaux employés du créateur de jeux vidéo devront posséder « un large éventail de nouvelles compétences nécessaires au développement, à la production, et à l’opération de jeux vidéo de nouvelle génération », a souligné le vice-président Affaires corporatives à Ubisoft, Francis Baillet. La société fera notamment appel à des spécialistes de gestion de réseau et de communauté, des analystes en intelligence d’affaires, des mathématiciens, des experts en télémétrie, des opérateurs de système, des spécialistes en monétisation, ainsi que des experts en marketing interactif et social.

 

Le studio derrière Assassin’s Creed, Far Cry, et Watch Dogs constitue « l’un des fleurons de la nouvelle économie au Québec », selon M. Marceau. Le studio montréalais est le plus important de la famille Ubisoft avec ses 3000 employés, dont 85 % de main-d’oeuvre locale. « Cette proportion restera la même », a fait savoir M. Mallat.

 

Ayant réussi à attirer 90 petites, moyennes et grandes entreprises employant un total d’environ 8200 personnes, Montréal constitue le troisième pôle de développement de jeux vidéo sur la planète, après Tokyo et Los Angeles. Mme Marois a dit voir dans la décision d’Ubisoft de s’ancrer au Québec l’ouverture « d’un nouveau chapitre de cette magnifique histoire à succèsdébutée ici à Montréal en 1997 ».

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