Une Afrique à valeur ajoutée

L’ex-président du Nigeria, Olusegun Obasanjo: «Oui, l’Afrique est en pleine ascension.»
Photo: Agence France-Presse (photo) Issouf Sanogo L’ex-président du Nigeria, Olusegun Obasanjo: «Oui, l’Afrique est en pleine ascension.»

Les Africains ne veulent plus d’une croissance économique principalement mue par l’exportation de leurs ressources naturelles brutes pour qu’elles soient transformées à l’étranger, prévient l’ancien président du Nigeria, Olusegun Obasanjo. Ils veulent, à leur tour, accéder à une économie à valeur ajoutée, dont les retombées profiteraient à un plus grand nombre.

 

« C’est désormais un cliché de parler du réveil de l’Afrique. Oui, l’Afrique est en pleine ascension », a observé le célèbre homme d’État africain, qui a présidé à de grandes réformes démocratiques et économiques dans son pays de 1976 à 1979, puis de 1999 à 2007, devant les participants du Forum Africa, qui se tient à Montréal jusqu’à vendredi. Ce remarquable réveil économique continue de reposer lourdement sur l’exploitation des ressources naturelles, et tout particulièrement des ressources minières, a-t-il toutefois noté. « Ce sont des entreprises chinoises, indiennes ou d’autres pays qui viennent creuser notre sol, qui repartent avec nos matières premières pour les transformer chez elles et qui laissent derrière eux une terre vidée, dégradée. Une croissance comme celle-là n’est pas suffisante. Nous voulons une croissance à valeur ajoutée. »

 

La population africaine est jeune et en forte croissance, a-t-il poursuivi. Cela peut être un problème ou une chance. C’est un problème quand, comme aujourd’hui, 60 % des jeunes sont au chômage. Ce sera une chance si l’on éduque cette jeunesse, qu’elle trouve du travail et qu’elle voit un avenir devant elle.

 

Pour ce faire, « l’Afrique ne doit plus seulement se soucier de croissance du produit intérieur brut, mais aussi de la croissance du bien-être social et économique de sa population ».

 

D’autres conférenciers au Forum avaient exprimé le même point de vue plus tôt dans la journée. Les moteurs de la croissance du continent africain - qui l’ont fait passer d’un PIB annuel de 600 milliards à 2200 milliards en un peu plus de 10 ans à peine - sont graduellement en train de changer, a observé Janvier Litsé, directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest à la Banque africaine de développement (BAD). Encore dominant, le secteur des ressources naturelles cède de plus en plus de place à d’autres moteurs économiques, comme les investissements directs étrangers dans les infrastructures et les technologies de communication, les services et même la consommation d’une nouvelle classe moyenne. « Cette croissance ne pourra toutefois pas se poursuivre si le gros de la population est laissé de côté. »

 

Le continent assiste heureusement à la montée d’une « nouvelle génération de leaders postindépendance décomplexés » qui sauront, à ce chapitre, avoir plus d’ambition que leurs prédécesseurs, a déclaré l’ancien président de la BAD entre 1985 et 1995, Babacar Ndiaye. « Il ne suffit plus de rêver à l’émergence de l’Afrique. Elle est déjà en cours. Il faut viser maintenant de devenir des économies développées, comme Singapour et la Corée du Sud le sont devenues. Comme le Japon a décidé de le devenir après la Deuxième Guerre mondiale. » Comme l’Afrique compte 55 pays et qu’ils ne sont pas tous pareils, il faudra plus de temps à certains d’entre eux pour atteindre ce but, mais l’objectif doit être le même.

 

Merci aux programmes d’ajustement structurel

 

En rétrospective, MM. Litsé et Ndiaye estiment que les très controversés programmes d’ajustement structurel imposés à plusieurs pays en voie de développement durant les années 80 par les puissances occidentales et les grandes institutions financières internationales ont été une bonne chose. Selon Janvier Litsé, la « soi-disant décennie perdue » a notamment permis d’assainir les politiques macroéconomiques et de jeter les bases d’un secteur privé, « plantant ainsi les graines de ce qui allait permettre au continent d’être plus stable, mieux gouverné ».

 

« À l’époque, se souvient Babacar Ndiaye, j’étais tout à fait contre parce qu’ils avaient aboli tellement d’emplois dans le secteur public au chômage et qu’on n’avait rien de prévu pour aider ces travailleurs. Mais c’est vrai. C’est vrai que nous avons bénéficié des ajustements structurels. »

 

Peu courante dans les pays en voie de développement, cette affirmation a tout de suite été contredite par Olusegun Obasanjo. « La seule chose que les programmes d’ajustement structurel ont accomplie, c’est de faire reculer le développement en Afrique.»

 

Par des Africains, pour des Africains

 

Selon le vieux chef africain à la voix basse et enrouée, le décollage est bien plus venu de l’effondrement du bloc soviétique, qui a ouvert la porte à de grandes initiatives internationales comme les Objectifs du millénaire pour le développement. Il est venu aussi de la réorganisation des forums politiques et économiques africains qui les ont amenés à recentrer leurs actions contre les obstacles au développement économique et social véritable du continent. Cette réflexion a débouché sur des stratégies communes telles que le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) entériné par les puissances du G8 à Kananaskis, au Canada, en 2002.

 

« Ces démarches nous ont permis de nous regarder et de nous parler entre Africains. De nous donner, à nous-mêmes, des principes en matière de stabilité, de sécurité, de gouvernance et de démocratie plutôt que de nous les faire imposer par d’autres »,dit Olusegun Obasanjo.

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